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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 12:44

Mon déménagement chez Eklablog, plate-forme indépendante, française et sans pub, est maintenant terminé. A partir de maintenant mes nouveaux articles sont sur :

 

Mon (nouveau) Biblioblog

 

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Publié par Agnès - dans Hors sujet
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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 08:51
Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Points

Ca commence comme ça : "Enfant, j'allais souvent passer le week-end chez ma grand-mère. A mon arrivée, le vendredi soir, elle me soulevait du sol et me serrait contre elle à m'étouffer. Et au moment de mon départ, le dimanche soir, j'étais une nouvelle fois hissé dans les airs. Ce n'est que des années plus tard que j'ai réalisé qu'en fait elle me pesait."

C'est que la grand-mère est une rescapée de la shoah, elle a connu la faim, elle a failli en mourir et elle a transmis à ses descendants un rapport très fort à la nourriture.

Et donc Jonathan Safran Foer qui flirte avec le végétarisme depuis des années -un coup oui, un coup non, un coup peut-être- part mener l'enquête à travers les Etats-Unis. Et que découvre-t-il ?

Les animaux sont des êtres intelligents et sensibles. Forts intéressants passages sur les capacités des cochons, des volailles, des poissons -qui ont beaucoup plus qu'une mémoire de poisson rouge.

L'élevage industriel est une horreur, les animaux sont maltraités du début à la fin : "Ce dont l'industrie a pris conscience -et c'est ça qui a été la véritable révolution-, c'est que ça ne vaut plus le coup d'élever des animaux sains pour gagner de l'argent. Les animaux malades sont plus rentables. Les animaux ont payé le prix fort pour satisfaire notre désir d'avoir tout à notre disposition à tout moment pour une somme dérisoire."

L'élevage industriel menace aussi la santé humaine. Dans les poulaillers gigantesques où s'entassent des milliers de volailles au patrimoine génétique identique et bourrées d'antibiotiques les conditions sont réunies pour une pandémie (épidémie de rang mondial) meurtrière.

Comment de telles choses sont-elles possibles ? "L'élevage industriel n'est pas là pour nourrir les gens, il est là pour faire de l'argent."

Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?, Points

Après No steak et Bidoche voilà donc encore un ouvrage traitant des méfaits de la viande. Qu'est-ce que ça m'apporte de nouveau ?

Une vision américaine de la question. La situation est bien plus grave aux Etats-Unis qu'en France. A l'occasion des négociations autour du traité transatlantique (tafta) j'ai entendu parler de poulets américains rincés à l'eau de javel. J'ai envie de dire que c'est le moindre de leurs défauts car avant ils sont trempés dans la merde !

(...) les poulets sont plongés dans une énorme cuve réfrigérée remplie d'eau, dans laquelle sont refroidis des milliers d'oiseaux en même temps. (...) "L'eau de ces cuves a pu être qualifiée à juste titre de "soupe fécale" en raison des déchets et bactéries qu'elle contient. En immergeant des oiseaux propres et sains dans la même cuve que des oiseaux souillés, vous êtes quasiment certain de provoquer une contamination croisée". (...) Alors qu'un nombre significatif de sites d'abattage européens et canadiens ont recours à des systèmes de refroidissement par air, 99% des ateliers américains de transformation de volailles utilisent toujours le système de l'immersion dans l'eau froide (...). Il n'est guère difficile d'en deviner la raison : le refroidissement par air diminue le poids des carcasses de poulet, alors que l'immersion permet de l'augmenter du fait que les poulets se gorgent d'eau (la "soupe fécale").

Des informations sur les poissons, la pêche industrielle, le pisciculture industrielle, que je n'avais pas trouvées dans les deux livres cités précédemment.

Une (rapide) évocation de l'abattage rituel où j'apprends que "dans l'islam et le judaïsme [l'éthique du manger responsable] s'est traduite par l'obligation d'un abattage rapide." Il s'agit de ne pas infliger de souffrances inutiles aux animaux. Je trouve cela très intéressant parce que en France ce n'est pas du tout ce que les personnes qui se sont exprimées sur l'abattage rituel ces derniers temps ont choisi de mettre en avant. Du coup ça me donne envie d'en savoir plus sur cette question et notamment de me renseigner sur ce qu'en disent les musulmans eux-mêmes. J'ai déjà trouvé un article sur l'islam et le végétarisme.

Jonathan Safran Foer est un welfariste c'est à dire qu'il pense que si les animaux étaient élevés et tués dans des conditions décentes on pourrait les manger. Ce n'est pas le cas avec l'élevage industriel donc il est végétarien. Chez les végétariens militants il y a aussi les abolitionnistes qui voudraient mettre fin à la consommation de viande. Certains d'entre eux jugent sévèrement les welfaristes. Ce que je constate moi, c'est que Jonathan Safran Foer s'engage en faveur du végétarisme. Il prend position et tente de convaincre son lecteur de considérer sérieusement cette option. Un dernier argument ?

"L'élevage industriel prendra fin un jour à cause de l'absurdité de son économie. Il n'est tout simplement pas viable. La terre finira par se débarrasser de l'élevage industriel comme un chien se débarrasse de ses puces. La seule question est de savoir si elle ne se débarrassera pas de nous par la même occasion."

Si vous m'avez suivie jusque là vous avez sans doute compris que ce livre m'a passionnée. Il est en plus fort bien écrit. Souvent choquant, parfois même horrifiant, il lui arrive aussi d'être drôle.

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Publié par Agnès - dans Essais
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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 13:35
Timur Vermes, Il est de retour, Belfond

Hitler se réveille de nos jours dans un terrain vague de Berlin. Passés les premiers instants d'incompréhension et de surprise il prend acte du fait et décide de profiter de la deuxième chance qui lui est offerte de réaliser son programme. Il est très vite repéré par la télévision qui le prend pour un comique déguisé en Hitler et qui lui offre son émission. Le public en redemande. Bien sûr certains propos sont parfois problématiques mais c'est de l'humour, du second degré, n'est-ce pas ? Et puis il dit aussi tellement de choses justes.

J'ai commencé ce roman avec un peu de circonspection et puis je l'ai trouvé facile à lire, amusant et donnant à réfléchir. C'est Hitler lui-même le narrateur.

L'auteur jour d'abord sur le ressort assez classique de la découverte de son environnement par quelqu'un qui a été soudain projeté dans le futur. Cela donne lieu à des confusions amusantes et à une critique de notre société de consommation et notamment de la télévision et de l'internet pointés comme des moyens de contrôle des populations. Hitler passe sur Youtube et a son site internet, il vend des produits dérivés.

 

Ce qui est un peu dérangeant c'est que le personnage apparaît presque sympathique mais cette situation m'a aussi permis de mieux comprendre ce qui avait pu faire son succès. On dit souvent qu'Hitler était charismatique mais là on le voit fonctionner. Je retrouve dans ce fonctionnement des choses décrites dans Dans la tanière du loup et ça les rend beaucoup plus claires. Je suppose que l'auteur a utilisé les mémoires de Traudl Junge comme source.

 

Economies en berne, chômage, étrangers désignés comme boucs émissaires des malheurs du temps, classe politique qui s'est coupée des citoyens... le début du 21° siècle ressemble fort aux années 1930 et Hitler, finalement, ne doit pas se sentir trop dépaysé. Timur Vermes nous appelle à la vigilance. Attention, il pourrait bien être de retour.

 

L'avis d'Henri.

Un livre qui coûte 19.33 € !

Un livre qui coûte 19.33 € !

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Publié par Agnès - dans Autres romans
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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 12:06
Simone de Beauvoir, La femme rompue, Folio

La femme rompue est un recueil de trois nouvelles, trois histoires de femmes qui souffrent.

L'âge de discrétion : La narratrice est une jeune retraitée, ancienne professeure de littérature, auteure de biographies d'écrivains. Un dernier livre raté, une brouille avec son fils qui entraîne un désaccord avec son mari, lui font soudain prendre conscience qu'elle vieillit.

Je l'apprécie cette femme. Même si dans sa brouille avec son fils elle me paraît un peu excessive, c'est une femme qui réfléchit, qui accepte de se remettre en question ce qui finalement lui permet de dépasser ce moment difficile.

Monologue : Le soir du nouvel an, seule dans son appartement parisien, une femme aigrie se console d'un monologue contre tous ceux qu'elle hait : sa famille, ses voisins, le reste de l'humanité. C'est un texte violent avec peu de ponctuation. Je ne sais pas trop quoi penser de cette femme. Elle ne m'est pas du tout sympathique, en tout cas. Par moments je me dis que c'est une victime de l'oppression patriarcale mais en même temps cette oppression, elle l'a transformée en haine contre ses proches et elle a fait, de ses enfants par exemple, ses propres victimes.

 

La femme rompue : Après 20 ans de mariage Monique, femme au foyer, découvre que son mari la trompe. Sur les conseils de ses amies, elle tente d'abord de le reconquérir en partant du principe que ce qui arrive est plus ou moins sa faute :

Non, je ne dois pas essayer de suivre Noëllie sur son propre terrain, mais me battre sur le mien. Maurice était sensible à tous les soins dont je l'entourais, et je le néglige. J'ai passé la journée à mettre de l'ordre dans nos armoires, j'ai définitivement rangé les affaires d'été, sorti de la naphtaline et aéré les vêtements d'hiver, dressé un inventaire. Demain j'irai lui acheter les chaussettes, les pull-overs, les pyjamas dont il a besoin.

Petit à petit cependant son univers, construit autour de son couple et de ses enfants, commence à s'effondrer.

C'est un texte rédigé sous forme de journal, les sentiments de Monique sont présentés de façon très crédible ce qui rend la lecture poignante. Il m'est arrivé d'interrompre la lecture car ça m'indisposait la façon dont cette femme intelligente est bafouée. Par son entourage qui lui dit que c'est normal, qu'un homme ne peut pas rester fidèle aussi longtemps. Et surtout par son mari qui se pose en victime et l'accuse d'égoïsme car elle ne prend pas en compte sa souffrance à lui. L'enfoiré ! Rien qu'en l'écrivant ça m'indigne de nouveau.

 

Je dois avouer que c'est la première fois que je lis Simone de Beauvoir et je trouve ça excellemment écrit, chacune des nouvelles dans un genre particulier (narration à la première personne, monologue, journal) qui colle parfaitement au propos et qui exprime très bien les sentiments.

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Publié par Agnès - dans Autres romans
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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 09:21
Paul Auster, Léviathan, Babel

Quand son grand ami Benjamin Sachs se fait sauter en manipulant une bombe de sa fabrication le narrateur, l'écrivain Peter Aaron, décide d'écrire l'histoire de sa vie pour expliquer ce qui a pu amener cet auteur talentueux à mourir seul dans la préparation d'un acte terroriste.

L'histoire de Sachs c'est aussi l'histoire de l'amitié de Sachs et du narrateur, deux écrivains, chacun admiratif du travail de l'autre. Pendant des années les vies des deux hommes ont été liées. Ils se fréquentaient régulièrement, se faisaient lire leurs travaux. Puis la vie de Sachs a dévié. Un accident l'amène à se poser des questions sur le sens de sa vie. Il traverse une période de dépression puis, comme il semble s'en sortir, un événement dramatique le pousse vers l'action radicale.

Léviathan est ma relecture d'août. La première lecture doit remonter à 10 ou 15 ans. Je m'aperçois que je n'avais gardé pratiquement aucun souvenir de ce livre et même des faux souvenirs, sans doute des mélanges faits postérieurement avec d'autres oeuvres de l'auteur. Seulement cette lecture m'avait tellement emballée qu'après j'ai décidé de lire tout -ou presque- Paul Auster. Aujourd'hui je suis surprise de cet emballement. Je ne crois pas que si je découvrais maintenant Paul Auster avec Léviathan cela produirait le même effet sur moi.

J'ai cependant plaisir à retrouver l'imagination de l'auteur pour créer des personnages pittoresques. Je découvre que Peter Aaron est Paul Auster : mêmes initiales, il a vécu à Paris et sa femme s'appelle Iris (la femme de Paul Auster est Siri Hustveldt).

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Publié par Agnès - dans Auster Paul
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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 14:59

De passage à Bourges pendant mes vacances, j'en ai profité pour visiter la maison Jacques Coeur ce dont ma lecture du Grand Coeur m'avait donné envie. La visite a été très intéressante avec une guide passionnante et qui maîtrisait bien son sujet. Le livre ne m'avait pas convaincue plus que ça mais je dois reconnaître qu'il fait une introduction parfaite à cette visite que j'ai suivie en touriste déjà avisée.

Entrée "côté Renaissance" de la maison de Jacques Coeur

Entrée "côté Renaissance" de la maison de Jacques Coeur

Au dessus de la porte d'entrée, portrait du maître de maison

Au dessus de la porte d'entrée, portrait du maître de maison

Décor dans la cour

Décor dans la cour

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Publié par Agnès - dans Hors sujet
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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 15:02
Arnaldur Indridason, Etranges rivages, Points

En vacances sur les lieux de l'ancienne ferme de ses parents Erlendur arpente la montagne à la recherche du souvenir de son frère Bergur, disparu dans une tempête de neige à l'âge de 8 ans. Il rencontre un paysan qui lui raconte l'histoire de Matthildur, une jeune femme disparue elle aussi dans une tempête, 60 ans plus tôt. Pourtant Matthildur aurait du croiser un groupe de soldats britannique sur sa route. Comment ont-ils pu se rater ? Matthildur est-elle vraiment sortie dans la tempête ce jour-là ? Erlendur décide de mener l'enquête. Pour cela il lui faut interroger des survivants de cette lointaine époque et remuer des souvenirs que certains auraient préféré garder enfouis.

Pour Erlendur cette enquête personnelle, qui n'a rien d'officiel, est aussi une façon de rester proche de son frère. C'est cela que le roman explore : le traumatisme de la disparition du frère et le sentiment de culpabilité qui travaille le héros et que le lecteur a découvert depuis le début de la série. Il y a donc peu d'action. C'est plutôt un roman introspectif avec un héros qui retourne toujours sur les mêmes lieux, interroge les mêmes personnes, ressasse les mêmes idées, refait le même rêve perturbant. J'ai plutôt apprécié parce qu'avec le temps je me suis attachée à Erlendur, je connais quelqu'une qui s'y est un peu ennuyée.

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Publié par Agnès - dans Policiers
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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 16:24

De retour après trois semaines passées en des lieux sans accès à une connexion internet je découvre que Overblog a mis sa menace à exécution en introduisant de la publicité sur les blogs qu'il héberge et que certains (Aaliz, Jean-Marc) ont du coup décidé de déménager leurs blogs. Et moi, qu'est-ce que je fais ? Ca fait deux jours que j'y pense, je suis très contrariée alors je vais d'abord lister les arguments pour et contre.

Arguments pour rester : je tiens ce blog depuis octobre 2005, j'y ai presque 500 articles (penser au moins à en faire des copies). Un sacré boulot à envisager !

Comment être sûre qu'un autre hébergeur, actuellement sans publicité, n'en rajoutera pas d'ici quelque temps ?

J'ai Adblock sur mon ordinateur et c'est impeccable : zéro pubs. Je le conseille à tous ceux qui ne l'ont pas encore.

 

Arguments pour partir : je n'ai pas encore digéré le passage à Overblog kiwi qui date déjà de plus d'un an. Quelle prochaine mauvaise surprise me réserve Overblog ?

Overblog n'y est pas allé avec le dos de la cuiller, les encarts de pub sont particulièrement peu discrets.

 

Je suis preneuse de vos avis et conseils.

 

Un lieu sans accès à une connexion internet

Un lieu sans accès à une connexion internet

Merci à Loupita pour la photo

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Publié par Agnès - dans Hors sujet
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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 19:41
Martin Winckler, Le choeur des femmes, Folio

Jean (prononcer Djinn, prénom féminin anglo-canadien) Atwood, brillante interne en médecine, est affectée pour 6 mois au service des consultations gynécologiques de l'hôpital de Tourmens. Cela ne lui convient pas du tout. Jean veut être chirurgienne. Et en plus le service est dirigé par un médecin généraliste, le dr Franz Karma, un praticien atypique.

Très imbue d'elle même Jean réagit d'abord par le mépris aux pratiques peu orthodoxes de Karma qui écoute et respecte les femmes, qui leur explique ce qu'il fait, qui leur demande leur avis. Tout le contraire d'un médecin avide d'exercer son pouvoir sur ses patients. Mais bientôt Jean va être amenée à s'interroger sur ses propres motivations et à modifier sa conception du métier et de ses choix et sa façon d'exercer.

Voici une lecture qui m'a plu par certains aspects et qui m'a agacée par d'autres.

Une lecture qui m'a plu : Le choeur des femmes se lit facilement et une fois commencé, difficile de s'arrêter. On suit l'histoire (pas simple) de Jean Atwood et en même temps on entend les histoires des patients de Karma. C'est donc très vivant.

Au fond le roman pose la question de la motivation des soignants, de la relation médecin-patient, de la formation des médecins, de l'influence de l'industrie pharmaceutique, toutes choses fort intéressantes et abordées d'un point devue très critique et en même temps grand public. (Le saviez-vous, mesdames ? Il n'est pas nécessaire d'écarter les cuisses devant votre gynécologue. Il peut aussi vous ausculter dans la position "à l'anglaise" c'est-à-dire sur le côté en chien de fusil. Il y en a une à qui c'est déjà arrivé ? Les médecins ne sont pas au courant non plus, semble-t-il).

Des clins d'oeil aux amateurs -dont je suis- du film Princess Bride (que je recommande à ceux qui ne connaissent pas encore) : "-Bon. Alors, je sais ce que j'ai à faire. Allez-y, puisque Aïcha doit partir. Moi, je range et je vous rejoins dans un quart d'heure.

-Comme vous voudrez... dit-il en s'inclinant."

 

Une lecture qui m'a agacée : A lire Le choeur des femmes j'ai eu au départ le sentiment qu'il n'y avait qu'un seul bon médecin en gynécologie -c'est le dr Franz Karma- et que tous les autres étaient des brutes, des incapables, voire les deux à la fois. En avançant cette impression se nuance. Il n'en reste pas moins que derrière Karma il me semble bien que c'est Martin Winckler qui se cache et cette façon de s'auto-congratuler me gêne un peu.

Il est tellement fort le dr Karma qu'en moins d'une semaine il transforme Jean Atwood, hautaine et méprisante, en une médecin compatissante et à l'écoute.

Le pompon va au final qui part en vrille dans le registre mélodramatique avec révélation de secrets familiaux comme s'il en pleuvait : "Mon père !" "Ma mère !" "Ma soeur !" "Mon frère !" "Tu m'as sauvé ma vie !"

 

Conclusion : quand il fait dans l'information sur les mauvaises pratiques de la médecine et des médecins en gynécologie, Martin Winckler est plutôt convainquant. Ce qui est dommage c'est que pour faire passer son propos il lui ait fallu choisir une forme romanesque beaucoup moins crédible.

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Publié par Agnès - dans Autres romans
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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:47
Christian Charrière, La forêt d'Iscambe, Le livre de poche

Venus de Marseille, où règne le Bureau populaire et son régime totalitaire, et poursuivis par la blagoulette, le bras armé du Bureau, deux laineux, des philosophes errants, le maître Fondeur et son disciple Evariste, gagnent la lisière de la forêt d'Iscambe qui couvre tout le nord de la France. Ils veulent pénétrer ce lieu mystérieux et gagner Paris, l'ancienne capitale de l'antique civilisation dont ils veulent percer les secrets. Pour cela ils vont suivre l'A6 grâce à une vieille carte que le Fondeur s'est procurée.

Le roman se déroule en effet dans un futur non daté après qu'une guerre nucléaire ait détruit l'Europe et entraîné des mutations importantes chez certains êtres vivants. Les descendants des humains survivants sont organisés en petites communautés sur lesquelles le Bureau populaire essaie d'étendre sa mainmise. Dans leur quête les laineux entraînent It'van, rencontré à la lisière. Le jeune homme est adopté par une colonie de termites géants dont il va devenir le général en chef dans la guerre qui les oppose aux fourmis voisines. Il entreprend aussi la psychanalyse du roi Grodaggard.

 

Cela faisait assez longtemps que j'avais envie de relire La forêt d'Iscambe, lue pour la première fois il y a plus de trente ans (le roman date de 1980) et dont je gardais un souvenir positif quoique vague. La relecture me permet de nuancer mon jugement. La qualité principale de Christian Charrière pour moi c'est sa grande imagination. Imagination des situations et des descriptions :

Les laineux avaient éprouvé les pires difficultés pour découvrir, dans les profondeurs de la Sorbonne, un bivouac convenable. L'ancienne université de Paris était à ce point dévorée par la jungle que son sol n'était plus qu'un chaos de racines et de hautes herbes où de grands serpents cherchaient leur pitance. dans la cour d'honneur où d'immenses banians croissaient un troupeau de biche était à la pâture qui s'égailla dans les couloirs quand les laineux surgirent. Un peu plus bas, les vieilles mosaïques semblaient avoir été défoncées par la griffe d'un monstre, plaie béante où une eau furieuse affluait -résurgence d'une rivière souterraine plutôt que source. On aurait dit que, si longtemps et si obstinément refoulée, elle jaillissait avec une force redoublée, ruinant peu à peu les bâtiments autour d'elle.

Mais aussi imagination de la langue, souvent réjouissante et amusante avec des mots inventés, des mots-valises, des homophonies :

Souffleur était un coeur simple, obéissant et qui toujours remplissait avec exactitude et célérité les missions les plus périlleuses. Il était le meilleur des mélassiers de la termitière. Son artillerie nasale pouvait stopper net une armée de fourmis. Dardant son énorme curnule, il s'enfonçait comme un coin dans les premières lignes et, quand il avait trouvé la position favorable, se mettait à asperger tout ce qui bougeait,peggant les fantassins ennemis, les embalavant d'abondance, les engluant et les marouflant jusqu'à ce qu'ils soient collés au sol comme des mouches dans une assiette de miel.

C'est aujourd'hui le "ça bat".
-Le ça bat ?
-Oui, une fois par semaine, les nains s'arrêtent de travailler et s'adonnent à la méditation. (...) la plupart marquent ce repos hebdomadaire par des actions de grâce et des paroles d'adoration.
-Et pourquoi appelle-t-on cette journée-là le "ça bat" ?
-Et bien, précisément parce que ça bat. Oui, leurs coeurs battent sur un rythme différent de celui des autres jours, ça bat, ça tâche de battre au diapason du grand coeur universel, celui du foetus de lumière qui, recroquevillé au centre de la planète, attend sa naissance.

Ce qui me convient beaucoup moins apparaît dans l'extrait précédent. C'est tout un fatras mystico-religieux qui me laisse froide et même me lasse rapidement. La philosophie des laineux est inspirée des pensées tibétaine et taoïste. Il s'agit de trouver la vérité en soi, de réunir les contraires, l'obscurité et la lumière, le haut et le bas, le masculin et le féminin. Et tout cela est développé et étalé jusqu'à plus soif au point de prendre le pas, je trouve, sur l'action. J'ajoute à cela une vision du féminin très stéréotypée :

"Oui, cette forêt était une femme : elle en avait la molle et rêveuse nonchalance, les mouvements doux qu'interrompaient soudain de noirs éclats."

et j'explique ainsi que, bien que j'aie survolé ou sauté des passages, la lecture m'ait parfois semblé longue.

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