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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 13:35
Timur Vermes, Il est de retour, Belfond

Hitler se réveille de nos jours dans un terrain vague de Berlin. Passés les premiers instants d'incompréhension et de surprise il prend acte du fait et décide de profiter de la deuxième chance qui lui est offerte de réaliser son programme. Il est très vite repéré par la télévision qui le prend pour un comique déguisé en Hitler et qui lui offre son émission. Le public en redemande. Bien sûr certains propos sont parfois problématiques mais c'est de l'humour, du second degré, n'est-ce pas ? Et puis il dit aussi tellement de choses justes.

J'ai commencé ce roman avec un peu de circonspection et puis je l'ai trouvé facile à lire, amusant et donnant à réfléchir. C'est Hitler lui-même le narrateur.

L'auteur jour d'abord sur le ressort assez classique de la découverte de son environnement par quelqu'un qui a été soudain projeté dans le futur. Cela donne lieu à des confusions amusantes et à une critique de notre société de consommation et notamment de la télévision et de l'internet pointés comme des moyens de contrôle des populations. Hitler passe sur Youtube et a son site internet, il vend des produits dérivés.

 

Ce qui est un peu dérangeant c'est que le personnage apparaît presque sympathique mais cette situation m'a aussi permis de mieux comprendre ce qui avait pu faire son succès. On dit souvent qu'Hitler était charismatique mais là on le voit fonctionner. Je retrouve dans ce fonctionnement des choses décrites dans Dans la tanière du loup et ça les rend beaucoup plus claires. Je suppose que l'auteur a utilisé les mémoires de Traudl Junge comme source.

 

Economies en berne, chômage, étrangers désignés comme boucs émissaires des malheurs du temps, classe politique qui s'est coupée des citoyens... le début du 21° siècle ressemble fort aux années 1930 et Hitler, finalement, ne doit pas se sentir trop dépaysé. Timur Vermes nous appelle à la vigilance. Attention, il pourrait bien être de retour.

 

L'avis d'Henri.

Un livre qui coûte 19.33 € !

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 12:06
Simone de Beauvoir, La femme rompue, Folio

La femme rompue est un recueil de trois nouvelles, trois histoires de femmes qui souffrent.

L'âge de discrétion : La narratrice est une jeune retraitée, ancienne professeure de littérature, auteure de biographies d'écrivains. Un dernier livre raté, une brouille avec son fils qui entraîne un désaccord avec son mari, lui font soudain prendre conscience qu'elle vieillit.

Je l'apprécie cette femme. Même si dans sa brouille avec son fils elle me paraît un peu excessive, c'est une femme qui réfléchit, qui accepte de se remettre en question ce qui finalement lui permet de dépasser ce moment difficile.

Monologue : Le soir du nouvel an, seule dans son appartement parisien, une femme aigrie se console d'un monologue contre tous ceux qu'elle hait : sa famille, ses voisins, le reste de l'humanité. C'est un texte violent avec peu de ponctuation. Je ne sais pas trop quoi penser de cette femme. Elle ne m'est pas du tout sympathique, en tout cas. Par moments je me dis que c'est une victime de l'oppression patriarcale mais en même temps cette oppression, elle l'a transformée en haine contre ses proches et elle a fait, de ses enfants par exemple, ses propres victimes.

 

La femme rompue : Après 20 ans de mariage Monique, femme au foyer, découvre que son mari la trompe. Sur les conseils de ses amies, elle tente d'abord de le reconquérir en partant du principe que ce qui arrive est plus ou moins sa faute :

Non, je ne dois pas essayer de suivre Noëllie sur son propre terrain, mais me battre sur le mien. Maurice était sensible à tous les soins dont je l'entourais, et je le néglige. J'ai passé la journée à mettre de l'ordre dans nos armoires, j'ai définitivement rangé les affaires d'été, sorti de la naphtaline et aéré les vêtements d'hiver, dressé un inventaire. Demain j'irai lui acheter les chaussettes, les pull-overs, les pyjamas dont il a besoin.

Petit à petit cependant son univers, construit autour de son couple et de ses enfants, commence à s'effondrer.

C'est un texte rédigé sous forme de journal, les sentiments de Monique sont présentés de façon très crédible ce qui rend la lecture poignante. Il m'est arrivé d'interrompre la lecture car ça m'indisposait la façon dont cette femme intelligente est bafouée. Par son entourage qui lui dit que c'est normal, qu'un homme ne peut pas rester fidèle aussi longtemps. Et surtout par son mari qui se pose en victime et l'accuse d'égoïsme car elle ne prend pas en compte sa souffrance à lui. L'enfoiré ! Rien qu'en l'écrivant ça m'indigne de nouveau.

 

Je dois avouer que c'est la première fois que je lis Simone de Beauvoir et je trouve ça excellemment écrit, chacune des nouvelles dans un genre particulier (narration à la première personne, monologue, journal) qui colle parfaitement au propos et qui exprime très bien les sentiments.

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 19:41
Martin Winckler, Le choeur des femmes, Folio

Jean (prononcer Djinn, prénom féminin anglo-canadien) Atwood, brillante interne en médecine, est affectée pour 6 mois au service des consultations gynécologiques de l'hôpital de Tourmens. Cela ne lui convient pas du tout. Jean veut être chirurgienne. Et en plus le service est dirigé par un médecin généraliste, le dr Franz Karma, un praticien atypique.

Très imbue d'elle même Jean réagit d'abord par le mépris aux pratiques peu orthodoxes de Karma qui écoute et respecte les femmes, qui leur explique ce qu'il fait, qui leur demande leur avis. Tout le contraire d'un médecin avide d'exercer son pouvoir sur ses patients. Mais bientôt Jean va être amenée à s'interroger sur ses propres motivations et à modifier sa conception du métier et de ses choix et sa façon d'exercer.

Voici une lecture qui m'a plu par certains aspects et qui m'a agacée par d'autres.

Une lecture qui m'a plu : Le choeur des femmes se lit facilement et une fois commencé, difficile de s'arrêter. On suit l'histoire (pas simple) de Jean Atwood et en même temps on entend les histoires des patients de Karma. C'est donc très vivant.

Au fond le roman pose la question de la motivation des soignants, de la relation médecin-patient, de la formation des médecins, de l'influence de l'industrie pharmaceutique, toutes choses fort intéressantes et abordées d'un point devue très critique et en même temps grand public. (Le saviez-vous, mesdames ? Il n'est pas nécessaire d'écarter les cuisses devant votre gynécologue. Il peut aussi vous ausculter dans la position "à l'anglaise" c'est-à-dire sur le côté en chien de fusil. Il y en a une à qui c'est déjà arrivé ? Les médecins ne sont pas au courant non plus, semble-t-il).

Des clins d'oeil aux amateurs -dont je suis- du film Princess Bride (que je recommande à ceux qui ne connaissent pas encore) : "-Bon. Alors, je sais ce que j'ai à faire. Allez-y, puisque Aïcha doit partir. Moi, je range et je vous rejoins dans un quart d'heure.

-Comme vous voudrez... dit-il en s'inclinant."

 

Une lecture qui m'a agacée : A lire Le choeur des femmes j'ai eu au départ le sentiment qu'il n'y avait qu'un seul bon médecin en gynécologie -c'est le dr Franz Karma- et que tous les autres étaient des brutes, des incapables, voire les deux à la fois. En avançant cette impression se nuance. Il n'en reste pas moins que derrière Karma il me semble bien que c'est Martin Winckler qui se cache et cette façon de s'auto-congratuler me gêne un peu.

Il est tellement fort le dr Karma qu'en moins d'une semaine il transforme Jean Atwood, hautaine et méprisante, en une médecin compatissante et à l'écoute.

Le pompon va au final qui part en vrille dans le registre mélodramatique avec révélation de secrets familiaux comme s'il en pleuvait : "Mon père !" "Ma mère !" "Ma soeur !" "Mon frère !" "Tu m'as sauvé ma vie !"

 

Conclusion : quand il fait dans l'information sur les mauvaises pratiques de la médecine et des médecins en gynécologie, Martin Winckler est plutôt convainquant. Ce qui est dommage c'est que pour faire passer son propos il lui ait fallu choisir une forme romanesque beaucoup moins crédible.

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:47
Christian Charrière, La forêt d'Iscambe, Le livre de poche

Venus de Marseille, où règne le Bureau populaire et son régime totalitaire, et poursuivis par la blagoulette, le bras armé du Bureau, deux laineux, des philosophes errants, le maître Fondeur et son disciple Evariste, gagnent la lisière de la forêt d'Iscambe qui couvre tout le nord de la France. Ils veulent pénétrer ce lieu mystérieux et gagner Paris, l'ancienne capitale de l'antique civilisation dont ils veulent percer les secrets. Pour cela ils vont suivre l'A6 grâce à une vieille carte que le Fondeur s'est procurée.

Le roman se déroule en effet dans un futur non daté après qu'une guerre nucléaire ait détruit l'Europe et entraîné des mutations importantes chez certains êtres vivants. Les descendants des humains survivants sont organisés en petites communautés sur lesquelles le Bureau populaire essaie d'étendre sa mainmise. Dans leur quête les laineux entraînent It'van, rencontré à la lisière. Le jeune homme est adopté par une colonie de termites géants dont il va devenir le général en chef dans la guerre qui les oppose aux fourmis voisines. Il entreprend aussi la psychanalyse du roi Grodaggard.

 

Cela faisait assez longtemps que j'avais envie de relire La forêt d'Iscambe, lue pour la première fois il y a plus de trente ans (le roman date de 1980) et dont je gardais un souvenir positif quoique vague. La relecture me permet de nuancer mon jugement. La qualité principale de Christian Charrière pour moi c'est sa grande imagination. Imagination des situations et des descriptions :

Les laineux avaient éprouvé les pires difficultés pour découvrir, dans les profondeurs de la Sorbonne, un bivouac convenable. L'ancienne université de Paris était à ce point dévorée par la jungle que son sol n'était plus qu'un chaos de racines et de hautes herbes où de grands serpents cherchaient leur pitance. dans la cour d'honneur où d'immenses banians croissaient un troupeau de biche était à la pâture qui s'égailla dans les couloirs quand les laineux surgirent. Un peu plus bas, les vieilles mosaïques semblaient avoir été défoncées par la griffe d'un monstre, plaie béante où une eau furieuse affluait -résurgence d'une rivière souterraine plutôt que source. On aurait dit que, si longtemps et si obstinément refoulée, elle jaillissait avec une force redoublée, ruinant peu à peu les bâtiments autour d'elle.

Mais aussi imagination de la langue, souvent réjouissante et amusante avec des mots inventés, des mots-valises, des homophonies :

Souffleur était un coeur simple, obéissant et qui toujours remplissait avec exactitude et célérité les missions les plus périlleuses. Il était le meilleur des mélassiers de la termitière. Son artillerie nasale pouvait stopper net une armée de fourmis. Dardant son énorme curnule, il s'enfonçait comme un coin dans les premières lignes et, quand il avait trouvé la position favorable, se mettait à asperger tout ce qui bougeait,peggant les fantassins ennemis, les embalavant d'abondance, les engluant et les marouflant jusqu'à ce qu'ils soient collés au sol comme des mouches dans une assiette de miel.

C'est aujourd'hui le "ça bat".
-Le ça bat ?
-Oui, une fois par semaine, les nains s'arrêtent de travailler et s'adonnent à la méditation. (...) la plupart marquent ce repos hebdomadaire par des actions de grâce et des paroles d'adoration.
-Et pourquoi appelle-t-on cette journée-là le "ça bat" ?
-Et bien, précisément parce que ça bat. Oui, leurs coeurs battent sur un rythme différent de celui des autres jours, ça bat, ça tâche de battre au diapason du grand coeur universel, celui du foetus de lumière qui, recroquevillé au centre de la planète, attend sa naissance.

Ce qui me convient beaucoup moins apparaît dans l'extrait précédent. C'est tout un fatras mystico-religieux qui me laisse froide et même me lasse rapidement. La philosophie des laineux est inspirée des pensées tibétaine et taoïste. Il s'agit de trouver la vérité en soi, de réunir les contraires, l'obscurité et la lumière, le haut et le bas, le masculin et le féminin. Et tout cela est développé et étalé jusqu'à plus soif au point de prendre le pas, je trouve, sur l'action. J'ajoute à cela une vision du féminin très stéréotypée :

"Oui, cette forêt était une femme : elle en avait la molle et rêveuse nonchalance, les mouvements doux qu'interrompaient soudain de noirs éclats."

et j'explique ainsi que, bien que j'aie survolé ou sauté des passages, la lecture m'ait parfois semblé longue.

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 14:32
Jonathan Coe, La pluie avant qu'elle tombe, Gallimard

La vieille tante Rosamond vient de mourir à 74 ans. Elle était malade du coeur. Elle a émis le souhait que sa nièce Gill retrouve Imogen qui est la petite-fille de Beatrix, cousine de Rosamond. Il s'agit de lui transmettre un lot de quatre cassettes audio sur lesquelles Rosamond a enregistré le récit de sa vie. Ce récit s'appuie sur 20 photos souvenir que Rosamond décrit mais cette description est aussi un prétexte à se remémorer les événements dans lesquels sont intervenus les gens et les lieux photographiés.

L'histoire commence pendant la seconde guerre mondiale quand les enfants sont évacués des villes britanniques pour les protéger des bombardements allemands et placés dans des familles à la campagne. Rosamond âgée de huit ans est envoyée chez ses oncle et tante. Elle y fait la connaissance de sa cousine Beatrix dont elle va devenir très proche. Cette relation, jamais facile, marquera le reste de sa vie.

 

Tout le récit est empreint de nostalgie. Nostalgie douce quand il s'agit des souvenirs d'enfance puis de plus en plus poignante à mesure qu'on avance et qui m'a fait venir des larmes aux yeux sur la fin. C'est un livre émouvant que j'ai lu d'une traite et que j'ai trouvé très bien écrit.

Il est question de relations familiales difficiles qui se transmettent, de filles mal-aimées par leurs mères sur trois générations.Il est question de la perte d'un amour dont on ne se remet jamais vraiment. Il est question d'un lac en Auvergne qui serait comme un avant-goût du paradis.

"Tu comprends, ça n'existe pas, la pluie, avant qu'elle tombe. Il faut qu'elle tombe, sinon ça n'est pas de la pluie." C'était un peu ridicule de vouloir expliquer ça à une enfant, et je regrettais de m'être lancée là-dedans. Mais Thea ne semblait avoir aucun mal à saisir ce concept -bien au contraire : au bout de quelques instants, elle m'a regardée avec pitié en secouant la tête, comme si c'était éprouvant pour elle de discuter de ces matières avec quelqu'un d'aussi obtus. "Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux, pas vrai ?"

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 06:16
T. C. Boyle, Water music, Phébus libretto

Les destins de deux personnages principaux s'entrecroisent dans Water music. L'explorateur écossais Mungo Park -personnage réel (1771-1806), premier Européen à repérer le fleuve Niger et à en tenter la descente et Ned Rise, enfant des rues grandi en petit délinquant et escroc.

Ned se tient à la porte de la chambre de l'Aléseur. Il s'est habillé en jeune lord. De loin, et dans l'obscurité du couloir, il pourrait presque passer pour un honnête citoyen. De près l'illusion s'envole. Et d'abord, il y a cette tête. De quelque manière qu'on la regarde, oui, sous quelque angle, sous quelque lumière, dans quelque pénombre, de quelque endroit ou position que ce soit, ce n'est jamais qu'une gueule de petit dessalé. Celle du jeune voyou qui, les bottes sur son pupitre, flemmarde en classe, celle du vaurien qui fiche le feu aux robes des vieilles dames et sirote l'encre de l'école. Celle de l'adolescent qui traînaille, se vautre et terrorise le marchands de fruits, celle du mécréant qui fume de l'opium, qui se baigne dans le gin et qui du monde entier fait son pot de chambre. Celle du jeune maquereau qui, pour finir, est en train de manigancer du vilain, voire de l'outrageant, là, à la porte de la chambre de l'Aléseur, à l'auberge de la Tête de Campagnol, dans le Strand.

Alors que Mungo risque sa vie en Afrique, Ned joue la sienne dans les bas-fonds de Londres et côtoie des personnages au moins aussi féroces que les Maures du Sahara. L'histoire finira par réunir nos deux héros.

Pour ma relecture du mois de juin j'ai choisi Water music qui m'avait enchantée il y a une dizaine d'années et je n'ai pas été déçue. J'ai retrouvé le même plaisir mis à part le fait que je connaissais déjà la fin. Alors, pourquoi faut-il lire Water music ?

 

Pour les aventures pleines de péripéties, de rebondissements et d'imagination.

 

Pour la galerie de personnages fouillés, même les rôles secondaires. J'apprécie particulièrement Ailie Anderson, la fiancée puis femme délaissée de Mungo qui essaie néanmoins de vivre sa vie en autonomie mais fini par renoncer et Johnson, l'ancien esclave devenu guide et interprète de Mungo, grand amateur de littérature britannique.

 

Pour l'humour et l'ironie dont fait preuve l'auteur tout du long mais il y a aussi des passages poignants quand sont décrites les conditions d'existence d'un misérable ou d'un enfant des rues.

 

Pour se régaler d'un livre excellemment écrit et, je crois aussi, très bien traduit.

 

Bref, c'est un ouvrage foisonnant et complet dont je ne peux que conseiller la lecture.

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 17:43
Helen Simonson, La dernière conquête du major Pettigrew, 10-18

Ernest Pettigrew, veuf de 68 ans, major en retraite de l'armée britannique, est devenu l'ami -et plus peut-être- de Mme Jasmina Ali, veuve de 10 ans sa cadette, d'origine pakistanaise et propriétaire de l'épicerie du petit village d'Edgecombe Saint Mary, sur la côte sud de l'Angleterre. L'évolution de cette relation bouleverse la vie de nos deux protagonistes, bien sûr, mais aussi celle de leurs familles et de leur communauté car parents et amis y sont majoritairement défavorables.

Roger, le fils unique du major, un jeune loup de la city aux dents longues, se voit bien hériter de son père dès que possible et l'arrivée d'une belle-mère potentielle le contrarie. Du côté de la famille de Mme Ali, on compte sur elle pour s'occuper d'une vieille dame. Quant aux membres du club de golf dont fait partie le major, ils prétendent que leur réprobation n'a rien à voir avec la couleur de la peau de Mme Ali mais uniquement avec son origine sociale...

Ah que voilà une charmante histoire ! Si la fin ne fait aucun doute dès le début, les péripéties sont nombreuses pour y arriver. Le tout est plutôt bien écrit et avec une pointe d'humour pince sans rire comme je l'aime. J'ai passé un plaisant moment de lecture.

L'avis de Lounima.

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 14:26
Jean-Christophe Rufin, Le grand Coeur, Folio

Le grand Coeur est une vie romancée de Jacques Coeur (1395-1456), grand marchand et qui fut argentier du roi Charles 7, c'est-à-dire qu'il était chargé de fournir à la cour les meubles et tous les objets (précieux) dont elle pouvait avoir besoin (on est à une époque où la cour se déplace encore de château en château). C'est la fin de la guerre de 100 ans, la France est ruinée, la monarchie fragilisée. Il faut relancer le commerce et imposer le roi comme seul à gouverner. Jacques Coeur et Charles 7 vont s'y employer de conserve pour le plus grand bénéfice de tous les deux :

Maître de l'Argenterie, je mesurais désormais la véritable utilité d'être aussi banquier. En consentement des crédits, je rendais accessible ce que les autres marchands se contentaient de proposer au prix fort. L'achat, avec cette méthode, devenait indolore.
Cependant, en recourant à l'emprunt, mes clients se passaient autour du cou un noeud d'abord lâche mais qui, peu à peu, se resserrait. Les bourgeois n'étaient pas concernés par ce péril, car ils disposaient d'assez d'argent pour payer comptant. Mais les nobles et jusqu'aux princes l'employaient largement. Le roi avait lui-même encouragé cette pratique et il m'avait offert sa garantie en cas de difficulté de recouvrement. Il savait ce qu'était le crédit. Jadis, aux temps difficiles, il y avait eu recours, au point de se voir parfois refuser la livraison de certaines commandes par des négociants qui ne lui faisaient plus confiance. Engagé dans une lutte sans merci contre les princes, il avait compris quel usage redoutable il pouvait faire de cet outil. Ceux qui déposaient les armes et le rejoignaient se voyaient comblés de ses largesses. Ils bénéficiaient des services de l'Argenterie, d'abord sous forme de dons, pour sceller la réconciliation. Puis venait le temps des achats et bientôt, pour tenir leur rang à la cour, des prêts et des dettes. En peu de temps, le fier allié était dans ma main, c'est-à-dire dans celle du roi.

Jacques Coeur nous est présenté comme un homme moderne, un personnage en avance sur son temps, déjà plus dans le Moyen-âge, bientôt dans la Renaissance. Il voyage, en Orient, en Italie et en ramène des idées novatrices. Tout ceci est fort intéressant et pourtant je peine à accrocher à ma lecture. Ce qui me gêne c'est la narration choisie. Ici c'est Jacques Coeur lui-même le narrateur et je déplore que ce narrateur ait un peu trop souvent tendance à se présenter en "pauvre riche". Il n'aime rien tant que la simplicité mais sa charge l'oblige à vivre dans le luxe. Pour parvenir à ses ambitions il a du écraser des innocents mais personne ne le lui reproche autant que lui-même. Je dois dire que j'ai du mal à compatir.

 

Jean-Christophe Rufin explique dans la postface  que, à partir des événements de la vie de Jacques Coeur qui sont connus, il a voulu faire vivre le personnage en imaginant ses pensées et ses sentiments. Moi, ça ne me convainc pas. Je pense qu'une biographie plus classique m'aurait mieux convenu. Mais Aaliz, elle, a aimé.

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 13:07
Jonathan Coe, Bienvenue au club, Gallimard

A travers un groupe d'amis lycéens de Birmingham et leurs familles, Jonathan Coe nous présente l'Angleterre des années 1970, de 1973 à 1979 au moment où Margaret Thatcher arrive au pouvoir. Le personnage principal est Benjamin, un intellectuel contemplatif qui cherche à comprendre le monde et le sens de la vie. Benjamin compose de la musique, écrit des poèmes, un roman. Nombre de ces oeuvres inachevées sont dédiées à Cicely dont il est secrètement amoureux. Jonatahan Coe décrit fort bien les affres de l'adolescence quand enthousiasme et abattement se succèdent sans transition.

Il y a aussi Doug, le fils du leader syndical de l'usine British Leyland, usine fréquemment en grève à cette époque. Les manifestations de soutien aux grévistes sont violemment réprimées par la police.

Et Steve Richards, le seul élève noir de ce lycée privé huppé et que tout le monde surnomme Banania.

J'ai beaucoup apprécié cette lecture que j'ai trouvé très plaisante, souvent drôle. Il y a une suite (Le cercle fermé) que je vais tâcher de me procurer.

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 16:58
Jonathan Coe,  La maison du sommeil, Folio

Sarah est sortie avec Gregory mais elle est maintenant en couple avec Veronica. Robert est très amoureux de Sarah mais doit se contenter de son amitié. Terry quant à lui est passionné par le cinéma underground. Nous sommes en 1983- 1984 -et dans les chapitres impairs du roman- et tous vivent ou ont vécu dans la résidence pour étudiants d'Ashdown, une vieille bâtisse gothique à souhait.

En 1996 - et dans les chapitres pairs- les personnages, que la vie avait séparés, vont se retrouver petit à petit autour d'Ashdown devenue une clinique psychiatrique pour les troubles du sommeil, la maison du sommeil de l'inquiétant dr Dudden.

Dans et hors de la clinique, le sommeil joue un rôle important car Sarah est narcoleptique et Terry insomniaque. La jeune Ruby Sharp somniloque -elle parle en dormant- et raconte parfois des choses troublantes mais ceux qui l'entendent y ajoutent foi car "... personne ne dit de mensonges en dormant. Pas vrai ?".

Enfin Robert est habité par un rêve récurent de son enfance dont l'importance et le sens se révèleront des années plus tard. Tout le talent de Jonathan Coe consiste à manier habilement les coïncidences pour faire arriver ses personnages où il le souhaite. Tout ceci est très bien mené, c'en est réjouissant. Je retrouve aussi, comme dans Testament à l'anglaise, une critique de la politique de santé menée sous Margareth Thatcher. J'apprécie cette lecture.

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