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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:47
Christian Charrière, La forêt d'Iscambe, Le livre de poche

Venus de Marseille, où règne le Bureau populaire et son régime totalitaire, et poursuivis par la blagoulette, le bras armé du Bureau, deux laineux, des philosophes errants, le maître Fondeur et son disciple Evariste, gagnent la lisière de la forêt d'Iscambe qui couvre tout le nord de la France. Ils veulent pénétrer ce lieu mystérieux et gagner Paris, l'ancienne capitale de l'antique civilisation dont ils veulent percer les secrets. Pour cela ils vont suivre l'A6 grâce à une vieille carte que le Fondeur s'est procurée.

Le roman se déroule en effet dans un futur non daté après qu'une guerre nucléaire ait détruit l'Europe et entraîné des mutations importantes chez certains êtres vivants. Les descendants des humains survivants sont organisés en petites communautés sur lesquelles le Bureau populaire essaie d'étendre sa mainmise. Dans leur quête les laineux entraînent It'van, rencontré à la lisière. Le jeune homme est adopté par une colonie de termites géants dont il va devenir le général en chef dans la guerre qui les oppose aux fourmis voisines. Il entreprend aussi la psychanalyse du roi Grodaggard.

 

Cela faisait assez longtemps que j'avais envie de relire La forêt d'Iscambe, lue pour la première fois il y a plus de trente ans (le roman date de 1980) et dont je gardais un souvenir positif quoique vague. La relecture me permet de nuancer mon jugement. La qualité principale de Christian Charrière pour moi c'est sa grande imagination. Imagination des situations et des descriptions :

Les laineux avaient éprouvé les pires difficultés pour découvrir, dans les profondeurs de la Sorbonne, un bivouac convenable. L'ancienne université de Paris était à ce point dévorée par la jungle que son sol n'était plus qu'un chaos de racines et de hautes herbes où de grands serpents cherchaient leur pitance. dans la cour d'honneur où d'immenses banians croissaient un troupeau de biche était à la pâture qui s'égailla dans les couloirs quand les laineux surgirent. Un peu plus bas, les vieilles mosaïques semblaient avoir été défoncées par la griffe d'un monstre, plaie béante où une eau furieuse affluait -résurgence d'une rivière souterraine plutôt que source. On aurait dit que, si longtemps et si obstinément refoulée, elle jaillissait avec une force redoublée, ruinant peu à peu les bâtiments autour d'elle.

Mais aussi imagination de la langue, souvent réjouissante et amusante avec des mots inventés, des mots-valises, des homophonies :

Souffleur était un coeur simple, obéissant et qui toujours remplissait avec exactitude et célérité les missions les plus périlleuses. Il était le meilleur des mélassiers de la termitière. Son artillerie nasale pouvait stopper net une armée de fourmis. Dardant son énorme curnule, il s'enfonçait comme un coin dans les premières lignes et, quand il avait trouvé la position favorable, se mettait à asperger tout ce qui bougeait,peggant les fantassins ennemis, les embalavant d'abondance, les engluant et les marouflant jusqu'à ce qu'ils soient collés au sol comme des mouches dans une assiette de miel.

C'est aujourd'hui le "ça bat".
-Le ça bat ?
-Oui, une fois par semaine, les nains s'arrêtent de travailler et s'adonnent à la méditation. (...) la plupart marquent ce repos hebdomadaire par des actions de grâce et des paroles d'adoration.
-Et pourquoi appelle-t-on cette journée-là le "ça bat" ?
-Et bien, précisément parce que ça bat. Oui, leurs coeurs battent sur un rythme différent de celui des autres jours, ça bat, ça tâche de battre au diapason du grand coeur universel, celui du foetus de lumière qui, recroquevillé au centre de la planète, attend sa naissance.

Ce qui me convient beaucoup moins apparaît dans l'extrait précédent. C'est tout un fatras mystico-religieux qui me laisse froide et même me lasse rapidement. La philosophie des laineux est inspirée des pensées tibétaine et taoïste. Il s'agit de trouver la vérité en soi, de réunir les contraires, l'obscurité et la lumière, le haut et le bas, le masculin et le féminin. Et tout cela est développé et étalé jusqu'à plus soif au point de prendre le pas, je trouve, sur l'action. J'ajoute à cela une vision du féminin très stéréotypée :

"Oui, cette forêt était une femme : elle en avait la molle et rêveuse nonchalance, les mouvements doux qu'interrompaient soudain de noirs éclats."

et j'explique ainsi que, bien que j'aie survolé ou sauté des passages, la lecture m'ait parfois semblé longue.

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Publié par Agnès - dans Autres romans
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