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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 16:24

turquie.jpgLe 15 août (plus d'un mois déjà) ma fille cadette, bac en poche, s'est envolée pour Ankara, Turquie, où elle va passer l'année scolaire grace à l'association YFU. Elle réside dans une famille turque, elle est scolarisée dans un lycée turc et le but est de découvrir la langue et la culture locales. C'est pour moi l'occasion de m'intéresser à ce pays dont je connais très peu la littérature. J'ai déjà glané sur les blogs quelques titres, si vous avez des suggestions à me faire elles seront les bienvenues.


Et comme YFU cherche aussi des familles d'accueil pour les jeunes qui arrivent en France nous recevons pendant ce temps Ivana de l'Equateur. Et la littérature équatorienne, quelqu'un connait ?

 

Au fait, YFU a besoin encore en ce moment même de familles d'accueil. Alors, pourquoi pas vous ?

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 16:11

couv-miltonGiles Milton, Le paradis perdu, 1922, la destruction de Smyrne la tolérante, Noir sur blanc

 

Au début du 20° siècle Smyrne, plus grande ville et ville la plus prospère de l'empire Ottoman était aussi une ville cosmopolite. On y trouvait des Turcs, des Grecs, des Arméniens, des Juifs et des Levantins : des Européens d'origine (Britanniques, Français, Italiens...) dont les familles s'étaient installées là depuis plus d'un siècle et qui s'étaient enrichis dans le commerce et l'industrie grâce à des avantages fiscaux. Mais tout ceci n'allait pas tarder à disparaître.


La première guerre mondiale change peu de choses aux conditions de vie des Smyrniotes. Les affaires ralentissent un peu mais chacun continue de manger à sa faim. Dans les villas du riche faubourg de Bournabat on donne des réceptions comme auparavant. Le génocide de 1915 ne touche pas les Arméniens de Smyrne grâce à la protection de Rahmi Bey, le gouverneur éclairé de la ville.


C'est à la fin de la guerre que les difficultés commencent. L'empire Ottoman fait partie des vaincus et la Grèce profite de sa place aux côtés des alliés pour envahir le pays dans le but de restaurer un empire chrétien en Asie mineure. C'est la Grande Idée de Vénizelos, le premier ministre grec de l'époque. La responsabilité des grandes puissances réunies en conférence de la paix à Paris, particulièrement de Lloyd George pour la Grande-Bretagne, est bien montrée. Ils laissent faire, convaincus que les Turcs sont des barbares. Le débarquement des troupes grecques à Smyrne en 1919 se solde par un massacre dans le quartier turc. La population civile grecque se joint aux soldats pour faire violence à ses concitoyens. Après cela le calme revient sous l'autorité d'un gouverneur grec impartial, Aristide Sterghiades.


En 1922 les troupes grecques sont vaincues par l'armée nationaliste de Mustapha Kemal qui entre dans Smyrne le mercredi 6 septembre. Le cauchemar commence. D'abord la ville est pillée. Un pillage en règle, comme au Moyen-âge : vols, viols, massacres. Arméniens et Grecs sont les premiers visés. Les malheureux habitants essaient de se réfugier dans des bâtiments portant pavillon américain, britannique ou français : écoles, hôpitaux, consulat. Puis, le 13 septembre, les troupes turques mettent le feu à la ville. Les maisons sont systématiquement aspergées de pétrole. Le vent aidant, bientôt tout flambe (sauf le quartier turc). Les réfugiés, près de 500 000 personnes, s'entassent alors sur le port, coincés entre la mer et le feu. Les Turcs continuent de les harceler.


C'est l'intervention d'un Américain, Asa Jennings, qui permet de sauver beaucoup de monde. Il négocie avec les autorités turques l'autorisation d'emmener les femmes et les enfants et convainc ensuite la Grèce de fournir les bateaux nécessaires à cette opération de sauvetage. Les hommes sont déportés vers l'intérieur de l'Anatolie.

Le bilan de cette tragédie est estimé entre 190 000 et 250 000 victimes. Encore une horreur à porter au passif de la première guerre mondiale.


J'ai trouvé passionant cet ouvrage qui m'a permis de découvrir un épisode historique que j'ignorais. Giles Milton présente les faits de façon claire et vivante. Il s'est appuyé pour cela sur de nombreuses archives, notamment sur des récits de survivants de diverses origines. J'ai retrouvé des choses que j'avais croisées dans Des oiseaux sans ailes. Tout cela m'a donné envie d'en savoir plus sur l'histoire de l'empire Ottoman. Dans l'année qui va venir je pense que je vais m'intéresser beaucoup plus à la Turquie. Je vous en reparlerai.

 


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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 14:35
Louis de Bernières, Des oiseaux sans ailes, Folio

Ce passionant roman raconte la fin de l'empire ottoman avant, pendant et peu après la première guerre mondiale. Ces événements terribles sont vus de façon vivante à partir de l'histoire de la petite ville d'Eskibahtché, en Anatolie, et de ses habitants.

Depuis très longtemps musulmans et Grecs plus quelques Arméniens, y vivent en bonne entente. Chacun traite l'autre d'infidèle mais les musulmans n'hésitent pas à adresser leurs prières à l'icône de la Vierge en cas de besoin et les mariages mixtes sont acceptés. Ainsi il est acquis pour tous dès leur plus tendre enfance que la belle Philothéi épousera Ibrahim qui la suit partout comme son ombre. On croise aussi Iskander le Potier qui fabrique des siflets qui imitent le chant des oiseaux; l'imam Abdulhamid Hodja, homme doux amoureux de sa jument Nilüfer. Pour ne pas tuer les tortues qui dévorent ses légumes il les ramasse dans un sac et va les relacher plus loin. Il y a de nombreux personnages pittoresques et attachants et aussi, en parallèle, la biographie de Mustapha Kémal.

La première guerre mondiale va mettre fin à cette vie paisible. Privé de ses jeunes hommes (enrôlés dans l'armée pour les musulmans, dans les commandos de travail pour les chrétiens) le village s'appauvrit. Les habitants sont victimes des attaques de bandes de hors-la-loi composées pour partie de déserteurs. C'est dans une quasi-indifférence que les Arméniens sont déportés.

Au front on tient aux jeunes gens un discours islamiste : cette guerre est une guerre sainte qui oppose les musulmans aux Francs. Pourtant l'empire est allié avec l'Allemagne alors que des Arabes combattent pour la Grande-Bretagne. Le gouvernement grec espère profiter du conflit pour réaliser son idée de Grande Grèce ou ressusciter l'empire byzantin au moins jusqu'à Istanbul. Les populations civiles sont les victimes de ces idées nationalistes : selon les aléas du combat les Grecs massacrent des musulmans puis les Turcs massacrent des Grecs.

Après la guerre les traités de paix prévoient l'échange des Grecs de Turquie contre les musulmans de Grèce. Ces déplacements de population provoquent encore de grandes douleurs. A Eskibahtché des amis de toujours se séparent sans espoir de se revoir. Les Grecs (qui ne parlaient que le Turc) doivent partir en abandonnant leurs biens sur place. Ils sont remplacés par des musulmans qui ne parlent que Grec. Surtout, on réalise alors que les chrétiens étaient aussi commerçants et artisans et le village s'appauvrit encore.

Louis de Bernières montre bien comment, à tous points de vue, économique et culturel, le passage de l'empire ottoman cosmopolite à la Turquie nationaliste a été un appauvrissement. Les délires nationalistes de certains ont souvent entraîné le malheur de beaucoup et l'auteur enfonce le clou là-dessus. Le petit bémol pour moi c'est la façon dont les Arméniens sont traités en victimes collatérales de tout cela. Il est question de "crimes de guerre tels que les marches mortelles des Arméniens et des prisonniers britanniques et les déportations de Grecs de la côte occidentale en 1914". Le mot génocide n'est employé que pour des massacres de musulmans par des Grecs.
Malgré cela j'ai trouvé ce roman excellent, bien écrit et avec souvent une pointe d'humour ironique. J'en ai lu facilement les 800 pages.

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 19:50
Elif Shafak, La bâtarde d'Istanbul, 10-18

Armanoush Tchakmakchian est une jeune Américaine, d'origine arménienne par son père. Ses parents ont divorcé quand elle était toute petite et sa mère, en partie pour faire enrager son ex-belle-famille, s'est remariée avec un Turc. Elevée par sa mère, Armanoush s'est néanmoins imprégnée de culture arménienne à chaque fois qu'elle séjournait dans sa famille paternelle.

A l'âge de 20 ans Armanoush éprouve le besoin de mieux connaître ses origines. Sans prévenir ses parents elle s'envole alors pour Istanbul où elle se fait héberger par la famille de son beau-père, Mustafa Kazanci. Dans cette maison de femmes (Mustafa, le seul homme encore vivant a émigré il y a 20 ans et n'a plus remis les pieds en Turquie) Armanoush se lie d'amitié avec Asya, la fille bâtarde d'une des soeurs de Mustafa. L'arrivée de cette intruse, les questions qu'elle pose sur les Turcs et les Arméniens, vont faire émerger des secrets de famille dont certains profondément enfouis.

J'ai bien aimé cette lecture qui m'a tenue en haleine. Dès le début je me doutais que l'histoire des familles Tchakmakchian et Kazanci était liée mais comment ? La réponse est plutôt crédible, conforme à ce que j'ai pu lire sur certains épisodes du génocide des Arméniens. Pour en arriver au dénouement il faut en passer par l'intervention des esprits mais cela ne m'a pas gênée. Elif Shafak dit dans les remerciements qu'elle a eu des problèmes avec la justice de son pays à cause de certaines choses qu'elle a écrites dans ce livre. A l'heure où certains Turcs demandent pardon pour des événements survenus il y a près de cent ans La bâtarde d'Istanbul pose aussi la question de la responsabilité collective.

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 14:43
Fethiye Cetin, Le livre de ma grand-mère, L'aube

Alors qu'elle était déjà adulte, Fethiye Cetin a découvert que sa grand-mère était une rescapée du génocide des Arméniens. Quand elle était petite elle a été enlevée, lors d'une marche de la mort, par un gendarme turc à qui elle avait plu. Il n'avait pas d'enfant et l'éleva comme sa fille. Sa femme par contre la considérait comme une servante. Elle changea de nom, de religion et épousa plus tard un neveu de ses parents adoptifs.

Ce livre est un hommage de Fethiye Cetin à une grand-mère dont elle était très proche, qui l'a en partie élevée après la mort de son père. Il est fait des souvenirs que cette femme avait tus et qu'elle a commencé à raconter à sa petite-fille peu avant sa mort. Ce sont souvent des impressions, des images de la vie quotidienne qui essaient de redonner corps à ce qui a disparu. Cela m'a fait penser à des choses que j'ai lu sur la vie des Juifs en Europe centrale avant la seconde guerre mondiale.

Aujourd'hui en Turquie, un certain nombre de personnes découvrent, comme Fethiye Cetin, leurs origines arméniennes au moment où les derniers survivants disparaissent. De ce fait Le livre de ma grand-mère a eu un succès inattendu dans ce pays.

C'est
Naina qui m'avait signalé la parution de cet ouvrage.

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5 août 2007 7 05 /08 /août /2007 07:50

Antonia Arslan, Il était une fois en Arménie, Robert Laffont.

 

 

 

 

A la fin du 19° siècle Yervant Arslanian, le grand-père de l’auteur, a quitté l’Arménie à l’âge de treize ans pour aller étudier et s’établir en Italie. Il est devenu médecin, a épousé une Italienne. Il garde le contact avec son frère Sempad, pharmacien dans leur ville natale et rêve parfois qu’il fait construire une maison au pays. Mais en 1915 les autorités turques organisent le massacre des Arméniens. Sempad et les hommes de la famille sont assassinés, sa femme, ses sœurs et ses filles sont déportées.

 

 

 

A partir du témoignage des survivants, à partir de ce que lui ont « dit » les morts, Antonia Arslan a rédigé l’histoire de sa famille persécutée en Arménie, l’histoire de ceux qui se sacrifièrent pour les autres, l’histoire de ceux qui les aidèrent, l’histoire du sauvetage de ceux qui en réchappèrent. Le récit est à la fois documentaire (il explique clairement l’organisation du génocide) mais aussi merveilleux. Les protagonistes reçoivent en effet des signes sous forme de rêves qui les avertissent des temps sombres à venir ou de visions qui les préviennent. Des anges pleurent sur le destin du peuple arménien. L’auteur raconte les atrocités dont sa famille a été victime mais sans s’y complaire. Elle insiste plus sur la solidarité, le courage, l’espoir. Malgré le sujet elle arrive ainsi à garder une forme de légèreté à ce récit émouvant.

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