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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 17:27

camondo-copie-1Pierre Assouline, Le dernier des Camondo, Folio

 

Lors d'un précédent séjour à Paris j'avais visité au musée d'histoire du judaïsme l'exposition "La splendeur des Camondo" qui m'avait permi de découvrir l'existence de cette famille et de l'ouvrage de Pierre Assouline.


Les ancêtres des Camondo sont des juifs sépharades venus d'Espagne après l'expulsion de 1492. Après avoir pas mal voyagé dans toute l'Europe semble-t-il, la famille arrive à Constantinople au 19° siècle. C'est là qu'ils se sont enrichis dans la banque. En 1869 les deux frères Abraham et Nissim décident de transférer la banque familiale à Paris et la famille migre encore.


Le dernier des Camondo c'est Moïse, le fils de Nissim et le dernier à porter le nom. Il a été un grand collectionneur d'art du 18° siècle, pas seulement des tableaux mais surtout des meubles et des objets. Pour servir d'écrin à sa collection il fait construire un hôtel avenue de Monceau. Il comptait le léguer à son fils Nissim mais celui-ci est tué à la guerre en 1917. Moïse qui a été quitté peu avant par sa femme se retrouve comme deux fois veuf. A sa mort, il lègue l'hôtel et les collections qu'il renferme à l'Etat pour en faire un musée. C'est le musée Nissim de Camondo que j'ai l'intention de visiter dès que possible. La fille de Moïse, Béatrice, et sa famille sont déportés pendant la deuxième guerre mondiale et meurent à Auschwitz en 1943 et 1944.


Je n'ai pas bien apprécié la façon d'écrire de Pierre Assouline. D'abord j'ai trouvé le style un peu ampoulé avec abus de vocabulaire trop recherché qui ne fait pas naturel. Ainsi des frères Goncourt : "Religionnaires de l'art, ils avaient le culte du beau. Ces bibeloteurs se présentaient volontiers comme des aliénés de la curiosité. Tout à leur bricabracomanie, les deux écrivains n'en avaient pas moins constitué, eux aussi, une sorte de collection au fil de leurs errances dans l'antiquaillerie."


Ensuite, trop souvent, la description prend la forme d'énumérations, comme la liste des personnes qui ont assisté à telle réception, ce qui rend la lecture fastidieuse sans parvenir à insufler la vie que j'attendais dans l'histoire de cette famille. C'est donc globalement un sentiment de déception pour moi. Il reste que j'ai quand même trouvé des sujets d'intérêt, notamment ce qui concerne l'antisémitisme en France à l'époque de l'affaire Dreyfus.

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 14:57

orientalisteTom Reiss, L'orientaliste, Une vie étrange et dangereuse, Phébus

 

En 1998 Tom Reiss se rend en Azerbaïdjan pour son travail. Avant de partir il cherche à se documenter sur le pays. On lui conseille la lecture d'un roman écrit en 1937, Ali et Nino, dont l'action se déroule en partie à Bakou. Sur place, Tom Reiss découvre qu'Ali et Nino fait figure de roman national mais que personne ne sait qui est l'auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Kurban Saïd. Il décide de mener l'enquête. Il trouve que Kurban Saïd, qui se fait aussi appeler Essad Bey, est en fait Lev Nussimbaum.


Né en 1905 Lev Nussimbaum a grandi à Bakou. Sa mère est morte quand il était tout jeune, son père est un magnat du pétrole. Au début du 20° siècle l'Azerbaïdjan est la première région productrice de pétrole du monde. Dans ce pays le pétrole suinte du sol et les collines s'enflamment spontanément. On devient riche en piochant son champ. Cette situation a donné naissance à une société cosmopolite. Hommes d'affaires chrétiens, musulmans et juifs (comme les Nussimbaum) se fréquentent sans souci de leurs origines. Ils se font construire de splendides villas, un opéra, un casino et Bakou passe pour un petit Paris.


Mais tout cela prend fin avec la révolution russe. Dès 1917 Bakou est touchée par la guerre civile. Une fois aux mains des Rouges, un coup dans celles des Blancs, un temps indépendant, l'Azerbaïdjan fini par être rattaché à l'URSS. Les Nussimbaum fuient les violences en traversant la mer Caspienne vers l'Iran. Un long périple les mène ensuite à Constantinople puis à Berlin.

 

En cours de route, Lev s'est converti à l'islam. Depuis sa jeunesse il est fasciné par la civilisation musulmane qu'il voit comme un lien avec ses racines orientales. A Berlin il s'inscrit aux Langues Orientales, se fait appeler Essad Bey et commence à écrire. C'est un auteur très prolixe qui écrit des biographies (de Nicolas 2, de Lénine, de Staline), des ouvrages sur la révolution russe ou le Caucase, une autobiographie romancée. C'est un auteur à succès de la fin des années 20 et du début des années 30. Mais en 1935 Lev est frappé par deux malheurs : sa femme le quitte et il est interdit de publication en Allemagne car juif. Il termine sa vie en Italie, un peu isolé, atteint par une maladie dégénérative dont il meurt en 1942.


J'ai beaucoup apprécié ce passionant ouvrage. Tom Reiss est un conteur habile qui sait mettre en valeur ses découvertes. Il a travaillé pendant cinq ans pour percer à jour les secrets de Lev. Il a eu des coups de chance, des rencontres inattendues qui lui ont permi d'avancer. Il est arrivé aussi juste au dernier bon moment car certains des témoins qu'il a rencontrés étaient des personnes très âgées qui sont mortes peu après. Cet aspect humain de sa recherche me fait penser au travail de Daniel Mendelsohn pour Les disparus.

 

La vie de Lev est aussi un prétexte pour nous présenter les régions qu'il traverse et les gens qu'il rencontre. J'ai découvert ainsi l'histoire de l'Azerbaïdjan qui m'a beaucoup intéressée. Depuis longtemps je suis fascinée par le Caucase et son mélange de populations et de langues. L'auteur nous présente enfin son personnage comme le type même de l'orientaliste juif des 19° et 20° siècles, phénomène d'abord apparu dans l'Angleterre victorienne. Ces orientalistes juifs voyaient les Arabes comme des frères et il y eût des sionistes promusulmans. Tout cela est bien loin aujourd'hui.


Et maintenant je vais lire Ali et Nino.

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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 17:14
stasilandAnna Funder, Stasiland, 10-18

Anna Funder est  Australienne. En 1996 elle a vécu à Berlin où elle travaillait pour une radio. C'est alors qu'elle a commencé à s'intéresser à ce qu'avait été la vie dans l'ex-RDA, sous le regard de la stasi. Elle rencontre et interroge des victimes de cet Etat policier mais aussi des acteurs de la surveillance et de l'intimidation, à plusieurs niveaux de responsabilité.

J'ai beaucoup apprécié cette lecture que j'ai trouvé très intéressante. Certaines des histoires racontées m'ont fait froid dans le dos, notamment celle de Julia, la logeuse d'Anna Funder. Lycéenne brillante, particulièrement en langues, Julia voit les portes se fermer devant elle : elle n'est pas acceptée à la faculté de traduction et d'interprétariat et ne trouve aucun travail. Tout cela parce qu'elle a un petit ami italien et petit ami étranger = envie de quitter le pays. Convoquée pour un entretien elle découvre que presque toute sa vie est connue, toutes ses lettres ont été lues. Ce qui est bien montré c'est la torture qu'entraîne ce genre de procédé : si je ne suis pas admise, est-ce politique ou parce que je ne suis pas assez douée ?

Anna Funder s'investi personnellement dans son travail. Elle raconte ce qu'elle ressent et aussi des épisodes de sa vie personnelle qui interfèrent avec ses recherches.  Au début j'ai trouvé que c'était de trop et qu'on n'en avait rien à faire mais finalement ça contribue à rendre l'ouvrage vivant et sympathique. Cette lecture m'a été conseillée par Naina.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 16:15
Jacqueline Hénard, Berlin-ouest, histoire d'une île allemande, 1945-1989, Perrin

Jacqueline Hénard est journaliste, elle est née et a grandi à Berlin-ouest. Elle raconte ici l'histoire de cette "île" allemande, morceau de RFA en RDA de la fin de la seconde guerre mondiale à la chute du Mur.

Le 21 avril 1945 les troupes soviétiques entrent dans Berlin qui passe sous leur contrôle. Elles y restent seules pendant plus de deux mois avant l'arrivée des autres alliés. Cette situation est une occasion de pillage. Dans les futurs secteurs occidentaux les Soviétiques emportent ce qui reste des usines. 88% des capacités de production industrielles disparaissent ainsi, à l'est seulement 33%. Je me rappelle que dans Une femme à Berlin l'auteur racontait comment elle avait été réquisitionnée pour participer à ce démontage.

En 1948 le blocus de Berlin entraîne la partition de l'Allemagne. Depuis ce blocus les autorités de Berlin-ouest vivent dans la crainte d'un deuxième blocus. Il y a donc en permanence des stocks de nourriture devant permettre de tenir 180 jours. Ils sont régulièrement renouvelés et les denrées sorties des stocks sont écoulées à bas prix dans les supermarchés de la ville. Les ménagères économes connaissent ainsi de nombreuses façons d'accomoder le boeuf en boîte.

Mais la guerre froide ce n'est pas seulement cette petite histoire un peu amusante. C'est aussi des situations vraiment inquiétantes. Ainsi, avant la construction du Mur les Soviétiques n'hésitent pas à venir enlever jusque dans Berlin-ouest des opposants au communisme. En octobre 1950 le gouvernement militaire américain estime le nombre de rapts à 3000. Kidnappé le 8 juillet 1952, le juriste Walter Linse est condamné à mort par un tribunal militaire soviétique et exécuté en décembre 1953.

En 1961 la construction du Mur prive Berlin-ouest d'une partie de sa main-d'oeuvre (60 000 travailleurs venaient quotidiennement de l'est). On va donc, à coup de primes et d'avantages fiscaux, attirer des Allemands de l'ouest vers Berlin. D'une façon générale Berlin-ouest, qui est aussi une vitrine du bloc-ouest, fonctionne grâce aux subventions versées par le reste du pays, argent facile qui entraîne détournements et corruption.
Jacqueline Hénard évoque les réseaux d'évasion de l'est vers l'ouest. Mais aussi les originaux qui ne supportent pas qu'on borne leur horizon et qui franchissent le Mur dans l'autre sens, régulièrement pour certains. Ils sont vite renvoyés à leur point de départ par les autorités est-allemandes. Jusqu'à la prochaine fois...

J'ai plutôt apprécié ce livre. La lecture en est facile et les anecdotes rendent le récit vivant.

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 13:34
Monique Dollin du Fresnel, Henry Russel (1834-1909), Une vie pour les Pyrénées, Sud-ouest

2009 qui marque le centenaire de la mort d'Henry Russell est l'occasion de sortir cette biographie de celui qui fut un des premiers pyrénéistes. Monique Dollin du Fresnel est l'arrière-petite-nièce de Henry Russell ce qui lui a donné accès à des documents et surtout à la mémoire familiale. Elle présente de façon détaillée ce personnage que je ne connaissais pas.

Henry Russell est né à Toulouse d'une mère française et d'un père irlandais. Thomas-John Russell-Killough avait quitté son Irlande natale où la noblesse catholique était discriminée. La famille déménage fréquemment : Pau, Bagnères-de Bigorre (d'où madame emmène ses enfants en excursion dans les Pyrénées), Dublin. Henry poursuit ses études dans des pensionnats de garçons, d'abord en France puis en Irlande. Il mène une vie de jeune mondain, il n'est jamais question d'apprendre un métier. Les parents Russell ne voient qu'un avenir pour leurs fils : épouser une femme bien dotée qui leur permettra de vivre sans travailer, à l'image de ce qu'a fait le père. Cependant, Henry ne se mariera jamais. Vers l'âge de 30 ans il tombe amoureux d'une jeune Anglaise, fille d'un pasteur anglican mais renonce à l'épouser sous la pression de ses parents car elle n'est pas assez riche et elle n'est pas catholique. La peinture de cette société de rentiers dont font partie les Russell, de cette noblesse sur laquelle la Révolution française a passé sans laisser de traces apparentes  est une des choses qui m'ont le plus intéressée.

Dès ses 20 ans, Henry est pris de l'envie de voyager. Il part pour l'Amérique puis pour l'Asie en traversant la Russie et pour l'Australie, mais il revient toujours vers les Pyrénées. Il va finalement organiser sa vie entre Pau où il passe l'hiver et les sommets des Pyrénées (principalement dans les Hautes-Pyrénées) en été. Chaque année il repart à l'assaut des cimes et il est l'auteur de très nombreuses premières. Tout était encore à faire à cette époque. Il s'était fait confectionner un sac de couchage en peau d'agneau et il aimait à l'occasion passer la nuit au sommet de ses chères montagnes, ce qui le faisait considérer comme un original.

En 1880 il couche ainsi au sommet du Vignemale. Cet événement fondateur le lie définitivement au lieu. Il veut pouvoir y rester de façon plus confortable et se fait pour cela percer des grottes artificielles au col du Cerbillonas (3205 m) puis plus bas, à 2400m. Dans ses grottes Russell reçoit ses amis montagnards. Il leur offre bonne chère et bon vin. On boit sec à ces altitudes, ça réchauffe. Voilà une chose qui m'a stupéfaite : qu'on puisse faire monter à 3000 mètres, ouvriers du bâtiment, barres à mine et dynamite; qu'on creuse la montagne et que personne n'y trouve rien à redire. Autres temps, autres moeurs. Russell a même obtenu du préfet la concession des sommets du Vignemale pour 99 ans. Il voulait s'en sentir propriétaire...

A partir de 1906 la santé d'Henry Russell commence à se dégrader. Il se remet d'abord difficilement d'une grippe puis un cancer du foie est diagnostiqué en 1908. Il meurt en février 1909. Il était monté à ses grottes pour la dernière fois en août 1906. (Je me demande ce qu'elles sont devenues aujourd'hui).

J'ai trouvé très intéressante cette histoire d'un amoureux des Pyrénées, personnage d'un autre temps aussi. Au 19° siècle la découverte des montagnes est encore réservée à une minorité de privilégiés qui peuvent s'y payer des séjours. Les premiers arrivés laisent au sommet leurs noms dans une bouteille pour signaler leur performance aux suivants. A côté d'Henry Russell j'ai également découvert les guides de montagne, personnages de première importance, parfois négligés (mais pas par Russell). En voilà qui ont fait nombre de premières.
L'ouvrage se lit facilement. Il est illustré de nombreuses photos dont beaucoup proviennent du musée des Pyrénées à Lourdes. Ca m'a donné bien envie de le visiter, ce que je ferai dès que possible, sans doute prochainement.


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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 17:45
Bénédicte Vergez-Chaignon, Les vichysto-résistants de 1940 à nos jours, Perrin


Longtemps on a cru qu'il y avait entre les partisans de Pétain et les résistants une différence bien nette. Depuis les années 1990 on découvre petit à petit que la réalité était plus complexe, que l'on a pu être pétainiste et résistant. Qui sont ces vichysto-résistants et pourquoi leur existence a-t-elle été occultée pendant 45 ans ? C'est ce qu'étudie Bénédicte Vergez-Chaignon.


Les vichysto-résistants sont souvent des officiers de carrière. Issus de la droite nationaliste et chrétienne ils sont pour la Révolution nationale dont ils attendent la rénovation morale de la France et la fin des clivages politiques. Mais en même temps ils supportent mal que la France soit sous l'autorité étrangère et attendent avec impatience la revanche. Souvent ils sont opposés à l'idéologie nazie.

La demande d'armistice par Pétain met ces soldats devant un choix douloureux entre leur devoir d'obéissance et leur envie d'agir. Ils jugent le maréchal à leur mesure et s'imaginent alors qu'il joue un double jeu. Celui-ci laisse croire et entretient l'ambiguïté.


Dès l'été 1940 des chefs de corps organisent spontanément le camouflage de matériel militaire. Des listes d'hommes mobilisables sont dressées, sorte de réservistes prêts à intervenir le moment venu. De même les organisations de jeunesse (chantiers de jeunesse, compagnons de France) qui se créent après la défaite peuvent sembler de futures troupes.

Pendant un certain temps il y a même des contacts entre certains chefs de la résistance et des membres du gouvernement de Pétain. Ainsi Henri Frenay, un des fondateurs du mouvement Combat, qui voit Pétain comme un « capitaine prisonnier de l'équipage », est contacté en janvier 1942 par le directeur de la sûreté nationale de Vichy qui lui propose une rencontre. Ce dernier laisse entendre que le gouvernement joue double jeu et que la résistance peut le gêner dans cette voie. Mais Frenay ne suit pas et, ces contacts lui portant tort dans la résistance, il rompt ensuite avec Vichy.


Le 8 novembre 1942, le débarquement anglo-américain en Afrique du nord française entraîne, le 11 novembre, l'occupation de la zone libre par l'Allemagne. Pétain demande aux Français de ne pas réagir et la petite armée que la France avait été autorisée à conserver après l'armistice est dissoute. Un certain nombre d'officiers comprennent alors la réalité de la collaboration. Cependant ils ne veulent pas se rallier à de Gaulle et se tournent vers Giraud qui s'est retrouvé à la tête du gouvernement d'Alger après le débarquement de novembre. Giraud est lui-même un admirateur du maréchal et gouverne de façon autoritaire selon les principes de la Révolution nationale. Sous la pression des Américains ce régime se démocratise ensuite puis Giraud est poussé dehors par de Gaulle.


A partir de février 1943, la mise en place du STO va pousser encore plus d'hésitants vers la résistance. Une part croissante de l'administration de Vichy (des préfets) renâcle face à certaines consignes. Ceci explique que seulement la moitié des effectifs prévus ont été envoyés en Allemagne.

Après le débarquement c'est individuellement que les membres des chantiers de jeunesse ou les reliquats des forces armées de Vichy choisissent ou non de rejoindre la résistance et de participer à la libération du territoire français.


Dans la deuxième partie de l'ouvrage Bénédicte Vergez-Chaignon aborde le devenir de ces vichysto-résistants après la guerre et comment et pourquoi, petit à petit, le fait qu'on ait pu être à la fois pétainiste et résistant est devenu inaudible. Le cas de François Mitterrand est notamment longuement évoqué.


Bien que certains passages aient été un peu ardus pour moi, j'ai trouvé cet ouvrage fort intéressant. Bénédicte Vergez-Chaignon s'est documentée de façon abondante, le récit est foisonnant avec de nombreux personnages principaux et secondaires. J'ai particulièrement apprécié le propos nuancé. L'auteur montre que de nombreux choix ont été possibles, on est loin d'un découpage manichéen. Mais en même temps elle prend aussi position de façon tranchée, indiquant quand un comportement a été indigne. Cette lecture m'a fait prendre conscience de grands pans d'ignorance et a fait émerger des besoins d'information. Il me faudrait maintenant lire une histoire de la résistance, une de Vichy, de la milice, une biographie de Pétain... Et nul doute que ces lectures en appelleraient d'autres.

 

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 11:41
Inge Scholl, La rose blanche, six Allemands contre le nazisme, Les éditions de minuit

Inge Scholl était la soeur de Hans et Sophie Scholl. Dans ce livre elle raconte l'origine de l'engagement de son frère et de sa soeur et leur action dans la résistance contre le régime hitlérien. Les enfants Scholl se sont tout d'abord engagés avec enthousiasme dans les jeunesses hitlériennes. Inge Scholl montre bien comment cette organisation pouvait attirer de jeunes idéalistes :

"Nous croyions être membres d'une vaste organisation, qui englobait tout et appréciait chacun, de l'enfant de dix ans à l'homme adulte. Nous nous sentions solidaires d'une cause, d'un mouvement qui, de la masse, créaient un peuple. Nous pensions que le temps arrangerait certaines choses déplaisantes. Une fois, après une longue randonnée à bicyclette, nous avions planté nos tentes sous un immense ciel étoilé; brusquement, une camarade de quinze ans me dit : "tout serait parfait... sans cette question des Juifs, qui m'obsède." La dirigeante répondit que Hitler savait ce qu'il faisait et qu'on devait, pour le bien supérieur de l'Allemagne, accepter de bon coeur ce qui nous paraissait incompréhensible. La jeune fille ne fut pourtant pas satisfaite de cette réponse, et d'autres partagèrent son inquiétude. Ce fut une soirée agitée, mais, finalement, la fatigue l'emporta. Le jour suivant fut magnifique, et on oublia provisoirement la conversation de la nuit".

Mais de telles discutions ne sont bientôt plus permises et Hans qui n'entre pas bien dans le moule est déchu de son rang de chef d'équipe.

Petit à petit, Hans et Sophie comprennent mieux tous les aspects pervers du régime nazi. De plus ils sont motivés par leur foi chrétienne profonde. En 1942, lorsque Sophie rejoint Hans à Munich pour y être étudiante, celui-ci commence à résister et elle le suit. Leur groupe se compose aussi de trois autres étudiants, Christoph Probst, Willi Graf, Alexander Schmorell et d'un professeur de philosophie, Kurt Huber. Leur action consiste à éditer des tracts appelant à la résistane passive et à les diffuser dans l'université puis en ville. Ils analysent la situation présente -la bataille de Stalingrad est en train d'être perdue- et le sort fait aux Juifs. Pendant ses congés Hans, étudiant en médecine, a du aller servir en Russie et il a été témoin du travail forcé. Ils appellent leurs concitoyens à dire non pour que, dans un avenir forcément proche, l'Allemagne ne soit pas mise au ban des nations.

Le 18 février 1943 Hans, Sophie et Christoph sont arrêtés par la gestapo. En quatre jours ils sont jugés, condamnés à mort et exécutés. Hans Scholl avait 24 ans, Sophie Scholl 21, Christoph Probst, 23 ans, était père de trois enfants. Les autres membres de la rose blanche sont aussi arrêtés et exécutés avant la fin de l'année.

Je connaissais l'existence de la rose blanche et de Hans et Sophie Scholl mais rien de plus. J'ai trouvé ce petit livre fort intéressant. Inge Scholl montre des jeunes gens intelligents qui réfléchissent sur le monde dans lequel ils vivent et analysent bien la situation. Leur foi chrétienne et un élément très important de leur vie et de leur engagement. Inge Scholl dit qu'ils sont morts en héros, je dirais plutôt qu'ils sont morts en martyrs.

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 16:20
Christophe Lambert, Haumont 14-16, l'or et la boue, Nathan

14 décembre 1914, à Flabas, du côté de Verdun, Casimir fait la connaissance de Martin. Ils deviennent amis et vont travailler ensemble comme téléphonistes. Ils installent des lignes entre les tranchées.
Octobre 1915, la compagnie se déplace vers Haumont. Là, Martin confie à Casimir qu'il sait qu'un trésor est caché dans les environs. Il veut qu'ils le cherchent ensemble.
Février 1916, la bataille de Verdun commence.

Ce roman fait partie d'une collection, "les romans de la mémoire", établie en partenariat entre les éditions Nathan et le ministère de la défense. Elle veut "préserver la mémoire de ceux qui ont été acteurs ou témoins des conflits du 20° siècle". Pour L'or et la boue, le résultat est quand même celui d'un ouvrage de commande. C'est bien documenté et le lecteur y trouvera des précisions intéressantes sur les conditions de vie dans les tranchées. Mais on les trouverait aussi bien dans un livre documentaire sur le sujet. Le roman n'apporte rien de plus. L'histoire de la chasse au trésor m'a parue assez peu crédible. Cela s'adresse à un public de collégiens et peut-être que ceux qui ne sont pas encore des lecteurs confirmés apprécieront car c'est facile à lire.

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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 17:11
Christian Delacampagne, Une histoire du racisme, Le livre de poche

Dans cet excellent petit livre Christian Delacampagne nous présente une histoire du racisme depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours (mon édition date de 2000).
"Le racisme commence lorsqu'on cherche à donner des inégalités sociales une justification fondée dans la nature, accompagnée de références explicites à des éléments de savoir biologique" ou plus simplement, le racisme c'est "toute forme de haine de l'autre en tant qu'autre, fondée non pas sur ce que l'autre fait mais sur ce qu'il est réputé être".

Comme tout phénomène chaque différent type de racisme a une origine précise. Ainsi le racisme antinoir s'est développé avec la diffusion du christianisme. Avant, chez les Grecs et les Romains, les Noirs peuvent être victimes de préjugés mais en tant qu'étrangers, pas en tant que Noirs. Chez ces deux peuples il y a des mariages mixtes et qui ne choquent pas.

L'antisémitisme quant à lui a certes existé avant les Chrétiens mais ce sont ces derniers qui lui ont donné toute son ampleur. Le christianisme n'était au départ qu'une secte juive parmi d'autres et il lui a fallu se démarquer clairement du judaïsme pour émerger. Au Moyen-âge c'est à partir de la fin du 11° siècle que le sort des Juifs se dégrade en Europe.

Christian Delacampagne aborde aussi les grands génocide du 20° siècle : le génocide des Arméniens par les Turcs, le génocide des Juifs et des Tsiganes par les nazis, le génocide des Tutsi par les Hutu. C'est l'occasion de nous préciser les carctéristiques d'un génocide. C'est le fait d'organiser volontairement la disparition d'un peuple. Ainsi pour les Indiens d'Amérique on ne peut pas parler de génocide car si les exactions commises contre eux ont bien abouti à leur quasi-disparition cela n'a pas été le résultat d'un plan concerté pour les détruire. Enfin le négationisme est la dernière étape pour le génocideur pour faire disparaître la réalité de son crime car tout génocide qui demeure impuni est un génocide réussi.

Il y a encore d'autres sujets passionants comme la traite atlantique (qui entraîna la déportation de 11 millions d'Africains) et l'esclavage des Noirs, l'apartheid en Afrique du sud. Chacun des thèmes abordé l'est sous un angle historique (rappel des faits et des dates) et sous un angle philosophique et politique engagé. Comme il en a averti le lecteur dans l'introduction l'auteur ne reste pas neutre, il propose son analyse personnelle.

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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 18:03
Anonyme, Une femme à Berlin, journal, 20 avril-22 juin 1945, Gallimard.

Journaliste, Allemande, l'auteur avait une trentaine d'années au moment de la chute de Berlin à la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle a tenu son journal de ces journées difficiles.

D'abord, alors que les Soviétiques sont aux portes de la ville, les Berlinois se terrent dans les caves par peur des bombardements. L'auteur qui loge sous les toits est hébergée par une veuve qui habite plus bas, ce qui lui permet de gagner rapidement la cave en cas d'alerte. Chacun a descendu avec soi ses objets les plus précieux. Quand on peut sortir on en profite pour faire la queue pour l'eau, pour la nourriture. Tous les efforts sont organisés dans l'optique de la survie.

Le 27 avril les premiers Soviétiques arrivent dans le quartier de l'auteur. Les bombardements sont terminés, les viols commencent. On estime à plus de    100 000 le nombre de Berlinoises victimes de viols en cette fin de guerre. Viols collectifs, viols à répétition, viols devenus presque banals puisque la première question entre deux femmes qui se rencontrent est à cette époque : "Alors, combien de fois?"

Aussi l'auteur du journal se met en quête d'un protecteur, un officier qui fera barrage aux autres hommes et qui l'approvisionnera en nourriture. Elle a des rudiments de Russe qui lui permettent de nouer des relations plus facilement avec les vainqueurs. Après le départ du premier officier, elle en recrute un deuxième.

A partir du 9 mai les Soviétiques quittent l'immeuble et l'auteur peut enfin dormir seule. A ce moment là elle est réquisitionnée, avec d'autres, pour participer à divers travaux : déblaiement des ruines, récupération de matériaux et de machines qui peuvent encore servir et qui sont expédiés vers l'URSS, lavage du linge de l'occupant...
Petit à petit un rationnement se remet en place : on touche des tickets, on peut acheter de la nourriture. L'eau revient dans l'immeuble.

Le journal s'arrête le 22 juin, juste après le retour de Gerd qui fut le compagnon de l'auteur. Gerd qui ne comprend pas ce qu'elle a vécu en son absence et qui le lui reproche : "Vous êtes devenues aussi impudiques que des chiennes, toutes autant que vous êtes dans cette maison. (...) C'est épouvantable d'avoir à vous fréquenter. Vous avez perdu tout sens des normes et des convenances."

Quand cet ouvrage est paru pour la première fois en Allemand, en 1957, il a suscité le même genre de réactions et l'auteur a été accusée d'immoralité éhontée. Ce qui a choqué, c'est la façon presque froide dont les faits sont racontés. L'auteur est un témoin qui ne cache rien : les compromissions et la lâcheté mais aussi la solidarité. Elle-même apparaît comme une personne qui réfléchit, prête à beaucoup pour survivre mais pas à n'importe quoi. Je la trouve admirable car très courageuse. Un document frappant qui me donne envie d'en lire plus sur ces événements.

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