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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 15:44

une-telle-monstruosite-journal-d-un-medecin-polonais-1939-1Zygmunt Klukowski, "Une telle monstruosité...", Journal d'un médecin polonais, 1939-1947, Calmann-Lévy

 

En 1919 Zygmunt Klukowski s'installe à Szczebrzeszyn, petite ville de Pologne près de Zamosc dans l'est du pays. Agé alors de 34 ans il y prend la direction de l'hôpital. En 1939, quand débute la seconde guerre mondiale, Zygmunt Klukowski est toujours directeur de l'hôpital de Szczebrzeszyn. Il décide alors de tenir un journal des événements. Bibliophile passionné, propriétaire de nombreux ouvrages, il a, dès le départ, l'intention de réunir des matériaux pour pouvoir plus tard écrire l'histoire de la région pendant la guerre. Il fait donc oeuvre d'historien, recoupant et vérifiant ses informations. Le résultat est le récit poignant des souffrances des populations locales sous la botte nazie puis soviétique. Croyez-moi, à côté de ça, l'occupation de la France c'était de la plaisanterie.

 

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La rue de Szczebrzeszyn où se trouve l'ancien hôpital du dr Klukowski porte aujourd'hui son nom.

 

Les Juifs sont les premières victimes des nazis. Ils sont d'abord discriminés, harcelés, déportés puis exterminés. Zygmunt Klukowski note les exécutions sommaires dans la rue (il y avait une importante communauté juive à Szczebrzeszyn) et constate avec répugnance que certains Polonais participent de bon coeur aux persécutions.

 

L'occupation allemande de la Pologne entraîne des déplacements de population à grande échelle, pas seulement des Juifs. La région de Zamosc était la région d'Himmler. Il avait le projet délirant d'évacuer les populations polonaises de l'ensemble du district de Zamosc (rebaptisée Himmlerstadt) afin d'y implanter 60 000 colons allemands. Fin 1942 commence la mise en oeuvre de ce plan. Des jeunes gens sont capturés et envoyés au travail forcé en Allemagne. Des jeunes enfants sont enlevés à leurs familles et placés dans des familles allemandes pour y être germanisés. En 1942-1943 les Allemands ont ainsi évacué complètement ou partiellement 300 villages et déplacé environ 100 000 personnes, beaucoup vers des camps de concentration dont un à Zamosc. Les personnes d'origine allemande (même lointaine), les Volksdeutsch, sont invités à s'inscrire sur la Volksliste et obtiennent des avantages. Les médecins de l'hôpital de Szczebrzeszyn subissent des pressions pour s'inscrire sur la Volksliste. La plupart refusent.

 

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A Zamosc, sous le porche de la cathédrale, une plaque en mémoire des enfants polonais déportés.

 

Les intellectuels sont emprisonnés ou exécutés. Zygmunt Klukowski se cache pour écrire et tremble pour ses livres. Face à toutes ces exactions le sentiment national polonais se renforce (en tout cas chez notre auteur) et la résistance se développe. Des collaborateurs sont exécutés. Il y a aussi du banditisme et on se fait dévaliser chez soi sans savoir si c'est par des brigands ou par des hommes de la forêt (les partisans), qui sont parfois les mêmes. Zygmunt Klukowski apporte son soutien à la résistance. Il reçoit ses officiers chez lui, son jeune fils sert de porteur de messages.

 

A l'été 1944 les Allemands quittent la région devant l'avancée soviétique. C'est une autre occupation qui commence alors. Les résistants qui refusent d'intégrer l'armée Berling (unités soviétiques polonaises) sont pourchassés et enrôlés de force. Les offocoers récalcitrants sont déportés ou exécutés. Un couvre-feu est ordonné, il faut déclarer les machines à écrire et l'hôpital est fouillé comme jamais il ne l'avait été par les nazis. Petit à petit la lassitude gagne les derniers combattants qui se tournent vers le banditisme.

 

Le journal de Zygmunt Klukowski se termine fin 1945 au moment où le nouveau pouvoir se met en place. Il constate que la nouvelle administration de la région est en partie composée de quasi-illétrés. Il est très occupé par l'édition de ses témoignages sur la région pendant la guerre. Il faut pour cela contourner la censure. Son travail lui vaut, en 1947, d'être convié comme témoin au procès de Nüremberg. C'est le journal de cette expérience qui clos l'ouvrage. Zygmunt Klukowszki est mort à Szczebrzeszyn en 1959.

 

Un ouvrage très intéressant et qui se lit assez facilement.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 12:02

JaquetteMargolin 000Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka, Le bruit du temps

 

Julius Margolin était un Juif d'origine polonaise. Sioniste, il a émigré en Palestine en 1936. En septembre 1939 il est de passage à Lodz quand l'Allemagne nazie envahit la Pologne. Il se réfugie dans la partie est du pays, bientôt occupée à son tour par les troupes soviétiques. Il cherche à rejoindre la Palestine par tous les moyens mais n'y parvient pas. Refusant d'accepter le passeport soviétique il est arrêté, condamné à cinq ans de détention et déporté au goulag.

"On photographia tous les prévenus et on pris nos empreintes. (...) Je ne sais plus à quelle occasion je pus voir ma photo. C'était une image terrible, et non seulement parce qu'elle était techniquement mauvaise : je ne m'étais pas reconnu. Six semaines de prison soviétique avaient détruit toute trace de vie intellectuelle : on y voyait la trogne renfermée, émaciée, poilue et criminelle d'un tueur professionnel avec des yeux écarquillés (on m'avait obligé à retirer mes lunettes) cernés de bleu et de grosses lèvres enflées. Un type comme ça méritait au moins cinq ans de travaux forcés."

 

Le récit commence par un long développement sur la situation de la Pologne et de sa population (particulièrement des Juifs) pris entre le marteau et l'enclume à l'automne 1939. C'est une heureuse découverte pour moi qui me suis intéressée à ce sujet depuis quelque temps. Le gros de l'ouvrage est consacré aux conditions de détention de Margolin à travers trois camps différents. Sont évoqués le travail forcé à l'abattage des arbres, la sous-alimentaion chronique particulièrement sévère en ces années de guerre où les détenus meurent littéralement de faim, les violences des gardes et encore plus entre prisonniers.

 

Julius Margolin est un intellectuel bien peu préparé à ce qu'il découvre. C'est à la fois sa faiblesse et sa force. Faiblesse car il est une victime toute désignée pour les droit commun qui volent nourriture et biens, force car il s'attire la bienveillance des médecins du camp et à plusieurs reprises il est sauvé in extremis. En dénutrition il est admis à l'infirmerie où les places sont comptées. Son voisin de lit meurt aussi de faim mais c'est lui que l'équipe médicale décide de sauver car elle n'a pas assez pour deux. Vous avez une famille, lui non, lui dit le médecin. Mais je sens bien qu'il y a autre chose de non-dit derrière ce choix.

 

En 1946 Julius Margolin rentre enfin chez lui avec l'envie de témoigner qui ne l'a pas quitté depuis son arrestation.

"Pendant ces derniers mois, souvent, dans les rues de Pinsk, j'avais vu passer des camions pareils à celui-ci et je les croyais vides; ils cahotaient bruyamment sur le pavé et, dans un coin, sur le rebord, un homme armé était assis. Ceux-là aussi étaient pleins de gens couchés, recroquevillés afin qu'aucun des passants ne pût les apercevoir. En ce moment, des gens que j'avais connus passaient peut-être et on me dérobait à leur vue. Ce régime dissimulait ce qu'il faisait derrière les ridelles vertes du camion. Et moi, étendu, je fis le serment de rabattre un jour ces ridelles vertes afin que le monde entier vît ce qu'elles cachaient."

 

Voyage au pays des Ze-Ka a été publié pour la première fois en France sous le titre La condition inhumaine. Tout est dit dans cet ouvrage de la réalité du goulag que les compagnons de route du PC ont voulu taire et que le grand public n'a découvert que beaucoup plus tard. Le reste de son existence Margolin a lutté pour les détenus du goulag et ce que lui disait son entourage c'est Tu mens ou Tu as raison mais il ne faut pas le dire. Je trouve que c'est une violence suplémentaire qui s'est ajoutée à la violence qu'ont été ses conditions de survie pendant cinq ans.

"Ne te trompe pas, lecteur, et ne confonds pas les camps soviétiques avec ceux de Hitler. N'excuse pas les camps soviétique parce que Auschwitz, Majdanek et Tréblinka furent pires. Rappelle-toi que les usines de mort de Hitler n'existent plus; elles ont passé comme un cauchemar et, sur leur emplacement, s'élèvent des monuments au-dessus des tombes des victimes. Mais le 48° carré, Krouglitsa et Kotlas fonctionnent toujours, et des hommes y périsent aujourd'hui comme ils y périssaient il y a cinq et dix ans. Tends l'oreille et tu entendras comme moi, chaque matin à l'aube, venant de loin :

- Debout !"

 

Voyage au pays des Ze-Ka est donc un ouvrage très intéressant mais pas toujours facile à lire parce qu'il est très long (près de 800 pages). L'avis de Dominique.

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 09:24

juifsHenri Minczeles, Une histoire des Juifs de Pologne. Religion, culture, politique, La découverte

 

La lecture de cet intéresssant ouvrage m'a appris des choses non seulement sur l'histoire des Juifs de Pologne mais aussi sur le judaïsme en général et enfin sur l'histoire de la Pologne.

 

"Mille ans de vie juive sur cette terre et en cinq ans l'extermination nazie préparée activement par la majorité des Polonais ?" Rachel Ertel.

 

Depuis le Moyen-âge jusqu'au début du 20° siècle la Pologne a été un lieu de repos pour les Juifs, protégés par la monarchie et la noblesse. En même temps les Polonais ont toujours été antisémites sous l'influence de l'Eglise catholique et il y avait à l'occasion des violences et des pogromes. Globalement cependant la communauté s'est développée jusqu'à former 10% de la population au début du 20° siècle. Comme ils étaient plus urbanisés que les chrétiens de nombreuses villes étaient majoritairement juives.

 

Le saviez-vous ? Au 16° siècle le Grand duché de Lituanie était le pays le plus étendu d'Europe. Il comprenait alors la Pologne.

 

Entre 1795 et 1918 la Pologne n'existe plus comme Etat indépendant. Elle est partagée entre les trois empires russe, allemand et austro-hongrois. Cette période est aussi celle d'un foisonnement d'idées nouvelles, religieuses ou laïques : hassidisme, nationalisme, socialisme, syndicalisme, sionisme.

 

Le début du 20° siècle est encore une époque de persécutions antisémites. La première guerre mondiale sert de prétexte au commandement russe pour évacuer les populations juives des régions du front. Accusés d'être des espiosn ils sont victimes d'exactions. Ca m'a fait penser à ce que subissent les Arméniens à la même époque sauf qu'ici il n'y a pas une volonté systématique de tuer. La fin de la guerre marque aussi le retour à l'indépendance de la Pologne. Malgré les violences qui leurs sont faites l'entre-deux-guerres est un âge d'or culturel pour les Juifs de Pologne.

 

En septembre 1939 la Pologne est vaincue en quatre semaines par les Allemands qui assassinent aussitôt l'élite du pays (52 000 victimes ?). En tout plus de deux millions de Polonais (non-juifs) ont été victimes de l'occupation. Pour les Juifs le bilan est d'environ trois millions de morts c'est-à-dire la quasi totalité du judaïsme polonais. Henri Minczeles présente les principaux ghettos et les étapes de la shoah, la résistance passive et active des Juifs (19 avril-16 mai 1943 : insurrection du ghetto de Varsovie).

 

Varsovie se soulève du 1°août au 2 octobre 1944. Les troupes soviétiques massées sur la rive droite de la Vistule n'interviennent pas. La ville est rasée par les Allemands et sa population déportée. Ce n'est qu'à partir du 17 janvier 1945 que les Russes "libèrent" la capitale et y installent un gouvernement provisoire. Le pays est prêt à passer sous la domination du "Grand frère" ce qui ne va pas sans mal car la population résiste. Il y a des "gars de la forêt" qui luttent contre la prise en main de leur pays par les Soviétiqueset massacrent des Juifs, considérés par eux comme des communistes. Cet épisode de l'histoire polonaise me fait penser à ce qui s'est passé en Estonie où il y eut aussi des anti-communistes cachés dans les bois, ce que j'ai appris dans Purge. Ce qui me manque c'est de savoir quel a été le comportement des Estoniens vis à vis des Juifs ce que Sofi Oksanen ne dit pas du tout.

 

Pendant la période communiste la plupart des Juifs survivants qui y étaient revenus quittent la Pologne. Depuis une dizaine d'années certains Polonais semblent commencer à s'intéresser au passé juif de leur pays. En même temps l'antisémitisme reste présent alors qu'il n'y a pratiquement plus de Juifs en Pologne.

 

Poue rédiger son histoire des Juifs de Pologne Henri Minczeles est parti de nombreuses sources. Quand elles ne disent pas la même chose il le signale et tranche d'une façon qui m'a semblée modérée. Son propos est de présenter une image de la situation ni misérabiliste ni enjolivée, ce que j'apprécie. Le résultat est tout à fait accessible et fort intéressant.

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 15:24

furcy.jpegMohammed Aïssaoui, L'affaire de l'esclave Furcy, Gallimard

 

En 1817, à l'île de la Réunion, meurt la mère de l'esclave Furcy. Dans son maigre héritage, une liasse de papiers qui apprennent à Furcy que Madeleine avait en fait été affranchie il y a des années et qu'il doit être considéré comme libre. Furcy se rend au tribunal de Saint Denis pour réclamer son droit qui lui est refusé. Il passe un an en prison puis est éloigné à Maurice, livré à un maître impitoyable. Néanmoins il ne renonce pas à son combat, collecte des documents, écrit à des personnes qui peuvent le soutenir. Il lui faudra 27 ans en tout pour obtenir sa liberté pleine et entière.

 

En 2005, Mohammed Aïssaoui prend connaissance de l'existence de cette affaire par une dépêche de l'Agence France-Presse. Il s'y intéresse et décide de mener l'enquête plus profondément. Il passe quatre ans à rechercher avec difficulté la moindre information sur Furcy. Il découvre que "l'histoire de l'esclavage est une histoire sans archives" (Hubert Gerbeau). Le résultat est ce livre d'histoire romancé où l'auteur, à partir de ses sources, imagine des situations, des dialogues, pour rendre plus vivants ses personnages. C'est très intéressant et ça donne un bon aperçu des horreurs de l'esclavage et en même temps tout en nuances.

 

Ca me rappelle un article lu dans Le Monde du 13 novembre 2010 "Le cimetière, miroir de l'esclavage". A la Guadeloupe (donc pas exactement au même endroit que l'affaire Furcy) des archéologues étudient des sépultures d'esclaves du 18° et 19° siècles. "L'étude médicale des ossements dénote des conditions de vie abominables". Le paléopathologue Olivier Dutour "a étudié dans sa carrière des séries d'ossements très différentes, des cimetières du Moyen Age aux charniers des guerres napoléoniennes. Il a appris à y déceler les ravages des maladies et des labeurs exténuants. "Mais avec cette population nous sommes dans un registre atypique. Je suis impressionné par la souffrance endurée." Il a "diagnostiqué sur des sujets de 20 ans des arthroses vertébrales qui n'apparaisent normalement qu'à 50 ans", il pense que 100% de cette population était atteinte de la tuberculose osseuse.

 

L'avis de Keisha.

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 15:19

stalingradAntony Beevor, Stalingrad, Le livre de poche

 

Cette intéressante lecture m'a permis de mettre en place et de lier un certain nombre de connaissances que j'avais déjà. Antony Beevor ne se limite pas à la bataille de Stalingrad et débute en fait son récit dès l'invasion de l'URSS par l'armée allemande, le 22 juin 1941. Elle avance d'abord très rapidement. En face l'armée soviétique a été amputée d'une partie de son état-major par les purges de 1937 ce qui l'affaiblit, d'autant plus que les officiers restant n'osent pas contredire Staline. En même temps plus les Allemands avancent, plus ils s'éloignent de leur arrière qui pourrait les ravitailler. Ils font des prisonniers par dizaines de milliers mais il y a toujours des troupes devant eux. Donc dès le départ ceux qui sont sur place s'aperçoivent que l'immensité du pays est un vrai obstacle. De plus les Allemands ne sont pas équipés pour la mauvaise saison : boue en automne puis grands froids.

 

Après un hiver très difficile, l'offensive allemande reprend au printemps 1942 en direction de Stalingrad, étape vers les champs de pétrole d'Asie et ville symbolique pour Hitler de par son nom. La bataille de Stalingrad proprement dite débute le 23 août 1942 par un bombardement intensif de la ville qui est en partie détruite. Les civils fuient mais près de 10 000 d'entre eux survivront dans les ruines pendant la totalité des combats. Dans les décombres les soldats s'enterrent comme des rats et se livrent des batailles acharnées pour un immeuble ou une usine. A l'automne les Soviétiques préparent une opération d'encerclement de la 6° armée allemande.

 

L'opération Uranus commence le 19 novembre 1942. Il s'agit d'encercler les troupes allemandes basées dans la steppe à l'ouest de Stalingrad alors que le gros de leurs forces est regroupé sur la ville. Ce n'est que deux jours plus tard que les Allemands comprennent l'ampleur de l'offensive. C'est à cette époque que les officiers commencent à se rendre compte que Hitler a perdu le contact avec la réalité et que leurs demandes de renforts en hommes et en matériel ne sont pas entendues. L'hiver dans le Kessel, la zone encerclée par les Soviétiques, est encore plus difficle que le précédent. Les soldats souffrent -meurent- du froid et de la faim. La reddition finale a lieu le 2 février 1943. Cette bataille qui a fait des centaines de milliers de victimes a transformé le rapport de forces. C'est le début de la fin pour les nazis tandis que Staline sort renforcé de sa victoire.

 

Pour cette étude de grande envergure Antony Beevor s'appuie notamment sur des lettres ou des journaux de soldats. Au moment de l'encerclement final pas mal de courrier destiné aux familles allemandes a été saisi par les Soviétiques et étudié par leurs services de renseignements pour se faire une idée du moral de l'ennemi. A un moment où ils sont convaincus qu'ils n'en ont plus pour longtemps les hommes s'autocensurent beaucoup moins. Dans le même objectif de renseignement des journaux intimes sont ramassés sur des cadavres. Tous ces documents rendent le récit vivant.


Après cette lecture où je retrouve, comme dans La chute de Berlin, l'incapacité d'Hitler à accepter la défaite et donc à remettre en question sa stratégie, je me dis qu'il faudrait maintenant que je m'attaque à une biographie du personnage. J'ai vu en librairie qu'il en existait plusieurs. S'agit de savoir si certaines sont plus recommendables que d'autres.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 16:15

stalineOwen Matthews, Les enfants de Staline, 10-18

 

A travers l'histoire de sa famille, Owen Matthews raconte l'histoire de l'URSS. Le grand-père maternel d'Owen Matthews, Boris Bibikov, était un apparatchik du Parti. En 1937 il est arrêté et exécuté peu après, ce que sa famille ignora pendant des années. Quelques mois plus tard c'est sa femme, Martha, qui est arrêtée et internée au goulag où elle reste onze ans. La disparition des parents Bibikov laisse deux orphelines. Ludmila, la mère de l'auteur, n'a pas quatre ans, sa soeur Lénina en a douze. Elles sont envoyées dans un orphelinat. En 1941 c'est la guerre qui les sépare. Lénina est recrutée pour creuser des tranchées, Ludmila et les autres enfants sont évacués vers l'est. De déplacements en déplacements ils arrivent dans la région de Stalingrad en 1942. En 1944 les deux soeurs se retrouvent par hasard et sont recueillies par leur oncle Iakov, frère de leur père.

 

C'est cette première partie du livre que j'ai le mieux aimé. A travers l'histoire terrible de cette famille on retrouve tous les grands drames de l'URSS stalinienne. J'ai d'ailleurs dans ma PAL l'histoire de la bataille de Stalingrad par Anthony Beevor et ça m'a redonné envie de le lire. Les deux soeurs envoyées à l'orphelinat après la liquidation de leurs parents me font aussi penser à Enfant 44 sauf que Les enfants de Staline est sacrément mieux écrit et passionant.

 

Owen Matthews raconte ensuite l'histoire de ses parents. En 1963 Ludmila est devenue une jeune femme quand elle rencontre Mervyn Matthews, un Anglais russophile installé à Moscou. Les jeunes gens vivent neuf mois d'idylle mais au moment où ils décident de se marier Mervyn est expulsé d'URSS. Suivent alors cinq années de séparation pendant lesquelles ils vont s'écrire jusqu'à plusieurs fois par jour. Toute cette correspondance a été conservée et l'auteur s'est en partie appuyé sur ces lettres pour raconter cette période. Pendant ces cinq années Mervyn se bat pour faire venir Ludmila en Angleterre, il y parvient finalement en 1969.

 

Owen Matthews croise l'histoire de ses parents avec la sienne propre. Lui-même a vécu en Russie où il était journaliste dans les années 1990. Au moment où une nouvelle société émerge des décombres de l'URSS, il participe à la frénésie qui s'empare des nouveaux Russes. On comprend bien que la rédaction de ce livre (qui lui a pris près de dix ans) a été pour lui un cheminement vers la maturité et lui a permis de mieux comprendre son père et d'entrer avec lui dans une relation plus appaisée.

 

 

Voilà un livre qui m'a beaucoup intéressée et que j'ai trouvé agréable à lire et bien écrit.

L'avis de Zarline.

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 15:49

mauriceAnnette Wieviorka, Maurice et Jeannette, Biographie du couple Thorez, Fayard

 

Les congés de fin d'année m'ont donné l'occasion de terminer enfin Maurice et Jeannette dont la lecture n'avançait guère. Je l'ai trouvé très intéressant mais j'avais besoin de pouvoir m'y plonger à tête reposée.

 

Lire l'histoire de Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch c'est lire l'histoire du PCF des années 20 aux années 60 et, pour certains épisodes (le Front populaire, la IV° République), celle de la France. Maurice est le personnage principal. C'est un homme charismatique au contact facile et que beaucoup apprécient. Jeannette est plus en retrait. Je suis frappée de voir à quel point le parti communiste français, comme les autres partis, a laissé peu de place aux femmes en politique. L'un et l'autre sont des staliniens convaincus que rien ne fait dévier de leur attachement pour "l'homme que nous aimons le plus" alors même que l'URSS évolue après l'arrivée au pouvoir de Khrouchtchev.

 

Annette Wieviorka s'est attachée à ses personnages qu'elle défend contre les accusations malveillantes qui ont été portées contre eux : Maurice, mauvais Français; Jeannette, manipulatrice. Mais en même temps elle n'hésite pas à montrer leurs contradictions qui sont aussi celles de leur parti : la vie bourgeoise qu'ils mènent (financée par le parti), le culte de la personnalité dont ils sont l'objet et qui les coupe peu à peu du peuple alors qu'ils se considèrent comme les représentants de la classe ouvrière.

 

C'est un livre que j'ai apprécié et qui m'a appris des choses. Ca m'a donné envie de relire les mémoires de Paul Thorez (le fils) qui sont une des sources de Maurice et Jeannette.

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:09

berlinAntony Beevor, La chute de Berlin, Le livre de poche

 

Le constat qui domine tous les autres à la lecture de cet ouvrage c'est "mais quelle horreur que la guerre !" Cela peut paraître un peu naïf comme découverte mais c'est d'abord le gâchis permanent que j'ai eu sous les yeux au fil des pages qui me frappe. Des millions de réfugiés allemands fuient devant l'avancée des troupes soviétiques dans l'est du pays. Ils sont 11 millions sur les routes le 10 mars 1945 et beaucoup d'entre eux vont se retrouver à Berlin, rendant encore plus difficile la survie dans la capitale. L'armée rouge commet des exactions à l'égard des civils. Des femmes de tous âges sont violées et sans distinction d'origine, même des travailleuses forcées "libérées", des femmes soviétiques déportées par les nazis y passent (à propos des viols et de la survie dans Berlin il y a l'excellent Une femme à Berlin).

 

Staline veut mettre la main sur les ressources industrielles de l'Allemagne, récupérer de l'uranium et les travaux des savants atomistes. Il s'agit donc pour lui d'arriver à Berlin avant les alliés occidentaux. Pendant ce temps Hitler n'est plus capable de juger de la réalité. Il se conduit comme si l'armée allemande disposait de ressources illimitées qu'elle pouvait encore mobiliser. Ses généraux ne le contredisent pas, désireux de le flatter ou aveuglés par leur admiration. Par derrière la lutte pour la succession est engagée, ce qui montre bien qu'eux non plus n'ont pas vraiment les pieds sur terre. Dans la description des derniers jours dans le bunker d'Hitler je retrouve exactement ce que j'avais vu dans le film La chute, notamment le personnage très présent de Traudl Junge, la secrétaire d'Hitler.

 

Antony Beevor présente de façon très détaillée les combats qui ont conduit à la chute de Berlin et du régime nazi, de janvier à mai 1945. Par moments c'est presque jour par jour qu'on suit les événements. Si tout ne m'intéresse pas de la même façon -les mouvements de troupes m'ennuient un peu, je dois le dire- il y a aussi de nombreuses anecdotes, des témoignages qui rendent l'histoire vivante et cela se lit plutôt bien. Je suis restée longtemps dessus parce que j'ai lu d'autres livres en même temps. Je lirai sans doute, mais pas tout de suite, Stalingrad du même auteur.

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 09:04

allemand.jpgSebastian Haffner, Histoire d'un Allemand, Souvenirs 1914-1933, Actes sud

 

Né en 1907 Sebastian Haffner a quitté l'Allemagne en 1938 par rejet du régime nazi. Il s'installe alors en Grande-Bretagne où un éditeur lui commande un livre relatant ce qu'était le nazisme vu de l'intérieur. La guerre éclate et le manuscrit n'est pas publié. Sebastian Haffner est retourné en Allemagne en 1954 et il est mort en 1999. C'est alors que l'Histoire d'un Allemand a été redécouverte et enfin publiée.

 

Sebastian Haffner présente quels événements dans l'histoire de l'Allemagne peuvent expliquer l'arrivée au pouvoir des nazis. La première guerre mondiale qui a fait passer un frisson d'aventure sur la jeune génération dont il fait partie. Les débuts difficiles de la république de Weimar. L'inflation de 1923 qui a renversé la hiérarchie des valeurs. Il pointe les responsabilités des partis d'opposition au nazisme qui ont capitulé si facilement :

 

"On avait cru en saint Marx, il n'avait pas secouru ses fidèles. Saint Hitler était manifestement plus puissant. Brisons donc les statues de saint Marx placées sur les autels pour consacrer ceux-ci à saint Hitler. Apprenons à prier : "C'est la faute aux juifs", au lieu de : "C'est la faute au capitalisme." Peut-être est-ce là notre salut."

 

Enfin l'auteur se décrit lui-même au milieu du changement, jeune homme auquel le régime qui se met en place répugne de plus en plus et qui pourtant laisse passer des occasions de réagir, par peur, par surprise ou par conformisme.

 

Ce qui m'a frappée dans cette lecture c'est la clairvoyance de l'auteur. Sebastian Haffner écrit en 1939 et il a tout compris, il a pressenti jusqu'où le régime nazi serait capable d'aller. Il décortique aussi les mécanisme qui amènent des individus, petit à petit, à consentir à l'inacceptable. C'est un ouvrage intelligent et qui m'a donné envie d'en apprendre plus sur la république de Weimar que je connais bien mal.

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 15:00

esclaveHannah Crafts Autobiographie d'une esclave, Payot

 

En 2001 Henry Louis Gates jr., américain spécialiste en études afro-américaines, acquiert dans une vente aux enchères le manuscrit de l'Autobiographie d'une esclave. Ce document est une rareté pour plusieurs raisons. S'il s'avère qu'il a bien été écrit par une esclave évadée, comme l'auteure se présente, il serait le premier roman écrit par une ancienne esclave. Par ailleurs ce manuscrit n'ayant jamais été publié n'a pas été retouché par un éditeur à la différence des textes écrits par des anciens esclaves que l'on possédait jusqu'à présent. Il permet donc de juger du niveau d'alphabétisation et de culture de l'auteure, sans doute autodidacte. Henry Louis Gates jr. mène donc l'enquête pour authentifier le manuscrit. Analyse chimique du papier et de l'encre, graphologie, recherches historiques pour retrouver trace des personnages cités, toutes les pistes sont explorées. Le résultat est la conviction que l'auteure est bien celle qu'elle dit être même si elle écrit sans doute sous un pseudonyme. Tout ceci est présenté dans une longue préface très intéressante.


Contrairement à ce que son titre peut laisser penser Autobiographie d'une esclave est en fait un roman. Hannah Crafts s'appuie sur son expérience personnelle mais elle s'inspire aussi de ses lectures, notamment des romans gothiques, et le résultat est très romanesque. La narratrice, Hannah, raconte son histoire depuis son enfance (comment elle a appris à lire malgré l'interdiction) jusqu'à son évasion réussie en passant par ses différents propriétaires. C'est une esclave de la maison. Elle reste près de sa maîtresse, lui sert de femme de chambre et ne travaille pas aux champs. Ce sont des conditions de vie matériellement plus facile et c'est donc ce cadre qui est décrit.


Hannah est très pieuse et s'efforce en toutes circonstances d'être une bonne chrétienne. Dans les moments difficiles de sa vie elle est soutenue par l'idée que son dieu veille sur elle. A la fin du roman les méchants sont punis et les bons récompensés d'une façon qui doit prouver l'existence d'une justice divine.


Enfin l'auteure affirme un jugement très critique sur l'esclavage et ceux qui le soutiennent. A propos d'une jeune esclave qui vient de se suicider après avoir tué son nourrisson : "Un léger spasme, un frisson convulsif, et elle était morte. Morte, Votre Excellence, président de cette république. Morte, messieurs les sénateurs si graves, qui savez faire preuve d'une telle éloquence pour parler des pensions et des torts de l'armée. Morte, messieurs les ministres du culte, qui glosez sans fin parce que les pauvres qui n'ont pas un seul instant de loisir les autres jours osent lire le journal le dimanche, et qui pourtant soutenez ou approuvez les lois permettant de telles scènes de malheur."


J'ai trouvé cette lecture très intéressante et ça m'a donné envie de relire des témoignages d'esclaves que j'avais déjà lus il y a bien longtemps.

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