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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 12:46
Traudl Junge, Dans la tanière du loup, Les confessions de la secrétaire d'Hitler, Texto

A 20 ans Traudl Junge voulait devenir danseuse. Pour gagner sa vie elle travaillait comme secrétaire mais son objectif était la danse. En 1941 -elle a 21 ans- elle veut s'installer à Berlin mais son employeur munichois lui met des bâtons dans les roues. Par l'intermédiaire d'Albert Bormann, aide de camp d'Hitler, parent d'une amie danseuse, elle obtient un poste à la chancellerie du Reich fin 1942 puis devient rapidement une des secrétaires d'Hitler.

Traudl va passer près de trois ans près d'Hitler qui veille sur elle avec une attention paternelle et qu'elle considère comme le meilleur patron qu'elle ait eu. Que ce soit dans la Tanière du loup en Prusse orientale ou au Berghof en Bavière, les secrétaires d'Hitler non seulement travaillent avec lui mais aussi mangent avec lui et passent leurs soirées avec lui -il se couche rarement avant 5 heures du matin. La jeune femme est complètement sous l'influence du Führer. C'est la guerre et elle le déplore car son pays est victime de restrictions et de bombardements mais jamais elle ne s'interroge sur la responsabilité de son patron dans cette situation ni sur les politiques menées par les nazis. Les rares pensées gênantes sont vite balayées. Dans son récit -écrit en 1947- elle parle essentiellement de l'ameublement des lieux, des menus et des sorties à la maison de thé, jamais de son travail, à se demander si elle n'est pas plutôt employée comme dame de compagnie. Elle dit, ce que j'ai déjà vu ailleurs, que Hitler est un personnage charismatique qui fascine ses interlocuteurs. Bien obligée de la croire quand on voit comment se comportent ses proches et pourtant elle décrit un mode de vie bourgeois et des conversations de café du commerce dont je ne vois pas bien ce qu'ils peuvent avoir de fascinants.

 

 

A partir de novembre 1944, toute la petite société qui entoure Hitler déménage pour la chancellerie et le bunker de Berlin et va y rester jusqu'à la chute du Reich en mai 1945. Les troupes soviétiques et américaines s'approchent de la capitale mais sous terre on continue de croire jusqu'en février que la victoire est possible. Le mois d'avril est une sorte de longue veillée funèbre. Hitler est devenu apathique et organise son suicide. Une partie de son entourage quitte le bunker pour tenter de sauver sa peau. Traudl fait partie de ceux qui restent et envisagent de mourir avec le Führer. Elle s'est fait délivrer une capsule de cyanure mais une fois Hitler mort l'instinct de vie est le plus fort.

 

Après la guerre Traudl a été jugée irresponsable du fait de son jeune âge. En 1947-1948, elle a mis par écrit ses souvenirs sur sa période au service d'Hitler puis elle a refermé cet épisode de sa vie. Autour d'elle on lui disait qu'en effet elle était bien jeune et qu'elle ne pouvait pas savoir. Ce n'est que des années plus tard qu'elle a réalisé son aveuglement. Elle a relu son manuscrit et a été effrayée et remplie de honte par son manque de critique et de distance. Elle a compris que l'alibi de la jeunesse ne tenait pas :

Je dois être souvent passée autrefois devant la plaque commémorative de Sophie Scholl dans la Franz-Joseph-Strasse, sans la remarquer. Un jour, elle m'a frappée et quand j'ai réalisé qu'elle avait été exécutée en 1943, alors que ma vie auprès de Hitler ne faisait que commencer vraiment, j'ai été profondément choquée. Sophie Scholl était aussi à l'origine une fille du BDM [Ligue des jeunes filles allemandes], elle avait un an de moins que moi et elle avait très bien compris qu'elle avait affaire à un régime de criminels. Tout à coup, l'excuse a disparu pour moi.

Elle a traversé des périodes de dépression. Finalement elle a rencontré l'écrivaine Melissa Müller qui l'a convaincue de publier son manuscrit. Cette publication date de 2002. Traudl Junge est morte la même année.

 

 

Je connaissais déjà le personnage de Traudl Junge pour l'avoir vue dans le film La chute et l'avoir retrouvée dans le livre La chute de Berlin d'Antony Beevor. J'ai donc été très intéressée de découvrir son témoignage dans la liste des ouvrages proposés par Masse critique chez Babelio. Et je n'ai pas été déçue de ma lecture que j'ai trouvée passionnante.

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Publié par Agnès - dans Histoire
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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 14:57
Kate Summerscale, L'affaire de Road hill house, Christian Bourgois

En 1860 l'Angleterre se passionne pour un crime choquant, le meurtre du jeune Saville Kent, trois ans, dans la maison de ses parents. Le petit garçon a été emporté de son lit en pleine nuit -sans que sa nurse qui dormait dans la même pièce n'entende rien- égorgé, puis son cadavre a été jeté dans les latrines. Le meurtrier est forcément quelqu'un de cette maisonnée bourgeoise, membre de la famille ou domestique. Dans un premier temps l'enquête est assez mal menée par la police locale du Wilthshire puis les autorités font appel à Jack Whicher, détective de Scotland Yard.

A partir des nombreuses sources de l'époque, notamment la presse qui a suivi toute l'affaire de très près, Kate Summerscale étudie, à travers cet exemple, les débuts de la police d'investigation en Grande-Bretagne. Elle analyse aussi la façon dont les protagonistes et les faits ont influencé les auteurs de l'époque comme Wilkie Collins et Charles Dickens.

Alors qu'on nous présente les Britanniques comme des gens très jaloux de leur intimité, qui considèrent leur foyer comme un lieu où chacun doit être libre de mener sa vie comme il l'entend, les premières intrusions de la police chez les Kent scandalisent la presse mais rapidement les scrupules tombent et presse et public ne se lassent pas d'imaginer des scénarios qui décortiquent la vie privée de la famille : c'est la mère, c'est la nurse, c'est le père -qui couchait avec la nurse, c'est la fille adolescente, enfant d'un premier lit et jalouse de son petit frère... Des détectives en herbe vont jusqu'à envoyer leurs déductions à la police ou aux journaux.

C'est cette presse si présente qui me frappe le plus. Le nombre de journaux à l'époque était beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui. Il n'y avait pas la télévision.

Moi qui suis une lectrice assidue d'Anne Perry j'ai trouvé fort intéressant cette incursion dans un vrai crime de l'époque victorienne.

L'avis de Maggie.

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Publié par Agnès - dans Histoire
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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 17:22
Svetlana Alexievitch, La fin de l'homme rouge ou Le temps du désenchantement, Actes sud

Svetlana Alexievitch interroge des personnes qui ont vécu le passage de l'URSS à la Russie. Ils témoignent du bouleversement de leurs vies qui en est résulté. Les entretiens de la première partie de l'ouvrage datent des années 1990, ceux de la deuxième partie des années 2000. L'auteur s'efface derrière ses témoins et les laisse raconter, passant par les épisodes de la vie quotidienne, la famille, pour dire l'histoire.

Parmi les personnes interrogées, nombreuses sont celles qui regrettent la grande URSS. Les cadres du Parti ont perdu leur position, les personnes âgées ont perdu leur retraite et ceux-là disent qu'au moins avant on était fier d'être Soviétique, que l'URSS était une des deux grandes puissances mondiales. Les camps de travaux forcés, le goulag, sont évoqués mais ne ternissent pas la nostalgie. Pourtant d'autres n'ont pas oublié la réalité du totalitarisme :

"Quand mon grand-père était revenu d'un camp du Kazakhstan en 1956, c'était un sac d'os. On avait dû lui donner un accompagnateur tellement il était malade. Et elles n'ont dit à personne qu'il était leur mari, leur père. Elles avaient peur... Elles disaient que c'était un étranger, un vague parent. Il a vécu avec elles quelques mois, et puis elles l'ont mis à l'hôpital. Là, il s'est pendu. Maintenant, il faut... il faut que j'arrive à vivre avec ça, avec ce savoir."

Ce qui me frappe aussi c'est l'importance de la seconde guerre mondiale, la grande guerre patriotique, comme événement fondateur autour duquel toute une propagande a été montée. Pendant 45 ans on a éduqué les enfants en leur donnant comme modèle le sacrifice des soldats russes. Mourir pour la patrie était le sort le plus doux. Aujourd'hui ceux qui ont grandi dans ce système se sentent en complet décalage face aux préoccupations matérialistes de leurs propres enfants.

La deuxième partie témoigne aussi des violences inter-ethniques qui ont marqué la dislocation de l'URSS, dans les états baltes, en Asie centrale, la guerre civile en Tchétchénie. C'est donc un ouvrage très riche qui aborde de nombreux sujets forts intéressants. Cela se lit plutôt facilement du fait de ces nombreuses histoires personnelles dont les narrateurs nous font part de leurs sentiments face aux événements qui les ont touchés.

Une blague soviétique pour terminer :

"Il y a un portait de Staline au mur, un conférencier fait un exposé sur Staline, un choeur chante une chanson sur Staline, un artiste déclame un poème sur Staline... Qu'est-ce que c'est ? Une soirée consacrée au centenaire de la mort de Pouchkine !"

L'avis de Dominique.

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 16:06
Nicholas Jubber, Sur les traces du prêtre Jean, Libretto

Nicholas Jubber, jeune aventurier britannique dont j'avais déjà lu l'ouvrage postérieur A la barbe des ayatollahs, est d'abord parti Sur les traces du prêtre Jean.

Le prêtre Jean est un personnage mythique du Moyen-âge, supposé roi des Indes, mais peut-être vient-il en fait d'Ethiopie, en tout cas un royaume chrétien loin de l'Europe, où se trouvent la fontaine de jouvence, des êtres fantastiques et des richesses innombrables. En 1197, le pape Alexandre 3 envoie son médecin, Maître Philippe, porteur d'une missive pour le prêtre Jean. Mais Philippe disparaît en route et personne n'entend plus jamais parler de lui. En 2001, Nicholas Jubber décide d'accomplir la mission de Philippe. Chargé d'une copie de la lettre du pape, il prend la route de l'Ethiopie, accompagné de son ami Mike.

Nick et Mike sont partis de Venise, ont traversé l'Italie, la Turquie, la Syrie, Israël, l'Egypte et le Soudan pour terminer leur périple à Lalibela en Ethiopie. Ils utilisent les moyens de transport locaux. Autobus principalement mais aussi bateau, train, taxi, stop. Ils voyagent à l'économie et logent donc toujours dans dans les hôtels les moins chers dont les matelas sont défoncés et habités par des insectes piqueurs, les draps sales, l'approvisionnement en eau et en électricité aléatoire. Sur place ils partent à la recherche des vestiges de l'époque des croisades. Vestiges historiques -forteresses et églises, souvent transformées depuis en mosquées- et vestiges culturels -communautés chrétiennes plus ou moins nombreuses, arméniens, maronites, coptes.

 

J'ai bien apprécié cette lecture. Nicholas Jubber écrit bien et de façon vivante, toujours avec beaucoup d'humour (un humour devant lequel, je dois l'avouer, j'ai parfois levé le sourcil en me disant "potacheries de gamin de 25 ans" -gamin de 25 ans ! aïe, ça me fout un coup de vieux !) Ce que j'ai le mieux aimé c'est tout ce qui concerne l'histoire des croisades et des Etats francs de Palestine. J'ai découvert le personnage de Saladin que j'ai trouvé très intéressant.

Une petite critique pour terminer : Nick et Mike sont pressés par le temps, ils n'ont que trois mois pour mener à bien ce long voyage et donc certaines étapes sont très courtes, à peine arrivés ils doivent repartir. Ca laisse peu de temps pour rencontrer des gens, ce que j'ai parfois trouvé dommage. Mais en même temps l'ouvrage fait déjà 650 pages donc prenons le comme un point de départ qui peut inciter à d'autres lectures pour approfondir les découvertes entamées ici.

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 15:02
Florence Trystram, L'épopée du méridien terrestre, Le procès des étoiles, J'ai lu

En 1735, une expédition quitte la Rochelle, menée par les savants Pierre Bouguer, Louis Godin, Joseph de Jussieu et Charles de la Condamine. Elle s'en va dans la présidence de Quito, au Pérou -(aujourd'hui Equateur) pour y mesurer la courbure du méridien terrestre. Dans le même temps une autre expédition part au pôle nord pour faire la même chose. Il s'agit de déterminer, en comparant les résultats, si le globe terrestre est aplati aux pôles ou à l'équateur. Florence Trystram nous raconte ici les aventures des membres de l'expédition partie pour le Pérou.

Il s'agit bien d'aventures car, pour mener à bien leur mission, nos savants ont du se faire diplomates pour négocier avec les autorités espagnoles l'autorisation de faire leurs relevés; terrassiers pour aplanir le terrain à partir duquel ils ont pris leurs mesures; alpinistes pour atteindre des points de repères situés en altitude. Ils se sont brouillés et ont travaillé séparément. Ils ne sont pas contenté des recherches pour lesquelles ils étaient mandatés mais ils ont aussi répertorié une partie de la faune et de la flore locales, proposé leurs services dans la lutte contre diverses épidémies. La Condamine est le premier à cartographier l'Amazone. Enfin ils ont mené leur vie privée pendant ces longues années loin de la France : le technicien Godin des Odonnais épouse une jeune créole, le chirurgien Séniergue est assassiné par un amant jaloux. Les retours en France des survivants s'étalent de 1744 à 1773.

 

Et bien, malgré toutes ces péripéties, j'ai trouvé la lecture assez souvent ennuyeuse. Comment cela se fait-il ? Il me semble que trop souvent l'auteure délaye en essayant d'imaginer les pensées de ses personnages. Elle a choisi la forme du roman et ne cite pas ses sources, ce que je déplore. J'imagine qu'il doit y avoir des journaux de voyages dont j'aurais bien aimé lire des extraits. Après mon voyage en Equateur cet été j'étais cependant intéressée par la découverte de ce pays. A Quito nous sommes allés visiter la Mitad del Mundo, parc récréatif situé sur l'équateur à l'endroit où les savants français sont supposés avoir commencé leurs mesures. Il y a un petit pavillon français qui raconte leur expédition.

A la Mitad del Mundo

A la Mitad del Mundo

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 14:00
Timothy Snyder, Terres de sang, Gallimard

Les Terres de sang ce sont les territoires d'Europe centrale (Pologne orientale, Pays baltes, Biélorussie, Ukraine, ouest de la Russie) qui, entre 1933 et 1945, ont été sous la domination de l'URSS, puis de l'Allemagne, puis de nouveau de l'URSS. Dans ces Terres de sang, pendant cette période, 14 millions de personnes sont mortes, tuées dans le cadre de politique délibérément meurtrières. Plus de la moitié sont mortes de faim. (Le mot délibérément est ici particulièrement important. L'étude ne s'intéresse pas aux victimes d'internement au goulag ou en camp de concentration dès lors que cet internement n'avait pas pour but de les tuer et même si c'est cependant la conséquence qu'il a eu).

 

Timothy Snyder présente les étapes et les moyens de ces meurtres de masse. La famine en Ukraine, organisée par des réquisitions de grains chez les paysans. Pendant que 3,3 millions de personnes mourraient de faim dans la région, l'URSS exportait du blé vers l'Europe.

Je découvre que la Grande Terreur de 1937-38 qui avait apparemment des motifs politiques s'est en fait concentrée sur une classe sociale (les koulaks, paysans « riches », survivants de la famine du début des années 1930) et sur des origines nationales : les Ukrainiens et les Polonais. Ces derniers qui formaient 0,4% de la population soviétique représentent 1/8° des victimes. Après le partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'URSS en 1939, le pays est victime de politiques qui déciment son intelligentsia

 

Cette première époque a donné l'avantage à l'URSS en matière de victimes. A partir de 1941, avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, c'est à ce dernier pays que va revenir la palme : plus de 3 millions de prisonniers de guerre soviétiques massacrés ou détenus dans des conditions destinées à les éliminer rapidement ; des populations affamées ou abattues (la Biélorussie est particulièrement frappée : à la fin de la guerre, la moitié de sa population a été tuée ou déplacée) ; le génocide des Juifs. L'Ukraine, la Pologne, la Biélorussie apparaissent comme les pays qui ont le plus souffert, leurs populations laminées et je me dis que forcément ça doit avoir des conséquences sur leur histoire présente.

 

Timothy Snyder analyse enfin les similitudes et les différences dans le fonctionnement de ces deux régimes totalitaires. Il montre notamment comment les massacres de masse leur ont permis de faire oublier leurs échecs. La collectivisation est un échec, Staline en accuse les koulaks, ils sont affamés ce qui permet d'afficher une lutte des classes victorieuse. La guerre éclair prévue par Hitler contre l'URSS est un échec, il en accuse les Juifs, leur extermination permet de mettre en avant une « solution finale » victorieuse.

 

C'est un ouvrage très intéressant, qui se lit bien malgré plus de 700 pages. Sur un sujet qui me passionne et que j'ai déjà pas mal exploré, j'ai encore appris des choses. Mais en même temps il me semble qu'un profane pourrait tout à fait y trouver son compte aussi parce que les faits sont exposés de façon très accessible. Timothy Snyder cite aussi des acteurs anonymes de l'histoire, témoins ou victimes, ce qui donne de la chair aux événements. Son propos est en effet de faire prendre conscience que 14 millions de victimes ce n'est pas une fois 14 millions de personnes tuées mais 14 millions de fois une personne. Je trouve que quand on atteint de tels chiffres cela ne signifie plus grand chose mais ici il y a une volonté de redonner du sens : « Chaque jour du second trimestre 1941, les Allemands tuèrent plus de Juifs qu'il n'en était mort dans les pogroms de toute l'histoire de l'empire russe ».

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Publié par Agnès - dans Histoire
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 15:20
Erik Larson, Dans le jardin de la bête, Le cherche midi

Un livre que j'avais envie de lire depuis longtemps. Je l'avais mis sur ma liste de Noël mais le père Noël m'a apporté autre chose. Et voilà qu'il est disponible à ma bibliothèque. Aussitôt repéré, aussitôt emprunté, aussitôt lu.

Printemps 1933, le poste d'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin est vacant mais personne n'en veut : trop compliqué. Finalement c'est William E. Dodd qui l'accepte, un professeur d'université spécialiste de l'histoire du vieux Sud, absolument pas de la carrière diplomatique, ce que ses nouveaux collègues vont bien vite lui reprocher. Et lui qui espérait une sinécure où il pourrait terminer tranquillement la rédaction d'un ouvrage qui lui tient à coeur !

 

A la mi-juillet 1933, le nouvel ambassadeur arrive à Berlin en famille. L'autre personnage important est sa fille Martha, une jeune femme d'une vingtaine d'années qui multiplie les conquêtes amoureuses.

 

Au début les Dodd pensent qu'on doit pouvoir comprendre les nazis et discuter avec eux pour les amener à un comportement plus modéré. Il leur semble que les Juifs allemands ont quand même bien cherché ce qui leur arrive et père et fille se reconnaissent sans difficulté "légèrement antisémites". Et puis Martha trouve que ces nazis blonds et sportifs sont de bien beaux garçons. Petit à petit cependant la famille est troublée puis choquée par ce qu'elle remarque. Des ressortissants américains sont tabassés par des SA pour ne pas avoir fait le salut nazi. Martha et son frère assistent à l'humiliation publique d'une jeune femme accusée de relations avec un Juif. Enfin Martha tombe follement amoureuse de Boris Winogradov, premier secrétaire de l'ambassade d'URSS, qui finit de la retourner.

 

Dodd reste en poste à Berlin jusqu'en décembre 1937 mais c'est essentiellement sa première année qui est développée dans l'ouvrage, celle qui correspond à la période où Hitler installe et consolide son pouvoir absolu. Elle culmine avec la nuit des longs couteaux et l'élimination des adversaires qu'étaient devenus Röhm et ses SA.

 

Ce qui me frappe c'est l'aveuglement des démocraties face au régime nazi. Une fois qu'il a ouvert les yeux Dodd s'emploie à essayer de convaincre l'opinion du danger que représente l'Allemagne pour la paix mais il est bien peu pris au sérieux au point que plus tard on l'a surnommé "la Cassandre des diplomates américains".

 

Voilà un livre très intéressant, vivant et facile à lire avec de nombreuses anecdotes. Cependant, contrairement à ce que voudrait nous faire croire l'éditeur, ce n'est ni un thriller (comme annoncé en première et quatrième de couverture) ni un roman policier (en librairie je l'ai toujours vu rangé avec les polars) mais bien un livre d'histoire. C'est de la vraie histoire, avec des vrais personnages qui ont vraiment existé, basée sur des sources abondamment citées. Et alors ? Pourquoi est-ce que ça serait moins bien ?

 

L'avis de Keisha.

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Publié par Agnès - dans Histoire
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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 17:56

kampucheaPatrick Deville, Kampuchéa, Points

 

Sur la couverture il est indiqué : "Meilleur roman français 2011- Lire". J'ai beaucoup aimé Kampuchéa mais je ne dirais pas que ce soit un roman. C'est un ouvrage difficile à classer. Mais plutôt un récit de voyage, ou un livre d'histoire.

 

En 2009-2011, Patrick Deville est en Indochine : Cambodge, Vietnam, Laos. Il voyage à travers la région et en profite pour raconter l'histoire des lieux où il se trouve et des personnes qui ont fait cette histoire. Ses pérégrinations lui rappellent aussi des voyages plus anciens, en Amérique du sud notamment.

 

A Phnom Penh, on est en train de juger Douch, bourreau khmer rouge qui dirigea le centre de torture S21 où il fut responsable de la mort de milliers de personnes. Patrick Deville évoque alors ces années de terreur quand l'Angkar, l'Organisation, distillait ses slogans : "Nous savons que parmi vous se cachent encore des officiers, des militaires, des fonctionnaires, des étudiants, des ingénieurs ! Mais nous arriverons à les connaître et les tuerons tous !"

 

Puis le procès est suspendu. Patrick Deville quitte alors la ville pour Angkor. C'est l'occasion de raconter la vie de Henri Mouhot qui en découvrit les ruines en 1860. Quand il remonte le Mékong, il nous présente Garnier et Lagrée qui explorèrent le fleuve à la fin du 19° siècle. Puis Auguste Pavie qui traça les frontières du Laos, lesquelles sont encore en vigueur aujourd'hui.

 

Le charme et en même temps la difficulté de l'ouvrage c'est que tout ceci suit les déplacements vagabonds de l'auteur : un coup le 20° siècle, puis le 19°, puis de nouveau le 20°. Une fois le Cambodge, le Vietnam, le Laos et retour au Cambodge. Si on n'a pas quelques références chronologiques, on peut facilement s'y perdre. C'est pareil pour la géographie. J'ai sorti un atlas, je l'ai ouvert à la page Asie du sud-est et ça m'a facilité la lecture. Cependant patrick Deville, lui, ne s'égare pas en route et tient le fil de son récit. On retrouve des clins d'oeil au lecteur suivis tout au long de la lecture, ce que j'ai trouvé très plaisant.

 

Il me reste à ajouter que Patrick Deville a un vrai talent de conteur, qu'il rend passionant tout ce dont il s'empare, que c'est fort bien écrit et souvent très amusant. L'auteur se met parfois un peu en avant mais je ne lui en veux pas tellement tout cela est fait intelligemment. Kampuchéa est pour moi une très belle découverte d'un auteur que je ne connaissais pas. Je voulais lire Peste et choléra mais celui-ci coûtait moins cher. Maintenant je vais explorer plus à fond l'oeuvre de Patrick Deville. Dont Peste et choléra.

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Publié par Agnès - dans Histoire
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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:13

voyageGeert Mak, Voyage d'un Européen à travers le 20° siècle, Gallimard

 

Durant toute l'année 1999, Geert Mak, un journaliste néerlandais, a voyagé à travers l'Europe sur les lieux importants de l'histoire du continent au 20° siècle. Le résultat est un pavé de près de 1000 pages et plus de un kilo, pas vraiment un livre de poche. C'est bien tout ce que j'ai trouvé à lui reprocher.


L'auteur débute son périple à Paris où a eu lieu l'exposition universelle de 1900 puis sillonne l'Europe en tous sens sur les traces des deux guerres mondiales, des dictatures et des totalitarismes, des crises de la guerre froide et des troubles liés à la chute du communisme, bref d'un siècle perturbé. Tout du long il rencontre aussi des témoins et acteurs des événements, très âgés pour ceux du début.

 

J'ai beaucoup apprécié cet ouvrage. Comme je m'y attendais j'ai trouvé très intéressant tout ce qui concerne les guerres mondiales et les totalitarismes. J'ai été plus surprise d'apprécier autant ce que j'ai lu sur la construction européenne. J'ai découvert le personnage de Jean Monnet, un visionnaire dont je me rends compte que je l'avais injustement méconnu jusqu'à présent. Geert Mak est un Européen convaincu et son épilogue est d'ailleurs un plaidoyer pour l'Union européenne.


Ce qui est bien aussi c'est d'avoir, en ce qui concerne la France, le regard extérieur d'un étranger.

Cette vision cursive du 20° siècle m'a permis de retrouver des faits découverts à droite et à gauche dans mes lectures et de mettre du lien entre eux.


L'avis de Dominique, décidément toujours de bon conseil.

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Publié par Agnès - dans Histoire
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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 07:22

tuszynska.jpgAgata Tuszynska, Une histoire familiale de la peur, Grasset

 

Agata Tuszynska est une écrivaine polonaise née en 1957. Sa vie a été bouleversée par la révélation d'un secret familial : quand elle a eu 19 ans, sa mère lui a annoncé qu'elle était juive, rescapée du ghetto de Varsovie. Agata Tuszynska dit qu'il lui a fallu dix ans avant d'intégrer cette information. Une histoire familiale de la peur est une biographie familiale grâce à laquelle l'auteure fait connaissance avec ses parents victimes de la shoah, dans laquelle elle présente ceux qui ont survécu, qu'elle a connus depuis qu'elle était enfant, sans savoir qu'ils étaient Juifs. Elle raconte aussi sa famille polonaise -du côté de son père. Enfin ce travail permet à Agata Tuszynska de s'affranchir de la peur d'être juive, dans un pays encore très marqué par l'antisémitisme et de répondre à la question de son identité mixte, à la fois juive et polonaise. C'est dire si cet ouvrage complet à de quoi m'intéresser. Et je l'ai trouvé en effet passionnant.

 

J'ai apprécié comme elle retrouve toutes les petites choses en apparence insignifiantes qui font les moments heureux de l'enfance, le souvenir des proches dont on s'aperçoit parfois trop tard qu'ils ont compté pour nous : "J'ai grandi et j'ai pris mon essor. Je l'ai oubliée pendant des années, je ne lui ai même pas envoyé de cartes, pas un signe de vie, je n'ai pas téléphoné, je ne l'ai pas invitée. Comme si elle n'existait pas. Comme si elle ne m'avait pas sauvée d'un troupeau d'oies, ne m'avait pas montré le cheval dans la prairie, n'avait pas mis le vase de nuit près de mon lit et n'avait pas chauffé mon lait."

Je trouve que l'écriture sert particulièrement bien ce côté nostalgique.

 

J'ai apprécié la recherche d'informations sur la famille juive disparue. Dans le village de Leczyca dont une partie de cette famille était originaire Agata Tuszynska fait la connaissance de Miroslaw Pisarkiewicz, remarquable historien local qui l'aide efficacement dans sa recherche mais elle est aussi confrontée à "l'antisémitisme primitif polonais". Je retrouve ici des choses découvertes dans Le crime et le silence d'Anna Bikont. Une histoire familiale de la peur me permet aussi de retrouver plusieurs aspects de l'histoire des Juifs de Pologne depuis la seconde guerre mondiale.

 

L'avis d'Anna.

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