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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 15:08
Serge Michel et Michel Beuret, La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, Grasset

Serge Michel et Michel Beuret, deux journalistes, ont enquêté en Chine et en Afrique pour écrire ce livre. Le résultat est intéressant et facile à lire. Les rencontres avec les témoins sont racontées de façon vivante, les chiffres sont frappants. L'ouvrage est illustré de photographies de Paolo Woods.

Aujourd'hui la Chine se développe à toute vitesse et pour nourrir ce développement elle a besoin de toujours plus de matières premières et de sources d'énergie (jusqu'en 1986 la Chine était le deuxième exportateur d'Asie de pétrole. Depuis 2005 elle en est le deuxième importateur mondial derrière les Etats-Unis). Dans cette course aux ressources la Chine s'est tournée vers l'Afrique. En échange des matières premières du continent elle investit, notamment dans les infrastructures : routes, chemin de fer, logements, hopitaux...; elle fournit les gouvernements en armes, comme au Soudan.

L'Afrique est aussi devenue un débouché pour les produits manufacturés bon marché de la Chine. En 2007 la Chine est devenue le deuxième plus gros partenaire commercial de l'Afrique à la place de la France. La Chine exporte aussi une partie de son surplus de population. On rencontre de plus en plus de Chinois en Afrique. Des entrepreneurs qui ont ouvert des commerces, des restaurants, qui ont repris et renfloué des usines dont plus personne ne voulait, qui exploitent le bois. Des cadres des grandes sociétés. Des ouvriers amenés par ces sociétés pour travailler dans le bâtiment. Ils laissent leur famille au pays pour plusieurs années, ils sont logés en dortoirs et travaillent six jours sur sept pour des salaires qui peuvent être dix fois supérieurs à ce qu'ils avaient chez eux.

L'installation de la Chine en Afrique est facilitée par le fait qu'elle vient uniquement pour faire des affaires (c'est du moins sa position officielle car économie et politique sont forcément liées). Aujourd'hui les Etats-Unis et l'Europe conditionnent leur aide au développement à la démocratisation, la Chine est indifférente à la question des droits de l'homme. Cependant, pour pérenniser ses installations en Afrique, elle a besoin d'un minimum de stabilité et est donc amenée de plus en plus à intervenir.

En conclusion les auteurs s'interrogent sur l'avenir de l'implantation chinoise. Sera-t-elle une occasion de développement pour l'Afrique ? Ils veulent le croire. La Chine a "redonné à L'Afrique une vraie valeur, tant aux yeux de ses habitants qu'à l'étranger. Jamais l'Occident ne s'est autant intéressé à l'Afrique que depuis que la Chine est partie à sa conquête. Américains, Européens, Japonais ou Australiens, tous ont bien capté le message. Ils ont compris que si les Chinois se déplacent et investissent à ce point sur le continent, lui prêtent, lui achètent et lui vendent, c'est qu'il doit y avoir un intérêt qu'eux-mêmes ont sous-estimé".
On souhaite que cette prise de conscience se fasse au bénéfice des populations africaines.

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 15:03
Philippe Paquet, L'ABC-daire de la Chine, Picquier

Philippe Paquet connaît et aime la Chine. Il y a étudié et y a beaucoup voyagé. D'Adoption à Yang (en passant par Inde !) il nous présente l'état du pays aujourd'hui. Mon édition a été remise à jour en 2008. De nombreux sujets sont abordés : les moeurs; l'histoire; la rapide modernisation du pays, les inégalités qu'elle engendre et les risques qu'elle fait courir à l'environnement; le système politique, l'accès aux libertés et les relations avec les minorités... Le propos est amical et critique, toujours très bien documenté, souvent amusant.

J'ai trouvé cet ouvrage très intéressant. Facile à lire par son format de dictionnaire il constitue un manuel pratique à garder sous le coude et à consulter à l'occasion.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 14:25
Anne Nivat, Lendemains de guerre en Afghanistan et en Irak, Le livre de poche

La journaliste Anne Nivat a enquêté en Afghanistan et en Irak après leur "libération" par les troupes américaines. Dans chacun de ces pays elle a passé douze semaines d'affilée, utilisant les moyens de transport locaux, logeant chez l'habitant et l'interrogeant sur son ressenti. Ce livre date de 2004. Il m'a intéressée parce qu'il montre le vécu des gens au quotidien. La situation politique est souvent complexe à saisir. Voici ce que j'en ai retenu :

En Afghanistan après la victoire militaire d'octobre 2001 :
Le sud est peuplé principalement de l'éthnie pachtoune, dominante dans le pays. La culture traditionnelle est encore très présente. Selon le pachtounwali, le code de l'honneur pachtoune, les femmes sont considérées comme des objets, des propriétés, leur sort paraît même plus rigoureux que selon l'islam traditionnel. Le nord est peuplé d'Ouzbeks et de Tadjiks qui semblent plus ouverts. Le pays est gangrené par la drogue (culture, traffic) et la corruption. Les déplacements se font sur des routes défoncées, jamais asphaltées où on roule à 15 km/heure. Les femmes -dont l'auteur- se déplacent en burqa pour assurer leur sécurité. Au foyer la séparation est souvent stricte entre hommes et femmes.

Mais il y a aussi des contradictions entre ce qu'il faut faire pour paraître, à cause du regard des voisins et les aspirations profondes. Anne Nivat rencontre ainsi un jeune homme qui souhaite apprendre à lire et à écrire à sa femme illettrée (pour qu'elle puisse lui écrire et lire ses lettres quand ils sont séparés).
D'autres belles rencontres : une gynécologue qui a fondé une maternité dans sa ville démunie de structures médicales, des professeurs qui ont enseigné clandestinement sous les talibans, des personnes qui au quotidien se battent avec leurs moyens pour faire avancer leur pays. "Etre Afghan, c'est peut-être simplement avoir fait le choix de rester" dit un de ses interlocuteurs.

En Irak après la victoire miltaire d'avril 2003 :
En Irak, les femmes sont moins renfermées qu'en Afghanistan. Déjà elles ne sont pas complètement couvertes.
Ce qu'expriment pratiquement tous les témoins c'est "des critiques, de la souffrance, une immense déception vis à vis des Américains". Des Américains qui se sont installés dans les anciens palais de Saddam tandis que la population locale "continue à survivre dans des quartiers détruits privés d'électricité et du moindre confort". On parle aux habitants d'installer la démocratie, ce qu'ils souhaitent c'est d'abord qu'on reconstruise le pays, qu'on leur donne du travail. Il n'y a que dans les villes saintes chiites comme Kerbala que les gens sont contents de la présence américaine car le régime de Saddam était peu favorable au tourisme religieux alors que maintenant de très nombreux pélerins, notamment iraniens, viennent et les affaires sont bonnes pour tous ceux qui en profitent.

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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 15:12
Muhammad Yunus avec Alain Jolis, Vers un monde sans pauvreté, Le livre de poche.

Dans ce livre Muhammad Yunus, économiste du Bangladesh, prix Nobel de la paix en 2006 raconte comment il a conçu et mis en oeuvre son projet de "banque pour les pauvres" et quels résultats ont d'ores et déjà été obtenus grâce à cette entreprise.

En 1974 le Bangladesh a été frappé par une terrible famine. A cette occasion le professeur Yunus et certains de ses étudiants se sont intéressés aux conditions de vie des habitants de Jobra, village voisin de leur université. Ils découvrent alors que les plus démunis sont contraints d'emprunter à des usuriers qui profitent de leur faiblesse et les maintiennent dans une situation de dépendance. Yunus est convaincu que si on leur prêtait à des conditions équitables, de petites sommes pourraient permettre à nombre d'entre eux de s'extraire de la plus grande misère. C'est à partir de là qu'il conçoit, petit à petit, le projet de la banque Grameen.

Je passe sur les étapes qui l'ont mené de l'expérimentation dans un village à la généralisation dans tout le pays puis à l'exportation vers le reste du monde pour aborder les deux points qui m'ont le plus intéressée dans cette lecture.

1) Ca marche !
La banque Grameen travaille aujourd'hui avec 36 000 villages soit plus de la moitié des communes rurales du Bangladesh. Les prêts sont en moyenne de 150$ par emprunteur. En dix ans la moitié des emprunteurs se sont issés au dessus du seuil de pauvreté et 25% sont prêts à le franchir. "En abordant la lutte contre la pauvreté dans une optique de marché on a permis à des millions d'individus de s'en sortir dans la dignité."

2) La découverte de la société villageoise bengalie, corsetée par les archaïsmes, l'obscurantisme, l'islamisme. La place des femmes y est particulièrement dépendante et pourtant c'est à elles que Yunus s'est d'abord adressé (94% des emprunteurs de Grameen sont des femmes). Pour cela il a fallu lutter contre tous ces -ismes avec beaucoup de patience mais le résultat est probant. "Etre pauvre au Bangladesh est dur pour tout le monde, mais ce l'est davantage encore quand on est une femme. Et lorsque les femmes se voient offrir une possibilité de s'en sortir, si modeste soit-elle, elles s'avèrent plus combatives que les hommes." De plus elles sont plus attentives à assurer l'avenir de leurs enfants. "L'argent, quand il est utilisé par une femme dans un ménage, profite davantage à l'ensemble de la famille que lorsqu'il est utilisé par un homme." J'avais déjà lu ailleurs que partout le développement passait mieux par les femmes.

En terminant ce livre je suis surtout surprise que Muhammad Yunus ne soit pas plus connu que ça. Il me semble qu'on a un peu parlé de lui à l'occasion de la remise de son prix Nobel mais c'est tout. C'est un personnage aux idées peu conventionnelles. Il raconte qu'un professeur communiste lui a dit un jour : "En fait, vous donnez de petites doses d'opium aux pauvres pour qu'ils se désintéressent des problèmes globaux. Avec vos prêts solidaires ils dorment sur leurs deux oreilles et ne font aucun bruit. Leur zèle révolutionnaire se tarit. Grameen est l'ennemi de la révolution."  Comme si la révolution était un but en soi ! Avec Grameen Yunus réalise une révolution au quotidien et obtient des résultats.

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