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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 13:46
Daniel Mendelsohn, Les disparus, Flammarion

Quand il était petit Daniel Mendelsohn aimait beaucoup écouter son grand-père maternel lui raconter les histoires de sa famille venue presque au complet d'Ukraine aux Etats-Unis dans les années 1920. Ses deux soeurs fiancées ("vendues") successivement au même cousin bossu et hideux. L'aînée d'abord puis, après sa mort ("une semaine avant son mariage"), la cadette. Son frère émigré en Israël juste à temps, au début des années 30, sous la pression de sa femme, "une sioniste". Un seul frère était resté en Ukraine dans le village natal de Bolechow, Shmiel, l'aîné, celui dont le grand-père parlait le moins. Tout ce que Daniel Mendelsohn savait c'est qu'il avait été "tué par les nazis" avec sa femme et ses "quatre filles superbes".

En grandissant Daniel Mendelsohn a voulu en savoir plus sur son oncle Shmiel Jäger. Après la mort de son grand-père il a recherché des survivants de Bolechow de la shoah par balles dont plus d'un million et demi de Juifs ont été victimes en Ukraine. Pour les interroger il a voyagé jusqu'en Australie, en Israël et en Suède. Il est allé à Bolechow retrouver les témoins de ce qui s'était passé 60 ans plus tôt.

Pendant cette recherche qui s'est étalée sur 5 ans il est accompagné très souvent par son frère cadet Matt, auteur de la plupart des photographies qui illustrent l'ouvrage. C'est l'occasion pour Daniel de faire enfin la connaissance de Matt car, lorsqu'ils étaient enfants, Daniel n'aimait guère Matt auquel il a même un jour cassé un bras dans un accès de rage. Cette découverte de son frère n'est pas la moindre des belles rencontres faites par Mendelsohn lors de son périple. Un aspect important Des disparus c'est tout ce pan autobiographique. En même temps qu'il enquête sur sa famille l'auteur se dévoile, interroge ses souvenirs, compare les relations qu'il imagine entre Shmiel et ses parents à celles qu'il avait lui-même enfant avec ses frères et soeur.

Les événements qui touchent la famille Jäger sont aussi mis en relation avec des passages de la Genèse analysée par deux commentateurs de la Torah, Rachi (né à Troyes en 1040) et Friedman, un contemporain, plus les commentaires personnels de l'auteur qui permettent de le connaître mieux.
Enfin les retrouvailles de Daniel Mendelsohn avec une partie du passé de sa famille sont aussi des retrouvailles avec une culture disparue, la culture juive d'Europe centrale.

Pour toutes ces raisons cet ouvrage foisonant est un ouvrage passionant. Daniel Mendelsohn apparaît comme quelqu'un d'intelligent, qui réfléchit, quelqu'un de bien.

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 12:31
Vikram Seth, Un garçon convenable, première partie, Le livre de poche

L'histoire se passe en 1950, juste après l'indépendance de l'Inde. Le jour du mariage de sa fille aînée Savita avec Pran, Mrs Rupa Mehra dit à sa cadette Lata : "Toi aussi tu épouseras un garçon que j'aurai choisi". Un garçon convenable. Ce point de départ est le prétexte pour faire intervenir toute une galerie de personnages, apparentés de près ou de loin à la famille Mehra.

Il y a Maan, le frère de Pran, un fêtard tombé amoureux de la courtisane musulmane Saeeda Bai. On suit aussi l'action de Mahesh Kapoor, père de Maan et de Pran. Ministre du trésor de l'état du Purva Pradesh, il tente de faire voter une loi supprimant les zamindari, les grandes propriétés rurales, au profit des petits paysans qui travaillent la terre. Quand Mahesh Kapoor veut éloigner Maan de Saeeda Bai, il l'envoie à la campagne chez Rasheed, son professeur d'ourdou. C'est alors l'histoire de Rasheed qui nous est racontée. Rasheed qui s'oppose à son père qui veut spolier son journalier Kachheru.

"Corvéable à merci, il était requis, comme tous les chamars, pour n'importe quelle tâche qu'il plaisait au père de Rasheed de lui commander : labourer, pomper l'eau, porter un message à l'autre bout du village ou hisser du chaume sur le toit de la maison, qui, une fois séché, servirait de combustible pour la cuisson des aliments. Bien qu'étranger à la famille, il était autorisé, à l'occasion, à pénétrer dans le sanctuaire de la maison, notamment lorsqu'il y avait quelque chose à transporter sur le toit (...)
En échange de ses services, la famille prenait soin de lui. Il recevait ainsi une certaine quantité de grains au moment de la moisson : pas assez cependant pour lui assurer ainsi qu'à sa femme le minimum vital. Il avait le droit aussi de cultiver un lopin de terre, à son usage personnel, quand son maître lui en laissait le temps, et pour ce faire d'utiliser les outils et l'attelage de boeufs. Toutes choses pour l'achat desquelles Kachheru aurait dû s'endetter, ce qu'il jugeait inutile étant donné la faible superficie du terrain.
Surchargé de travail, il n'en avait conscience que parce que son corps, épuisé, le lui faisait sentir. En quarante années passées au service de la famille, il ne s'était jamais rebellé, ce qui lui valait une certaine considération. On lui donnait des ordres, mais jamais sur le ton insultant réservé à la caste de serviteurs à laquelle il appartenait. Quand il arrivait au père de Rasheed de l'appeler "mon brave",
Kachheru était très content."

J'ai trouvé beaucoup de ressemblances entre Kachheru et Viramma de
Une vie paria.

Pendant ce temps Lata a rencontré Kabir, un étudiant musulman, qu'elle voit en cachette de sa mère. Quand cette dernière apprend la terrible nouvelle ("Un musulman ! Qu'ai-je donc fait dans ma vie passée pour attirer ceci sur ma fille bien-aimée ?") elle comprend qu'il est temps de se mettre sérieusement en quête du garçon convenable et d'éloigner Lata du danger. Elle l'emmène donc chez Arun, son fils aîné qui vit à Calcutta.
Là Lata fréquente Amit, le frère de Meenakshi, la femme d'Arun. Mais Amit, un poète, ne convient pas non plus à Mrs Rupa Mehra qui éloigne encore Lata.

A Brahmpur, la ville des Kapoor et des Mehra, vivent aussi Veena, la soeur de Pran et de Maan, son mari Kedarnath et leur fils Bhaskar un jeune surdoué attiré par les chiffres. Après avoir fuit les violences inter-religieuses de Lahore pendant la Partition, Kedarnath a dû repartir de rien et s'est lancé dans le commerce de la chaussure, une activité impure pour un hindou car elle utilise du cuir de vache. Kedarnath fait affaire avec Haresh Khanna, un jeune homme ambitieux et entreprenant. C'est par hasard que Mrs Rupa Mehra fait la connaissance de Haresh chez une amie. Celui-ci lui apparaît bien vite comme un garçon tout à fait convenable.

Cette première partie compte 900 pages et la seconde qui m'attend sur ma PAL est aussi épaisse. J'ai trouvé très intéressante cette fresque dans laquelle Vikram Seth présente diverses catégories sociales : les classes laborieuses urbaines ou rurales et les grands propriétaires qui vivent de leurs rentes. Les histoires racontées sont vivantes, les personnages attachants ou déplaisants mais on a envie de savoir ce qui les attend. J'ai trouvé que c'était bien écrit et avec une pointe d'humour comme je l'apprécie ("Ils commandèrent du thé. Quoique appartenant à un organisme d'Etat, la cantine procurait un service rapide").
Cela se passe en 1950 cependant j'ai remarqué beaucoup de points communs avec ce que j'ai lu dans d'autres romans situés à l'époque contemporaine : la recherche d'un mari par la famille, la vie des exploités, la nécessité d'avoir des relations pour progresser, l'importance des liens de caste qui sous-tendent beaucoup de choses sans que cela soit vraiment dit.

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 16:20
Christophe Lambert, Haumont 14-16, l'or et la boue, Nathan

14 décembre 1914, à Flabas, du côté de Verdun, Casimir fait la connaissance de Martin. Ils deviennent amis et vont travailler ensemble comme téléphonistes. Ils installent des lignes entre les tranchées.
Octobre 1915, la compagnie se déplace vers Haumont. Là, Martin confie à Casimir qu'il sait qu'un trésor est caché dans les environs. Il veut qu'ils le cherchent ensemble.
Février 1916, la bataille de Verdun commence.

Ce roman fait partie d'une collection, "les romans de la mémoire", établie en partenariat entre les éditions Nathan et le ministère de la défense. Elle veut "préserver la mémoire de ceux qui ont été acteurs ou témoins des conflits du 20° siècle". Pour L'or et la boue, le résultat est quand même celui d'un ouvrage de commande. C'est bien documenté et le lecteur y trouvera des précisions intéressantes sur les conditions de vie dans les tranchées. Mais on les trouverait aussi bien dans un livre documentaire sur le sujet. Le roman n'apporte rien de plus. L'histoire de la chasse au trésor m'a parue assez peu crédible. Cela s'adresse à un public de collégiens et peut-être que ceux qui ne sont pas encore des lecteurs confirmés apprécieront car c'est facile à lire.

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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 19:01
Tatiana de Rosnay, Elle s'appelait Sarah, Editions Héloïse d'Ormesson

Agée d'environ 45 ans Julia Jarmond, américaine et mariée à un Français, vit à Paris depuis 25 ans. Elle est journaliste pour un magazine destiné aux expatriés américains en France. En 2002 elle est chargée de couvrir la commémoration des 60 ans de la rafle du Vel' d'hiv'. Son travail prend une tournure plus personnelle alors qu'elle découvre les liens inattendus de la famille de son mari avec cet événement. En même temps son mariage traverse une crise difficile.

Née en France de parents juifs polonais, Sarah, 10 ans, est raflée avec eux le 16 juillet 1942. Avant de quitter l'appartement familial elle a eu le temps de cacher son petit frère de quatre ans, Michel, dans un placard secret. Elle a fermé la porte et a emporté la clef en lui promettant de revenir vite. Emmenée au vélodrome d'hiver puis internée à Beaune-la-Rolande, Sarah ne pense qu'à une chose : Michel l'attend, elle doit tenir sa promesse.

Cet émouvant roman raconte en parallèle l'histoire de Julia qui mène l'enquête sur la rafle du Vel' d'hiv' et celle de Sarah, victime de cette même rafle. Dans la première moitié du livre Tatiana de Rosnay alterne un chapitre de l'histoire de Sarah puis un de celle de Julia, procédé qui accroit toujours le suspense. Ensuite on ne suit plus directement que Julia et on apprend en même temps qu'elle ce qu'il est advenu de Sarah.

Tatiana de Rosnay présente de façon bien documentée la façon dont s'est déroulée la rafle du Vel' d'hiv' et comment la déportation des Juifs de France a été organisée et exécutée par le gouvernement collaborationiste de Vichy (la zone sud "dite libre" est le seul endroit non-occupé d'Europe d'où on a déporté des Juifs pendant la guerre). Elle montre aussi que des Français ont résisté en cachant et en sauvant des Juifs (grâce à leur action la France est le pays d'où le moins de Juifs ont été déportés).

J'ai dévoré ce livre d'une traite. J'avais du mal à le lacher quand je devais me consacrer à autre chose. Pendant toute la période de ma lecture j'ai aussi été habitée par la musique de la chanson de Jean-Jacques Goldman du même titre.

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1 avril 2008 2 01 /04 /avril /2008 18:07
Anne Perry, Long spoon lane, 10-18

Des anarchistes ont fait sauter une bombe, détruisant une maison d'un quartier modeste de Londres. La police donne l'assaut à leur QG de Long spoon lane où ils se sont réfugiés. Finalement deux sont faits prisonniers tandis que le troisième, leur chef, est retrouvé abattu. Quand Thomas Pitt va les interroger en prison les deux hommes dénoncent une vaste corruption policière qui partirait du commissariat de Bow street. Notre héros se sent particulièrement concerné car c'est là qu'il travaillait avant d'être muté à la Special branch (les services secrets).

En menant l'enquête avec son ancien collègue, l'inspecteur Tellman, Pitt découvre une conspiration politique orchestrée par Wetron, le nouveau chef du Cercle intérieur (une société secrète à visées malhonnêtes). Pour contrer ces menées criminelles Pitt doit s'allier avec son ennemi mortel, Charles Voisey, l'ancien chef du Cercle intérieur. Il va vérifier la vérité du dicron qui dit que quand on dîne avec le diable il faut avoir une longue cuillère (a long spoon !)

C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver les aventures de Thomas Pitt et je me rue dessus dès leur parution. Depuis qu'il est passé à la Special branch, sa femme Charlotte est beaucoup moins active dans ses enquêtes. Cependant ici la voila qui reprend du service aux côtés de la tante Vespasia quand il faut aller enquêter dans la haute société.

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 17:24
Claude Izner, Rendez-vous passage d'Enfer, 10-18

Emile Legris était un admirateur de Charles Fourier (théoricien socialiste, il préconisa une organisation sociale fondée sur de petites communautés autonomes, les phalanstères. Fourier souhaitait que les membres de ses phalanstères soient solidaires. Pour cela il avait prévu de les vêtir de chemises boutonnées dans le dos. Ainsi ils étaient obligés de s'entraider pour s'habiller). Célibataire, Emile Legris utilisa une partie de sa fortune à aider des personnes rencontrées par hasard : leur trouver un emploi, financer leur installation dans la vie. Avec ces personnes il avait fondé une société baptisée "A cloche-pied". Après la mort d'Emile, les membres d'A cloche-pied continuent de se réunir une fois par an en sa mémoire. Le souvenir de leur bienfaiteur est bien tout ce qui les lie.

La librairie d'Emile est revenue en héritage à son neveu Victor Legris, héros de cette série dont voici le septième épisode. A l'automne 1895 des membres d'A cloche-pied sont assassinés les uns après les autres. Découvrant fortuitement la chose, Victor sent son goût pour le mystère se réveiller. Avec son beau-frère et associé Joseph Pignot ils vont mener l'enquête.

Une lecture agréable, des aventures dans le Paris de la fin du 19° siècle, chez les boutiquiers, les cocottes et les artistes.

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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 10:26
Jacques Neirynck, La mort de Pierre Curie, 10-18

Raoul Thibaut de Mézières est conseiller du Président de la République Armand Fallières. Ce n'est pas que Raoul soit vraiment républicain mais dans la noblesse on sert la France. En cette année 1910 on parle de nommer Marie Curie membre de l'académie des sciences. Il est question aussi qu'elle reçoive un second prix Nobel. Ces éventualités contrarient beaucoup l'extrême-droite nationaliste. Car Marie Curie est femme, elle est étrangère. Et ne serait-elle pas juive aussi, un peu ?
Alors certains commencent à murmurer que la mort accidentelle de Pierre Curie, quatre ans auparavant, pourrait bien ne pas être un accident. Et s'il avait été assassiné ? Et s'il avait été poussé au suicide ? En toute discrétion Raoul doit mener l'enquête. La République veut savoir si elle peut faire de Marie la sainte laïque dont elle a besoin ou si ce choix risque de se retourner contre elle.

Je n'ai pas beaucoup apprécié ce premier épisode d'une nouvelle série de la collection Grands détectives. Je n'ai pas trouvé le héros très attachant. D'un côté c'est un progressiste convaincu que les femmes sont aussi capables que les hommes et intéressé aux découvertes techniques sans s'aveugler sur leurs dangers potentiels. Ca devrait être plutôt sympathique. Mais c'est aussi quelqu'un d'un peu trop imbu de sa classe et qui regarde le peuple de haut. Chacun à sa place et c'est bien comme ça. Par ailleurs l'auteur s'amuse à mettre dans la bouche de ses personnages des prémonitions de ce que sera l'avenir. "Je fais et je défais les gouvernements, mais je n'en ferai jamais partie." dit la cousine de Raoul. "Peut-être, un jour, sera-ce une fille de Marie Curie !" J'ai trouvé ça plutôt agaçant. Ce qui m'a le plus intéressé c'est l'ambiance politique de cette époque, les intrigues de la presse d'extrême-droite.

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 16:31
undefinedIain Pears, Le secret de la Vierge à l'Enfant, 10-18

Promue à la tête du service de la protection du patrimoine historique, Flavia di Stefano se retrouve avec une affaire délicate sur les bras. Un tableau prêté par la France à l'Italie pour une exposition a été volé et une rançon est réclamée. Le gouvernement italien souhaite que l'échange se fasse dans la plus grande discrétion, que l'affaire ne soit pas éventée et que l'on puisse prétendre qu'il ne s'est rien passé. Mais quand le présumé voleur est retrouvé mort  Flavia décide, pour son compte, d'en apprendre plus. Son enquête la ramène dans les années 1970 quand des terroristes d'extrême gauche ensanglantaient l'Italie. Elle découvre que de vieux comptes n'ont toujours pas été réglés avec des coupables aujourd'hui très haut placés et prêts à tout pour que rien ne change.

Dans ce septième épisode des aventures de Flavia di Stefano et Jonathan Argyll nos héros voient leur situation personnelle évoluer rapidement, d'autant plus que des hommes politiques corrompus veulent les faire taire. Iain Pears là-dessus occupe une position plutôt désabusée : on ne peut lutter contre la corruption des puissants, mieux vaut donc penser d'abord à soi et s'assurer une retraite tranquille. En même temps il fustige le monde contemporain opposé à l'âge d'or des années 1960 : "C'a été une courte période durant laquelle la richesse n'avait pas encore apporté la vulgarité, où la liberté ne s'était pas encore dégradée en nombrilisme, et durant laquelle le désir de nouveauté était empreint d'espoir au lieu d'être une quête obsessionnelle du changement". Un peu contradictoire, non ?

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 13:43
undefinedZhu Xiao-Mei, La rivière et son secret, Robert Laffont

Zhu Xiao-Mei est née en 1950. Elle joue du piano depuis son plus jeune âge et à 11 ans elle entre au conservatoire de Pékin où elle peut se consacrer à sa passion. Mais petit à petit les séances d'autocritique et de dénonciation prennent le pas sur l'enseignement de la musique, les élèves sont emmenés en vacances à la campagne pour aider les paysans dans leur travail et Xiao-Mei s'éloigne de sa famille. Bien qu'elle soit devenue une révolutionnaire convaincue elle n'en reste pas moins suspecte aux yeux du régime car chushen buhao : de mauvaise origine (bourgeoise).

En 1969, avec la plupart de ses camarades du conservatoire, elle est envoyée en camp de rééducation. Elle va y rester cinq ans. Enfin libre il lui faut énormément travailler pour rattrapper le temps perdu et reprendre une carrière brutalement interrompue. A 30 ans elle quitte la Chine pour les Etats-Unis puis émigre ensuite vers la France. Le succès vient finalement, non sans difficultés et périodes de vaches maigres. Aujourd'hui elle est professeur au conservatoire national de musique et donne des récitals en France et à l'étranger.

Ce que j'ai trouvé le plus intéressant dans La rivière et son secret (par contre, pourquoi ce titre ?) c'est le récit de l'adolescence et de la jeunesse de l'auteur sous la dictature de Mao, pendant la Révolution culturelle. Zhu Xiao-Mei montre bien comment toute une génération d'artistes et d'intellectuels a été sacrifiée. Même parmi ceux qui ont survécu la plupart de ses camarades n'ont pas connu la carrière qu'ils auraient pu. Ils ont finalement laissé de côté la musique pour assurer le matériel : "La Révolution culturelle a cassé en eux tout désir d'absolu. Par une cruelle ironie de l'Histoire, elle les a changés non en communistes mais en capitalistes !"

Zhu Xiao-Mei elle-même reste marquée à jamais : "Les séances de dénonciation collectives que j'ai subies pendant des années font que j'ai désormais peur d'être critiquée, et que je ne peux plus avoir confiance, ni en moi, ni dans les autres. Quand l'on a connu ce régime, quand à douze ans, à un âge auquel on ne peut pas être coupable, on a été forcé de faire son autocritique, qu'est-ce qu'un ami, une relation, si ce n'est quelqu'un qui demain vous dénoncera et que vous-même, vous critiquerez ?"

La suite, concernant son retour à la musique m'a moins intéressée. Il y a de longs passages sur la façon de bien jouer tel ou tel morceau. Je ne me sens pas trop concernée. Quelqu'un qui s'intéresse à la musique classique devrait sans doute mieux apprécier.

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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 08:48
undefinedKiran Desai, La perte en héritage, Editions des deux terres

L'histoire se déroule dans le nord de l'Inde, au pied de l'Himalaya, aux confins du Népal, du Bhoutan et du Bangladesh. Dans les années 1980 cette région est agitée de violences politiques quand la population d'origine népalaise demande l'indépendance. Dans ce paysage splendide vit Sai, une jeune fille de 16 ans. Orpheline jeune elle a été recueillie par son grand-père. Elle tombe amoureuse de Gyan, son professeur de physique, un étudiant de 20 ans d'origine népalaise. Il est tenté par la lutte nationaliste  mais en voit aussi les limites. 

Le grand-père de Sai est un juge à la retraite de l'Indian Civil Service  (l'administration britannique de l'Inde colonisée). Il a fait ses études en Grande-Bretagne et en est revenu plein de mépris pour sa famille aux origines modestes. Sa haine s'est déchaînée contre son épouse, une jeune fille élevée de manière traditionnelle. Devenu vieux, le seul être vivant qu'il aime est sa chienne Mutt. Avec eux vit le cuisinier dont le fils Biju a émigré clandestinement aux Etats-Unis. Pour un salaire de misère Biju trime toute la journée dans les cuisines en sous-sol de restaurants crasseux.

Autour de ces personnages principaux on croise aussi de nombreux personnages secondaires : Lola et Noni, deux soeurs anglophiles; le père Booty, un prêtre suisse qui a monté un élevage laitier et l'oncle Potty, son ami, vieil homosexuel alcoolique.

Tous les personnages sont partagés, de façon plus ou moins bien réussie, entre la culture indienne et leur fascination pour l'occident. Kiran Desai aborde aussi la question du gouffre qui sépare les classes aisées des plus démunis.

Enfin, c'est un livre qui est très bien écrit (et je crois aussi très bien traduit) avec souvent une note d'humour. Il y a de belles descriptions avec des comparaisons bien trouvées :

"Puis, en un éclair, la tempête fut sur eux. Un vent de panique commença à faire claquer les grandes oreilles des bananiers, qui étaient toujours les premiers à sonner l'alarme. Les mâts des bambous, précipités les uns contre les autres, s'entrechoquaient dans un cliquetis d'art martial très ancien.
Dans la cuisine, le calendrier des dieux du cuisinier se mit à s'agiter contre le mur comme s'il était animé, pléthore de bras, de jambes, de têtes démoniaques, d'yeux flamboyants."


Les avis de Naina et de Elfe.

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