Citation

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard


Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Mercredi 21 mai 2008
Anne Nivat, Lendemains de guerre en Afghanistan et en Irak, Le livre de poche

La journaliste Anne Nivat a enquêté en Afghanistan et en Irak après leur "libération" par les troupes américaines. Dans chacun de ces pays elle a passé douze semaines d'affilée, utilisant les moyens de transport locaux, logeant chez l'habitant et l'interrogeant sur son ressenti. Ce livre date de 2004. Il m'a intéressée parce qu'il montre le vécu des gens au quotidien. La situation politique est souvent complexe à saisir. Voici ce que j'en ai retenu :

En Afghanistan après la victoire militaire d'octobre 2001 :
Le sud est peuplé principalement de l'éthnie pachtoune, dominante dans le pays. La culture traditionnelle est encore très présente. Selon le pachtounwali, le code de l'honneur pachtoune, les femmes sont considérées comme des objets, des propriétés, leur sort paraît même plus rigoureux que selon l'islam traditionnel. Le nord est peuplé d'Ouzbeks et de Tadjiks qui semblent plus ouverts. Le pays est gangrené par la drogue (culture, traffic) et la corruption. Les déplacements se font sur des routes défoncées, jamais asphaltées où on roule à 15 km/heure. Les femmes -dont l'auteur- se déplacent en burqa pour assurer leur sécurité. Au foyer la séparation est souvent stricte entre hommes et femmes.

Mais il y a aussi des contradictions entre ce qu'il faut faire pour paraître, à cause du regard des voisins et les aspirations profondes. Anne Nivat rencontre ainsi un jeune homme qui souhaite apprendre à lire et à écrire à sa femme illettrée (pour qu'elle puisse lui écrire et lire ses lettres quand ils sont séparés).
D'autres belles rencontres : une gynécologue qui a fondé une maternité dans sa ville démunie de structures médicales, des professeurs qui ont enseigné clandestinement sous les talibans, des personnes qui au quotidien se battent avec leurs moyens pour faire avancer leur pays. "Etre Afghan, c'est peut-être simplement avoir fait le choix de rester" dit un de ses interlocuteurs.

En Irak après la victoire miltaire d'avril 2003 :
En Irak, les femmes sont moins renfermées qu'en Afghanistan. Déjà elles ne sont pas complètement couvertes.
Ce qu'expriment pratiquement tous les témoins c'est "des critiques, de la souffrance, une immense déception vis à vis des Américains". Des Américains qui se sont installés dans les anciens palais de Saddam tandis que la population locale "continue à survivre dans des quartiers détruits privés d'électricité et du moindre confort". On parle aux habitants d'installer la démocratie, ce qu'ils souhaitent c'est d'abord qu'on reconstruise le pays, qu'on leur donne du travail. Il n'y a que dans les villes saintes chiites comme Kerbala que les gens sont contents de la présence américaine car le régime de Saddam était peu favorable au tourisme religieux alors que maintenant de très nombreux pélerins, notamment iraniens, viennent et les affaires sont bonnes pour tous ceux qui en profitent.

par Agnès publié dans : Documentaires
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 20 novembre 2007
Muhammad Yunus avec Alain Jolis, Vers un monde sans pauvreté, Le livre de poche.

Dans ce livre Muhammad Yunus, économiste du Bangladesh, prix Nobel de la paix en 2006 raconte comment il a conçu et mis en oeuvre son projet de "banque pour les pauvres" et quels résultats ont d'ores et déjà été obtenus grâce à cette entreprise.

En 1974 le Bangladesh a été frappé par une terrible famine. A cette occasion le professeur Yunus et certains de ses étudiants se sont intéressés aux conditions de vie des habitants de Jobra, village voisin de leur université. Ils découvrent alors que les plus démunis sont contraints d'emprunter à des usuriers qui profitent de leur faiblesse et les maintiennent dans une situation de dépendance. Yunus est convaincu que si on leur prêtait à des conditions équitables, de petites sommes pourraient permettre à nombre d'entre eux de s'extraire de la plus grande misère. C'est à partir de là qu'il conçoit, petit à petit, le projet de la banque Grameen.

Je passe sur les étapes qui l'ont mené de l'expérimentation dans un village à la généralisation dans tout le pays puis à l'exportation vers le reste du monde pour aborder les deux points qui m'ont le plus intéressée dans cette lecture.

1) Ca marche !
La banque Grameen travaille aujourd'hui avec 36 000 villages soit plus de la moitié des communes rurales du Bangladesh. Les prêts sont en moyenne de 150$ par emprunteur. En dix ans la moitié des emprunteurs se sont issés au dessus du seuil de pauvreté et 25% sont prêts à le franchir. "En abordant la lutte contre la pauvreté dans une optique de marché on a permis à des millions d'individus de s'en sortir dans la dignité."

2) La découverte de la société villageoise bengalie, corsetée par les archaïsmes, l'obscurantisme, l'islamisme. La place des femmes y est particulièrement dépendante et pourtant c'est à elles que Yunus s'est d'abord adressé (94% des emprunteurs de Grameen sont des femmes). Pour cela il a fallu lutter contre tous ces -ismes avec beaucoup de patience mais le résultat est probant. "Etre pauvre au Bangladesh est dur pour tout le monde, mais ce l'est davantage encore quand on est une femme. Et lorsque les femmes se voient offrir une possibilité de s'en sortir, si modeste soit-elle, elles s'avèrent plus combatives que les hommes." De plus elles sont plus attentives à assurer l'avenir de leurs enfants. "L'argent, quand il est utilisé par une femme dans un ménage, profite davantage à l'ensemble de la famille que lorsqu'il est utilisé par un homme." J'avais déjà lu ailleurs que partout le développement passait mieux par les femmes.

En terminant ce livre je suis surtout surprise que Muhammad Yunus ne soit pas plus connu que ça. Il me semble qu'on a un peu parlé de lui à l'occasion de la remise de son prix Nobel mais c'est tout. C'est un personnage aux idées peu conventionnelles. Il raconte qu'un professeur communiste lui a dit un jour : "En fait, vous donnez de petites doses d'opium aux pauvres pour qu'ils se désintéressent des problèmes globaux. Avec vos prêts solidaires ils dorment sur leurs deux oreilles et ne font aucun bruit. Leur zèle révolutionnaire se tarit. Grameen est l'ennemi de la révolution."  Comme si la révolution était un but en soi ! Avec Grameen Yunus réalise une révolution au quotidien et obtient des résultats.
par Agnès publié dans : Documentaires
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Lecture en cours

Recherche

Blog : Poésie sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus