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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard


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Dimanche 29 juin 2008
Fethiye Cetin, Le livre de ma grand-mère, L'aube

Alors qu'elle était déjà adulte, Fethiye Cetin a découvert que sa grand-mère était une rescapée du génocide des Arméniens. Quand elle était petite elle a été enlevée, lors d'une marche de la mort, par un gendarme turc à qui elle avait plu. Il n'avait pas d'enfant et l'éleva comme sa fille. Sa femme par contre la considérait comme une servante. Elle changea de nom, de religion et épousa plus tard un neveu de ses parents adoptifs.

Ce livre est un hommage de Fethiye Cetin à une grand-mère dont elle était très proche, qui l'a en partie élevée après la mort de son père. Il est fait des souvenirs que cette femme avait tus et qu'elle a commencé à raconter à sa petite-fille peu avant sa mort. Ce sont souvent des impressions, des images de la vie quotidienne qui essaient de redonner corps à ce qui a disparu. Cela m'a fait penser à des choses que j'ai lu sur la vie des Juifs en Europe centrale avant la seconde guerre mondiale.

Aujourd'hui en Turquie, un certain nombre de personnes découvrent, comme Fethiye Cetin, leurs origines arméniennes au moment où les derniers survivants disparaissent. De ce fait Le livre de ma grand-mère a eu un succès inattendu dans ce pays.

C'est
Naina qui m'avait signalé la parution de cet ouvrage.
par Agnès publié dans : Histoire
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Lundi 4 février 2008
Christian Delacampagne, Une histoire du racisme, Le livre de poche

Dans cet excellent petit livre Christian Delacampagne nous présente une histoire du racisme depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours (mon édition date de 2000).
"Le racisme commence lorsqu'on cherche à donner des inégalités sociales une justification fondée dans la nature, accompagnée de références explicites à des éléments de savoir biologique" ou plus simplement, le racisme c'est "toute forme de haine de l'autre en tant qu'autre, fondée non pas sur ce que l'autre fait mais sur ce qu'il est réputé être".

Comme tout phénomène chaque différent type de racisme a une origine précise. Ainsi le racisme antinoir s'est développé avec la diffusion du christianisme. Avant, chez les Grecs et les Romains, les Noirs peuvent être victimes de préjugés mais en tant qu'étrangers, pas en tant que Noirs. Chez ces deux peuples il y a des mariages mixtes et qui ne choquent pas.

L'antisémitisme quant à lui a certes existé avant les Chrétiens mais ce sont ces derniers qui lui ont donné toute son ampleur. Le christianisme n'était au départ qu'une secte juive parmi d'autres et il lui a fallu se démarquer clairement du judaïsme pour émerger. Au Moyen-âge c'est à partir de la fin du 11° siècle que le sort des Juifs se dégrade en Europe.

Christian Delacampagne aborde aussi les grands génocide du 20° siècle : le génocide des Arméniens par les Turcs, le génocide des Juifs et des Tsiganes par les nazis, le génocide des Tutsi par les Hutu. C'est l'occasion de nous préciser les carctéristiques d'un génocide. C'est le fait d'organiser volontairement la disparition d'un peuple. Ainsi pour les Indiens d'Amérique on ne peut pas parler de génocide car si les exactions commises contre eux ont bien abouti à leur quasi-disparition cela n'a pas été le résultat d'un plan concerté pour les détruire. Enfin le négationisme est la dernière étape pour le génocideur pour faire disparaître la réalité de son crime car tout génocide qui demeure impuni est un génocide réussi.

Il y a encore d'autres sujets passionants comme la traite atlantique (qui entraîna la déportation de 11 millions d'Africains) et l'esclavage des Noirs, l'apartheid en Afrique du sud. Chacun des thèmes abordé l'est sous un angle historique (rappel des faits et des dates) et sous un angle philosophique et politique engagé. Comme il en a averti le lecteur dans l'introduction l'auteur ne reste pas neutre, il propose son analyse personnelle.
par Agnès publié dans : Histoire
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Dimanche 5 août 2007

Antonia Arslan, Il était une fois en Arménie, Robert Laffont.

 

 

 

 

 

A la fin du 19° siècle Yervant Arslanian, le grand-père de l’auteur, a quitté l’Arménie à l’âge de treize ans pour aller étudier et s’établir en Italie. Il est devenu médecin, a épousé une Italienne. Il garde le contact avec son frère Sempad, pharmacien dans leur ville natale et rêve parfois qu’il fait construire une maison au pays. Mais en 1915 les autorités turques organisent le massacre des Arméniens. Sempad et les hommes de la famille sont assassinés, sa femme, ses sœurs et ses filles sont déportées.

 

 

 

A partir du témoignage des survivants, à partir de ce que lui ont « dit » les morts, Antonia Arslan a rédigé l’histoire de sa famille persécutée en Arménie, l’histoire de ceux qui se sacrifièrent pour les autres, l’histoire de ceux qui les aidèrent, l’histoire du sauvetage de ceux qui en réchappèrent. Le récit est à la fois documentaire (il explique clairement l’organisation du génocide) mais aussi merveilleux. Les protagonistes reçoivent en effet des signes sous forme de rêves qui les avertissent des temps sombres à venir ou de visions qui les préviennent. Des anges pleurent sur le destin du peuple arménien. L’auteur raconte les atrocités dont sa famille a été victime mais sans s’y complaire. Elle insiste plus sur la solidarité, le courage, l’espoir. Malgré le sujet elle arrive ainsi à garder une forme de légèreté à ce récit émouvant.

par Agnès publié dans : Histoire
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Vendredi 27 avril 2007
Anonyme, Une femme à Berlin, journal, 20 avril-22 juin 1945, Gallimard.

Journaliste, Allemande, l'auteur avait une trentaine d'années au moment de la chute de Berlin à la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle a tenu son journal de ces journées difficiles.

D'abord, alors que les Soviétiques sont aux portes de la ville, les Berlinois se terrent dans les caves par peur des bombardements. L'auteur qui loge sous les toits est hébergée par une veuve qui habite plus bas, ce qui lui permet de gagner rapidement la cave en cas d'alerte. Chacun a descendu avec soi ses objets les plus précieux. Quand on peut sortir on en profite pour faire la queue pour l'eau, pour la nourriture. Tous les efforts sont organisés dans l'optique de la survie.

Le 27 avril les premiers Soviétiques arrivent dans le quartier de l'auteur. Les bombardements sont terminés, les viols commencent. On estime à plus de    100 000 le nombre de Berlinoises victimes de viols en cette fin de guerre. Viols collectifs, viols à répétition, viols devenus presque banals puisque la première question entre deux femmes qui se rencontrent est à cette époque : "Alors, combien de fois?"

Aussi l'auteur du journal se met en quête d'un protecteur, un officier qui fera barrage aux autres hommes et qui l'approvisionnera en nourriture. Elle a des rudiments de Russe qui lui permettent de nouer des relations plus facilement avec les vainqueurs. Après le départ du premier officier, elle en recrute un deuxième.

A partir du 9 mai les Soviétiques quittent l'immeuble et l'auteur peut enfin dormir seule. A ce moment là elle est réquisitionnée, avec d'autres, pour participer à divers travaux : déblaiement des ruines, récupération de matériaux et de machines qui peuvent encore servir et qui sont expédiés vers l'URSS, lavage du linge de l'occupant...
Petit à petit un rationnement se remet en place : on touche des tickets, on peut acheter de la nourriture. L'eau revient dans l'immeuble.

Le journal s'arrête le 22 juin, juste après le retour de Gerd qui fut le compagnon de l'auteur. Gerd qui ne comprend pas ce qu'elle a vécu en son absence et qui le lui reproche : "Vous êtes devenues aussi impudiques que des chiennes, toutes autant que vous êtes dans cette maison. (...) C'est épouvantable d'avoir à vous fréquenter. Vous avez perdu tout sens des normes et des convenances."

Quand cet ouvrage est paru pour la première fois en Allemand, en 1957, il a suscité le même genre de réactions et l'auteur a été accusée d'immoralité éhontée. Ce qui a choqué, c'est la façon presque froide dont les faits sont racontés. L'auteur est un témoin qui ne cache rien : les compromissions et la lâcheté mais aussi la solidarité. Elle-même apparaît comme une personne qui réfléchit, prête à beaucoup pour survivre mais pas à n'importe quoi. Je la trouve admirable car très courageuse. Un document frappant qui me donne envie d'en lire plus sur ces événements.
par Agnès publié dans : Histoire
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Dimanche 15 avril 2007
Zlata Filipovic et Melanie Challenger, Paroles d'enfants dans la guerre, Journaux intimes d'enfants et de jeunes gens, 1914-2004, XO éditions.

Née à Sarajevo, Zlata Filipovic a tenu son journal pendant la guerre qui a frappé son pays à partir de 1991. En 1993 ce journal est publié et Zlata connaît la célébrité. Avec sa famille elle quitte Sarajevo à ce moment-là. Depuis elle s'est engagée avec l'ONU pour la préservation de la paix.

Avec Melanie Challenger elles présentent dans ce recueil des journaux d'enfants ou de jeunes gens pris dans différents conflits du 20° et du début du 21° siècle dans le monde. Cela va de Piete Kuhr, une petite Allemande témoin de la première guerre mondiale à Hoda Thamir Jehad jeune Irakienne au moment de l'intervention américaine contre Saddam Hussein. Il y a aussi des journaux de très jeunes combattants (20 ans) pendant la deuxième guerre mondiale, au Vietnam.

Cela semble une évidence de dire que la guerre racourcit les enfances et fait mûrir prématurément. C'est bien ce que montre chacun de ces journaux, parfois de façon poignante quand les petits rédacteurs n'ont pas survécu aux événements qu'ils relatent.

A sa mère qui la réprimande parce qu'elle pleure à l'annonce de la mort d'un jeune soldat de leurs connaissances et qui lui demande de ne pas oublier qu'il est mort en héros, Piete Kuhr répond : "Je ne l'oublierai sûrement pas. En fait, si je pleure, ce n'est pas parce que nos soldats meurent en héros, mais simplement parce qu'ils meurent tout court. Plus de matin, plus de soir, ils sont morts. Quand le fils d'une mère meurt, elle sanglote à fendre l'âme, non parce qu'il est mort en héros, mais parce qu'il est parti, et qu'il est sous terre. Il ne s'assoira plus à table, elle ne lui coupera plus une tranche de pain, elle ne raccomodera plus ses chaussettes. Elle ne peut pas dire "merci" sous prétexte qu'il est mort en héros. (S'il te plaît, maman, ne te fâche pas contre moi)."

L'auteur de ces lignes avait 12 ans. J'ai particulièrement apprécié les extraits de son journal. Elle montre une grande ouverture d'esprit et le courage de ses opinions. Le résumé de sa vie qui suit ces extraits nous apprend qu'elle n'a pas changé en devenant adulte.

Autre guerre, autre témoin. Ed Blanco est un jeune Américain. En 1967, à l'âge de 19 ans, il s'est engagé pour un an au Vietnam. Il tue et il voit ses camarades mourir autour de lui. La note qui suit son journal nous apprend que "au moment même où il retrouvait le sol américain, en Californie, Ed Blanco se vit refuser un verre de bière dans un bar, au prétexte qu'il n'était pas majeur, bien qu'il soit en uniforme et vétéran du Vietnam." Assez âgé pour se battre mais trop jeune pour boire de l'alcool. Cette anecdote montre bien toute l'absurdité de la guerre et l'hypocrisie de systèmes qui prétendent protéger la jeunesse (bien sur qu'au Vietnam on ne lui a pas demandé ses papiers pour lui servir à boire).

La postface nous rappelle qu'aujourd'hui plus de 250 000 enfants soldats combattent à travers le monde. Que depuis 2003 plus de 11.5 millions d'enfants ont été déplacés à l'intérieur de leur pays et 2 400 000 contraints à l'exil. Que les mines antipersonnel blessent ou tuent 8 à 10 000 enfants chaque année. C'est donc un sujet d'actualité. Et un livre intéressant car les auteurs ont choisi des journaux représentatifs des conflits abordés.
par Agnès publié dans : Histoire
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