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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard


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Histoire

Vendredi 20 janvier 2006
Anne Appelbaum, Goulag, une histoire, Grasset.

Dans cet ouvrage très complet, on trouve une chronologie du goulag, des premiers camps des îles Solovetski à la chûte de l'URSS : rationalisation du fonctionnement des camps, gigantomanie des années 30 avec le creusement du canal de la mer Blanche, expansion vers l'est, années difficiles de la seconde guerre mondiale, mort de Staline, époque des dissidents.


Une partie est consacrée aux conditions de vie dans les camps - depuis l'arrivée, en passant par le travail, les châtiments et les récompenses, les stratégies de survie, les tentatives d'évasion et la rébellion.

L'ensemble se veut un ouvrage de vulgarisation et la lecture est facilitée par la présence de nombreux témoignages.
Après avoir déjà lu plusieurs autres ouvrages sur le goulag, j'ai encore appris des choses sur le sujet.


Encore plus de lectures sur le sujet :

Sous la direction de Stéphane Courtois, Le livre noir du communisme, R. Laffont, 1997.

Tous les crimes du communisme sont abordés ici, pas seulement le goulag auquel une cinquantaine de pages sont consacrées. On fera aussi connaissance avec les camps d'Europe de l'est, le laogaï (goulag chinois) et autres camps asiatiques, les camps d'Amérique du sud.


Selon les auteurs, la lecture est plus ou moins abordable mais toujours intéressante et instructive.









Joël Kotek et Pierre Rigoulot, Le siècle des camps, Lattès, 2000.


Ici, c'est tous les camps du 20° siècle qui sont étudiés, qu'ils soient de droite, de gauche ou coloniaux. Un chapitre est consacré au goulag. Encore un ouvrage fort instructif.


Ces deux études plus générales permettent aussi la comparaison. On trouve de nombreux points communs entre ces camps de toutes origines.
Une lecture à éviter si vous êtes dans une période de découragement par rapport à la nature humaine.



L'expérience du goulag a aussi produit de nombreux récits autobiographiques et témoignages. Une façon d'aborder le sujet de manière plus vivante et plus personnelle.


Margarete Buber-Neumann, Déportée en Sibérie, Points.
Suivi de : Déportée à Ravensbrück.

Margarete Buber-Neumann (1901-1989) était la femme de Hans Neumann, cadre du parti communiste allemand dans les années 30. Après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, les Neumann se réfugient en URSS. Au moment des grandes purges de 1937 ils sont arrêtés. Hans Neumann disparaît. On suppose qu'il est mort peu après son arrestation. Margarete est envoyée au goulag, ce qu'elle raconte dans Déportée en Sibérie. Après le pacte germano-soviétique (1939) Staline livre à Hitler les communistes allemands qu'il détenait. Margarete est alors Déportée à Ravensbrück.



A travers ces deux ouvrages qui permettent une comparaison des deux systèmes concentrationnaires, on découvre une femme d'une grande valeur morale, qui est toujours restée fidèle à ses convictions et qui ne s'est pas compromise, même dans les pires moments.

Jacques Rossi, Qu'elle était belle cette utopie ! chroniques du goulag, Le Cherche midi.
Jacques Rossi et Michèle Sarde, Jacques le Français, Pocket.

Jacques Rossi (1909-2004) a adhéré très jeune au parti communiste et est devenu agent de renseignements du komintern. En 1937 il est arrêté et condamné au goulag. Il comprend bientôt que "le goulag n'est pas une perversion du système mais le système lui-même".

Dans cette histoire de sa vie (Jacques le Français) la période de la détention tient la plus grande place. mais Jacques plaide coupable : il a été un rouage du système, il accepte que le système se débarrasse de lui.
Ici aussi on découvre une personnalité de valeur qui a su reconnaître ses erreurs et évoluer positivement à travers des situations extrêmement difficiles.


Varlam Chalamov, Récits de la Kolima.

Ecrivain et poéte soviétique, Chalamov (1907-1982) a passé de nombreuses années au goulag. De cette expérience il tire les récits relativement courts de Kolima.


Son propos est de montrer qu'au goulag c'est chacun pour soi, qu'aucune solidarité ne joue dans des conditions de survie aussi rudes. Cependant les récits démentent régulièrement une telle thèse. En effet, on fait connaissance encore une fois avec une grande conscience morale. Au travers des épreuves, Chalamov a gardé toute son humanité.






Donc, si vous voulez trouver matière à espérer dans l'espèce humaine, c'est plutôt ces souvenirs qu'il vous faudra lire que des études historiques.
En effet, chacun de ces trois témoins m'a impressionnée par les qualités morales dont il a fait montre à travers l'épreuve.
Par Agnès
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Samedi 14 avril 2007
Nina Lougovskaïa, Journal d'une écolière soviétique, Robert Laffont.

Née le 25 décembre 1918 à Moscou, Nina Lougovskaïa a tenu un journal intime entre octobre 1932 et janvier 1937. Son père est un socialiste révolutionnaire inquiété par le régime de Staline. A partir de mars 1933 son passeport intérieur lui est retiré et il ne peut plus résider à Moscou ; en novembre 1935 il est arrêté ; le 4 janvier 1937 l'appartement familial est perquisitionné et le journal intime de Nina fait partie des objets confisqués à cette occasion. S'en suit l'arrestation de la mère et des trois filles et leur condamnation à cinq ans de goulag suivie de cinq ans d'assignation à résidence dans la Kolyma. Réhabilitée en 1963 pour "manque de preuves" Nina Lougovskaïa est devenue artiste peintre. Elle est morte en 1993. Son journal intime a été retrouvé après sa mort dans les archives du NKVD ouvertes au public après la chute de l'URSS. Il est un témoignage de la vie quotidienne d'une adolescente à Moscou, au milieu des années 30.

Tout d'abord, les préoccupations de Nina sont celles, intemporelles, de nombre d'adolescentes. Elle se trouve laide, voire repoussante et envie ses soeurs aînées et ses camarades de classe. Elles, sont si mignonnes, et bien dans leur peau, et à l'aise avec les garçons. Car Nina est obnubilée par les garçons. Tour à tour elle tombe amoureuse de plusieurs garçons de sa classe, elle a le béguin pour des étudiants, camarades de ses soeurs. Elle les observe, détaillant leurs attraits physiques et leur caractère. En classe elle fait circuler des petits mots en direction de ses amies pour échanger leurs opinions sur tel ou tel.

L'école est aussi un grand soucis de Nina. Elle n'a pas de très bons résultats, est âgée de deux ans de plus que ses camarades et cherche un moyen d'en finir au plus vite avec sa scolarité secondaire. Elle alterne les périodes de découragement où elle cesse d'aller en cours et les périodes d'enthousiasme où elle décide de travailler d'arrache-pied (bien souvent, semble-t-il, cela ne dépasse pas ce stade de la décision).

Cet aspect du journal est intéressant car il montre une permanence des sentiments de l'adolescence. De plus Nina écrit plutôt bien. Cependant, au bout d'un moment, j'ai commencé à trouver que cela devenait répétitif et lassant.

L'aspect le plus intéressant du journal, c'est celui qui attiré l'oeil de la police politique : des passages entiers en ont été soulignés par un inspecteur du NKVD et ont servi de preuves confirmant les opinions contre-révolutionnaires de Nina. Quand elle écrit au sujet de Staline :
"J'ai rêvé à la façon dont je le tuerais, ce dictateur. Les promesses qu'il fait à la Russie, ce salaud, cette ordure, alors qu'il la mutile, ce vil Géorgien ! " On comprend qu'un régime totalitaire ne puisse pas laisser passer de tels propos. Mais est aussi retenu contre elle le fait qu'elle dise que, bien qu'ayant pitié d'eux, elle ne se sent aucun point commun avec le peuple et les masses ouvrières. Où les nombreux moments où elle pense plus ou moins sérieusement au suicide.

C'est au moment où le journal s'arrête, où sa vie va prendre un tour dramatique que j'aimerais le plus pouvoir suivre Nina dans sa déportation.
Par Agnès
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Dimanche 15 avril 2007
Zlata Filipovic et Melanie Challenger, Paroles d'enfants dans la guerre, Journaux intimes d'enfants et de jeunes gens, 1914-2004, XO éditions.

Née à Sarajevo, Zlata Filipovic a tenu son journal pendant la guerre qui a frappé son pays à partir de 1991. En 1993 ce journal est publié et Zlata connaît la célébrité. Avec sa famille elle quitte Sarajevo à ce moment-là. Depuis elle s'est engagée avec l'ONU pour la préservation de la paix.

Avec Melanie Challenger elles présentent dans ce recueil des journaux d'enfants ou de jeunes gens pris dans différents conflits du 20° et du début du 21° siècle dans le monde. Cela va de Piete Kuhr, une petite Allemande témoin de la première guerre mondiale à Hoda Thamir Jehad jeune Irakienne au moment de l'intervention américaine contre Saddam Hussein. Il y a aussi des journaux de très jeunes combattants (20 ans) pendant la deuxième guerre mondiale, au Vietnam.

Cela semble une évidence de dire que la guerre racourcit les enfances et fait mûrir prématurément. C'est bien ce que montre chacun de ces journaux, parfois de façon poignante quand les petits rédacteurs n'ont pas survécu aux événements qu'ils relatent.

A sa mère qui la réprimande parce qu'elle pleure à l'annonce de la mort d'un jeune soldat de leurs connaissances et qui lui demande de ne pas oublier qu'il est mort en héros, Piete Kuhr répond : "Je ne l'oublierai sûrement pas. En fait, si je pleure, ce n'est pas parce que nos soldats meurent en héros, mais simplement parce qu'ils meurent tout court. Plus de matin, plus de soir, ils sont morts. Quand le fils d'une mère meurt, elle sanglote à fendre l'âme, non parce qu'il est mort en héros, mais parce qu'il est parti, et qu'il est sous terre. Il ne s'assoira plus à table, elle ne lui coupera plus une tranche de pain, elle ne raccomodera plus ses chaussettes. Elle ne peut pas dire "merci" sous prétexte qu'il est mort en héros. (S'il te plaît, maman, ne te fâche pas contre moi)."

L'auteur de ces lignes avait 12 ans. J'ai particulièrement apprécié les extraits de son journal. Elle montre une grande ouverture d'esprit et le courage de ses opinions. Le résumé de sa vie qui suit ces extraits nous apprend qu'elle n'a pas changé en devenant adulte.

Autre guerre, autre témoin. Ed Blanco est un jeune Américain. En 1967, à l'âge de 19 ans, il s'est engagé pour un an au Vietnam. Il tue et il voit ses camarades mourir autour de lui. La note qui suit son journal nous apprend que "au moment même où il retrouvait le sol américain, en Californie, Ed Blanco se vit refuser un verre de bière dans un bar, au prétexte qu'il n'était pas majeur, bien qu'il soit en uniforme et vétéran du Vietnam." Assez âgé pour se battre mais trop jeune pour boire de l'alcool. Cette anecdote montre bien toute l'absurdité de la guerre et l'hypocrisie de systèmes qui prétendent protéger la jeunesse (bien sur qu'au Vietnam on ne lui a pas demandé ses papiers pour lui servir à boire).

La postface nous rappelle qu'aujourd'hui plus de 250 000 enfants soldats combattent à travers le monde. Que depuis 2003 plus de 11.5 millions d'enfants ont été déplacés à l'intérieur de leur pays et 2 400 000 contraints à l'exil. Que les mines antipersonnel blessent ou tuent 8 à 10 000 enfants chaque année. C'est donc un sujet d'actualité. Et un livre intéressant car les auteurs ont choisi des journaux représentatifs des conflits abordés.
Par Agnès
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Vendredi 27 avril 2007
Anonyme, Une femme à Berlin, journal, 20 avril-22 juin 1945, Gallimard.

Journaliste, Allemande, l'auteur avait une trentaine d'années au moment de la chute de Berlin à la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle a tenu son journal de ces journées difficiles.

D'abord, alors que les Soviétiques sont aux portes de la ville, les Berlinois se terrent dans les caves par peur des bombardements. L'auteur qui loge sous les toits est hébergée par une veuve qui habite plus bas, ce qui lui permet de gagner rapidement la cave en cas d'alerte. Chacun a descendu avec soi ses objets les plus précieux. Quand on peut sortir on en profite pour faire la queue pour l'eau, pour la nourriture. Tous les efforts sont organisés dans l'optique de la survie.

Le 27 avril les premiers Soviétiques arrivent dans le quartier de l'auteur. Les bombardements sont terminés, les viols commencent. On estime à plus de    100 000 le nombre de Berlinoises victimes de viols en cette fin de guerre. Viols collectifs, viols à répétition, viols devenus presque banals puisque la première question entre deux femmes qui se rencontrent est à cette époque : "Alors, combien de fois?"

Aussi l'auteur du journal se met en quête d'un protecteur, un officier qui fera barrage aux autres hommes et qui l'approvisionnera en nourriture. Elle a des rudiments de Russe qui lui permettent de nouer des relations plus facilement avec les vainqueurs. Après le départ du premier officier, elle en recrute un deuxième.

A partir du 9 mai les Soviétiques quittent l'immeuble et l'auteur peut enfin dormir seule. A ce moment là elle est réquisitionnée, avec d'autres, pour participer à divers travaux : déblaiement des ruines, récupération de matériaux et de machines qui peuvent encore servir et qui sont expédiés vers l'URSS, lavage du linge de l'occupant...
Petit à petit un rationnement se remet en place : on touche des tickets, on peut acheter de la nourriture. L'eau revient dans l'immeuble.

Le journal s'arrête le 22 juin, juste après le retour de Gerd qui fut le compagnon de l'auteur. Gerd qui ne comprend pas ce qu'elle a vécu en son absence et qui le lui reproche : "Vous êtes devenues aussi impudiques que des chiennes, toutes autant que vous êtes dans cette maison. (...) C'est épouvantable d'avoir à vous fréquenter. Vous avez perdu tout sens des normes et des convenances."

Quand cet ouvrage est paru pour la première fois en Allemand, en 1957, il a suscité le même genre de réactions et l'auteur a été accusée d'immoralité éhontée. Ce qui a choqué, c'est la façon presque froide dont les faits sont racontés. L'auteur est un témoin qui ne cache rien : les compromissions et la lâcheté mais aussi la solidarité. Elle-même apparaît comme une personne qui réfléchit, prête à beaucoup pour survivre mais pas à n'importe quoi. Je la trouve admirable car très courageuse. Un document frappant qui me donne envie d'en lire plus sur ces événements.

Par Agnès
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Dimanche 5 août 2007

Antonia Arslan, Il était une fois en Arménie, Robert Laffont.

 

 

 

 

A la fin du 19° siècle Yervant Arslanian, le grand-père de l’auteur, a quitté l’Arménie à l’âge de treize ans pour aller étudier et s’établir en Italie. Il est devenu médecin, a épousé une Italienne. Il garde le contact avec son frère Sempad, pharmacien dans leur ville natale et rêve parfois qu’il fait construire une maison au pays. Mais en 1915 les autorités turques organisent le massacre des Arméniens. Sempad et les hommes de la famille sont assassinés, sa femme, ses sœurs et ses filles sont déportées.

 

 

 

A partir du témoignage des survivants, à partir de ce que lui ont « dit » les morts, Antonia Arslan a rédigé l’histoire de sa famille persécutée en Arménie, l’histoire de ceux qui se sacrifièrent pour les autres, l’histoire de ceux qui les aidèrent, l’histoire du sauvetage de ceux qui en réchappèrent. Le récit est à la fois documentaire (il explique clairement l’organisation du génocide) mais aussi merveilleux. Les protagonistes reçoivent en effet des signes sous forme de rêves qui les avertissent des temps sombres à venir ou de visions qui les préviennent. Des anges pleurent sur le destin du peuple arménien. L’auteur raconte les atrocités dont sa famille a été victime mais sans s’y complaire. Elle insiste plus sur la solidarité, le courage, l’espoir. Malgré le sujet elle arrive ainsi à garder une forme de légèreté à ce récit émouvant.

Par Agnès
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Lecture en cours

Jacqueline Hénard, Berlin-ouest, histoire d'une île allemande, Perrin

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