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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 16:49

arton22243-51b69Anna Bikont, Le crime et le silence, Jedwabne 1941, la mémoire d'un pogrom dans la Pologne d'aujourd'hui, Denoël

 

A Jedwabne, petite ville de l'est de la Pologne, le 10 juillet 1941, les habitants polonais ont rassemblé sur la place du marché leurs voisins juifs et les ont persécutés toute la journée. Le soir les survivants ont été enfermés dans une grange à laquelle le feu a été mis. Plusieurs centaines de personnes ont été assassinées ce jour-là. Dans les alentours des pogroms similaires ont eu lieu à la même époque. Les Allemands n'étaient pas présents sur place ou en nombre très limité.

 

Après la guerre le pouvoir communiste a jugé quelques uns des meneurs. Ils ont été condamnés à de courtes peines ou acquittés. Petit à petit l'idée s'est imposée en Pologne que ce crime avait été organisé et encadré par les Allemands. A Jedwabne tout le monde connaissait la vérité mais la loi du silence règnait. Les assassins tenaient le haut du pavé, ceux qui avaient caché des Juifs rasaient les murs.

 

En 2000 Jan Gross, écrivain américain d'origine polonaise, publie Les voisins. En s'appuyant sur le témoignage d'un des rares rescapés il assure que les coupables sont bien les habitants polonais de Jedwabne. En Pologne, l'ouvrage de Gross a un grand retentissement et déclenche la polémique. Anna Bikont, journaliste à Gazeta Wyborcza, part enquêter à Jedwabne et dans les environs où elle rencontre des acteurs du pogrom : rescapés, témoins, bourreaux. Elle s'interroge aussi sur la mémoire des événements : comment les habitants de Jedwabne vivent-ils aujourd'hui avec l'accusation qui frappe leur communauté ?

 

Le résultat est un ouvrage passionant qui alterne journal (il s'étale du 28 août 2000 au 30 juin 2003) où l'auteur relate ses rencontres à la recherche de la vérité et parties plus historiques. A Jedwabne le sentiment qui domine est un antisémitisme forcené qui me fait froid dans le dos et qui rend Anna Bikont physiquement malade. Elle-même est juive, information qui ne tarde pas à se répandre dans cette communauté obsédée par l'origine réelle ou supposée de ses interlocuteurs. Elle doit rendre visite en cachette à certains témoins pour qu'ils ne soient pas victimes de malveillances (coups de téléphone en pleine nuit). Heureusement elle rencontre aussi des personnes capables d'évoluer, ainsi le maire de la ville, finalement obligé de démissioner après avoir organisé une cérémonie commémorative du pogrom.

 

Le crime et le silence est paru en Pologne en 2004 et vient seulement d'être traduit en français. Que s'est-il passé à Jedwabne depuis que l'affaire a éclaté il y a dix ans ? Une postface nous en informe : rien n'a changé, l'antisémitisme domine encore. La Pologne pendant ce temps a évolué. J'ai participé à un voyage d'étude dans ce pays fin août. J'ai rencontré des Polonais, artistes, enseignants qui travaillent au quotidien pour faire vivre la mémoire de la vie juive et de la shoah dans leur pays.

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Publié par Agnès - dans Shoah
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