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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 14:35
Louis de Bernières, Des oiseaux sans ailes, Folio

Ce passionant roman raconte la fin de l'empire ottoman avant, pendant et peu après la première guerre mondiale. Ces événements terribles sont vus de façon vivante à partir de l'histoire de la petite ville d'Eskibahtché, en Anatolie, et de ses habitants.

Depuis très longtemps musulmans et Grecs plus quelques Arméniens, y vivent en bonne entente. Chacun traite l'autre d'infidèle mais les musulmans n'hésitent pas à adresser leurs prières à l'icône de la Vierge en cas de besoin et les mariages mixtes sont acceptés. Ainsi il est acquis pour tous dès leur plus tendre enfance que la belle Philothéi épousera Ibrahim qui la suit partout comme son ombre. On croise aussi Iskander le Potier qui fabrique des siflets qui imitent le chant des oiseaux; l'imam Abdulhamid Hodja, homme doux amoureux de sa jument Nilüfer. Pour ne pas tuer les tortues qui dévorent ses légumes il les ramasse dans un sac et va les relacher plus loin. Il y a de nombreux personnages pittoresques et attachants et aussi, en parallèle, la biographie de Mustapha Kémal.

La première guerre mondiale va mettre fin à cette vie paisible. Privé de ses jeunes hommes (enrôlés dans l'armée pour les musulmans, dans les commandos de travail pour les chrétiens) le village s'appauvrit. Les habitants sont victimes des attaques de bandes de hors-la-loi composées pour partie de déserteurs. C'est dans une quasi-indifférence que les Arméniens sont déportés.

Au front on tient aux jeunes gens un discours islamiste : cette guerre est une guerre sainte qui oppose les musulmans aux Francs. Pourtant l'empire est allié avec l'Allemagne alors que des Arabes combattent pour la Grande-Bretagne. Le gouvernement grec espère profiter du conflit pour réaliser son idée de Grande Grèce ou ressusciter l'empire byzantin au moins jusqu'à Istanbul. Les populations civiles sont les victimes de ces idées nationalistes : selon les aléas du combat les Grecs massacrent des musulmans puis les Turcs massacrent des Grecs.

Après la guerre les traités de paix prévoient l'échange des Grecs de Turquie contre les musulmans de Grèce. Ces déplacements de population provoquent encore de grandes douleurs. A Eskibahtché des amis de toujours se séparent sans espoir de se revoir. Les Grecs (qui ne parlaient que le Turc) doivent partir en abandonnant leurs biens sur place. Ils sont remplacés par des musulmans qui ne parlent que Grec. Surtout, on réalise alors que les chrétiens étaient aussi commerçants et artisans et le village s'appauvrit encore.

Louis de Bernières montre bien comment, à tous points de vue, économique et culturel, le passage de l'empire ottoman cosmopolite à la Turquie nationaliste a été un appauvrissement. Les délires nationalistes de certains ont souvent entraîné le malheur de beaucoup et l'auteur enfonce le clou là-dessus. Le petit bémol pour moi c'est la façon dont les Arméniens sont traités en victimes collatérales de tout cela. Il est question de "crimes de guerre tels que les marches mortelles des Arméniens et des prisonniers britanniques et les déportations de Grecs de la côte occidentale en 1914". Le mot génocide n'est employé que pour des massacres de musulmans par des Grecs.
Malgré cela j'ai trouvé ce roman excellent, bien écrit et avec souvent une pointe d'humour ironique. J'en ai lu facilement les 800 pages.

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Publié par Agnès - dans Turquie
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commentaires

yueyin 23/06/2009 21:52

C'est une période et un lieu qui me touchent beaucoup, je note ce roman avec enthousiasme... même s'il est imparfait, il n'y en a pas tant qui triate du passage de l'empire ottoman à la turquie moderne... merci ! :-)

Agnès 24/06/2009 21:30


Imparfait sur un aspect du contenu, mais sinon vraiment très bien.