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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard


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Bonjour

Bienvenue sur Mon biblioblog où vous trouverez des compte-rendus de mes lectures. Des lectures ces temps-ci très axées sur L'Inde ma passion présente. Mais aussi de temps en temps d'autres sujets, pour changer un peu... Bonnes lectures.
Dimanche 16 mars 2008
undefinedZhu Xiao-Mei, La rivière et son secret, Robert Laffont

Zhu Xiao-Mei est née en 1950. Elle joue du piano depuis son plus jeune âge et à 11 ans elle entre au conservatoire de Pékin où elle peut se consacrer à sa passion. Mais petit à petit les séances d'autocritique et de dénonciation prennent le pas sur l'enseignement de la musique, les élèves sont emmenés en vacances à la campagne pour aider les paysans dans leur travail et Xiao-Mei s'éloigne de sa famille. Bien qu'elle soit devenue une révolutionnaire convaincue elle n'en reste pas moins suspecte aux yeux du régime car chushen buhao : de mauvaise origine (bourgeoise).

En 1969, avec la plupart de ses camarades du conservatoire, elle est envoyée en camp de rééducation. Elle va y rester cinq ans. Enfin libre il lui faut énormément travailler pour rattrapper le temps perdu et reprendre une carrière brutalement interrompue. A 30 ans elle quitte la Chine pour les Etats-Unis puis émigre ensuite vers la France. Le succès vient finalement, non sans difficultés et périodes de vaches maigres. Aujourd'hui elle est professeur au conservatoire national de musique et donne des récitals en France et à l'étranger.

Ce que j'ai trouvé le plus intéressant dans La rivière et son secret (par contre, pourquoi ce titre ?) c'est le récit de l'adolescence et de la jeunesse de l'auteur sous la dictature de Mao, pendant la Révolution culturelle. Zhu Xiao-Mei montre bien comment toute une génération d'artistes et d'intellectuels a été sacrifiée. Même parmi ceux qui ont survécu la plupart de ses camarades n'ont pas connu la carrière qu'ils auraient pu. Ils ont finalement laissé de côté la musique pour assurer le matériel : "La Révolution culturelle a cassé en eux tout désir d'absolu. Par une cruelle ironie de l'Histoire, elle les a changés non en communistes mais en capitalistes !"

Zhu Xiao-Mei elle-même reste marquée à jamais : "Les séances de dénonciation collectives que j'ai subies pendant des années font que j'ai désormais peur d'être critiquée, et que je ne peux plus avoir confiance, ni en moi, ni dans les autres. Quand l'on a connu ce régime, quand à douze ans, à un âge auquel on ne peut pas être coupable, on a été forcé de faire son autocritique, qu'est-ce qu'un ami, une relation, si ce n'est quelqu'un qui demain vous dénoncera et que vous-même, vous critiquerez ?"

La suite, concernant son retour à la musique m'a moins intéressée. Il y a de longs passages sur la façon de bien jouer tel ou tel morceau. Je ne me sens pas trop concernée. Quelqu'un qui s'intéresse à la musique classique devrait sans doute mieux apprécier.
par Agnès publié dans : Récits autobiographiques
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Dimanche 9 mars 2008
undefinedKiran Desai, La perte en héritage, Editions des deux terres

L'histoire se déroule dans le nord de l'Inde, au pied de l'Himalaya, aux confins du Népal, du Bhoutan et du Bangladesh. Dans les années 1980 cette région est agitée de violences politiques quand la population d'origine népalaise demande l'indépendance. Dans ce paysage splendide vit Sai, une jeune fille de 16 ans. Orpheline jeune elle a été recueillie par son grand-père. Elle tombe amoureuse de Gyan, son professeur de physique, un étudiant de 20 ans d'origine népalaise. Il est tenté par la lutte nationaliste  mais en voit aussi les limites. 

Le grand-père de Sai est un juge à la retraite de l'Indian Civil Service  (l'administration britannique de l'Inde colonisée). Il a fait ses études en Grande-Bretagne et en est revenu plein de mépris pour sa famille aux origines modestes. Sa haine s'est déchaînée contre son épouse, une jeune fille élevée de manière traditionnelle. Devenu vieux, le seul être vivant qu'il aime est sa chienne Mutt. Avec eux vit le cuisinier dont le fils Biju a émigré clandestinement aux Etats-Unis. Pour un salaire de misère Biju trime toute la journée dans les cuisines en sous-sol de restaurants crasseux.

Autour de ces personnages principaux on croise aussi de nombreux personnages secondaires : Lola et Noni, deux soeurs anglophiles; le père Booty, un prêtre suisse qui a monté un élevage laitier et l'oncle Potty, son ami, vieil homosexuel alcoolique.

Tous les personnages sont partagés, de façon plus ou moins bien réussie, entre la culture indienne et leur fascination pour l'occident. Kiran Desai aborde aussi la question du gouffre qui sépare les classes aisées des plus démunis.

Enfin, c'est un livre qui est très bien écrit (et je crois aussi très bien traduit) avec souvent une note d'humour. Il y a de belles descriptions avec des comparaisons bien trouvées :

"Puis, en un éclair, la tempête fut sur eux. Un vent de panique commença à faire claquer les grandes oreilles des bananiers, qui étaient toujours les premiers à sonner l'alarme. Les mâts des bambous, précipités les uns contre les autres, s'entrechoquaient dans un cliquetis d'art martial très ancien.
Dans la cuisine, le calendrier des dieux du cuisinier se mit à s'agiter contre le mur comme s'il était animé, pléthore de bras, de jambes, de têtes démoniaques, d'yeux flamboyants."


Les avis de Naina et de Elfe.
par Agnès publié dans : Inde
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Dimanche 2 mars 2008

undefinedRégis Airault, Fous de l'Inde, Petite Bibliothèque Payot

"Une vieille légende hindoue raconte qu'il fut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Comme ils abusèrent de ce pouvoir, Brahma, le  maître des dieux, décida de le leur retirer et de le cacher dans un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Oui, mais où ?
Brahma convoqua en conseil les dieux mineurs pour résoudre ce problème.
- Enterrons la divinité de l'homme, proposèrent-ils.
Mais Brahma répondit :
- Cela ne suffit pas, car l'homme creusera et trouvera.
Les dieux répliquèrent :
- Dans ce cas, cachons-la tout au fond des océans.
Mais Brahma répondit :
 - Non, car tôt ou tard l'homme explorera les profondeur de l'océan. Il finira par la trouver et la remontera à la surface.
Alors, les dieux dirent :
- Nous ne savons pas où la cacher, car il ne semble pas exister sur terre ou sous la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour.
Mais Brahma répondit :
- Voici ce que nous ferons de la divinité de l'homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c'est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.
Et depuis ce temps-là, conclut la légende, l'homme explore, escalade, plonge et creuse, à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui."


Régis Airault est psychiatre. Il a été en poste au consulat de France à Bombay. Là il a constaté que le séjour en Inde pouvait déclencher chez certains occidentaux des crises de délire. Souvent les victimes de ce "syndrome indien" sont des adolescents ou de jeunes adultes. Dans la plupart des cas le rapatriement dans le pays d'origine suffit à faire disparaître les troubles.

"L'Inde rend-elle fou, ou les fous vont-ils en Inde ?" Les deux réponses sont vraies. En Inde la folie n'a pas le même statut qu'en France. Le fou, tant que son comportement n'est pas agressif, est accepté. Des symptomes qui chez nous vous feraient enfermer sont considérés là-bas comme un signe de sainteté.

Régis Airault déplore que dans les société occidentales il n'existe pas ou plus de rites de passages entre l'enfance et l'âge adulte. "Notre civilisation laisse de moins en moins de place à cette période de fragilité et de maturation qu'est l'adolescence". Le voyage peut tenir lieu d'initiation. Cette initiation implique une mise à mort symbolique à laquelle peut correspondre la crise délirante.

Voici un livre qui est parfois un peu technique -d'autant plus qu'en matière de psychiatrie et de psychanalyse je n'ai guère de références. Cependant il s'appuie sur des anecdotes et des histoires de cas nombreuses ce qui en facilite la lecture. Mère d'adolescents, j'ai trouvé plus particulièrement intéressant ce qui concerne les difficultés de l'adolescence.

 

 

 

Mais Brahma répondit :

par Agnès publié dans : Inde
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Samedi 1 mars 2008
tantes.jpgBulbul Sharma, Mes sacrées tantes, Picquier

Les huit nouvelles qui composent ce recueil se déroulent dans l'Inde de la première moitié du 20° siècle. Elles mettent en scène des femmes mariées dans l'enfance et des tyrans domestiques (mari ou belle-mère) qui imposent leur vision du monde étriquée à leur entourage.  Les personnages partent en voyage. Voyage choisi ou voyage subi il va leur permettre de découvrir de nouveaux horizons. Parfois les opprimés s'échappent ou reviennent  moins dociles. Parfois les oppresseurs s'adoucissent.

Tout cela a l'air très sympathique et pourtant je n'ai que moyennement apprécié cette lecture. Il me semble que l'auteur s'est un peu trop attachée à la description des événements et n'a pas assez fouillé la psychologie des personnages. Il y a parfois des péripéties qui se succèdent sans que j'aie bien compris en quoi elles servaient le propos. Reste que le format de nouvelles plutôt courtes fait que cela se lit assez bien.
par Agnès publié dans : Inde
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Vendredi 29 février 2008
undefinedJean-François Parot, Le cadavre anglais, Lattès

Paris 1777. Nicolas le Floch, commissaire au Châtelet est appelé pour constater le décès d'un prisonnier du Fort-l'Evêque, apparamment mort en tombant lors d'une tentative d'évasion. Qui est-il ? Même le directeur de la prison ne le sait pas.

Dans le même temps notre héros est chargé par la reine Marie-Antoinette de contrer les menées d'une femme malhonnête qui se prétend introduite à la cour pour escroquer les naïfs. Elle a ainsi engagé des dépenses au nom de la reine.

Entre ces deux enquêtes Nicolas se pose beaucoup de questions. Il est très attaché à la monarchie. Il  a la confiance du roi Louis 16 comme il avait celle de son grand-père, Louis 15, et cela compte pour lui. Mais il souffre aussi de voir les membres de la cour traiter avec mépris le petit peuple. Lui-même, fils illégitime du marquis de Ranreuil, reconnu sur le tard par son père, a été élevé assez modestement par un chanoine. Pour moi c'est le principal intérêt de ce livre, plus que l'enquête policière, de montrer la France à la veille de la Révolution.

Jean-François Parot écrit bien, comme "à l'époque" :

"Il y a une dame qui estime que la chasse est ouverte et que la cour est le dernier lieu où l'on braconne. Cette dame, toute friande et appétée de profits,  se voit demander aide par la reine. Peignez-vous le tableau ! Sa majesté n'en récoltera pas la moindre miette et l'autre rapinera sans vergogne. C'est de cela qu'elle tire sa subsistance dans les manigances troubles des entresols et des antichambres. La reine, sachez-le, n'est qu'un prétexte, une signature, une clé naïve qui ouvre les portes... et les coffres. Tournez votre regard vers ceux qui disposent des fonds nécessaires et qui constituent de prévisibles victimes."

Le cadavre anglais est le septième épisode des enquêtes de Nicolas le Floch.
par Agnès publié dans : Policiers historiques
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