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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux"

Jules Renard

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 08:57
Jonathan Coe, Testament à l'anglaise, Folio

Michael Owen, un écrivain dépressif, a été engagé par la vieille Tabitha Winshaw pour écrire l'histoire de sa famille. Les Winshaw sont en effet partout dans la Grande-Bretagne du début des années 1990. Agroalimentaire, vente d'armes ou d'art, banque, médias, politique, on retrouve un des cousins bien placé à la tête de chacun de ces secteurs-clés. Et ils sont tout sauf sympathiques, la cupidité étant le principal ressort qui les meut. Trahison ou coup-fourré, ils ne s'interdisent rien pour amasser encore plus de pouvoir et d'argent. Et Tabitha Winshaw ? On la dit folle et elle a été longtemps internée à la demande de sa famille. A-t-elle raison quand elle prétend que son frère Lawrence est responsable de la mort de son frère Godfrey ?

L'essentiel de l'action se déroule en 1991 (avec des retours en arrière) et Jonathan Coe trace un portait dur et bien documenté de l'Angleterre des années Thatcher, de la façon dont les services publics ont été bradés, de l'expansion de la télé poubelle. Et pourtant ce roman est très drôle. L'auteur manie un humour caustique et le contraste entre l'absence totale de scrupules des Winshaw et l'inadaptation à la vie en société de Michael lui en donne de multiples occasions. J'ai beaucoup ri tout au long de ma lecture. Je découvrais Jonathan Coe grâce à Lilounette et je n'en ai surement pas fini avec cet auteur.

Se rendant dans le salon, l'inconnu se plaça près du poste de télévision et resta un moment impassible à contempler le corps allongé et somnolent de Michael. Quand il eut vu tout ce qu'il désirait voir, il toussa bruyamment, à deux reprises.
Michael se réveilla en sursaut, accommoda son regard endormi, et alors se trouva regarder un visage qui aurait glacé de terreur le coeur de bien des hommes courageux. Décharné, maladif et déformé, ce visage exprimait aussitôt un esprit méchant, une intelligence obtuse, et, ce qui était peut-être encore plus effrayant, une sournoiserie absolue. Toute trace d'amour, de compassion, ou de ces doux sentiments sans lesquels aucun caractère humain ne peut être dit complet, était effacée de ces traits vicieux. On pouvait même penser y lire une trace de folie. Bref, c'était un visage qui communiquait un seul message, simple et épouvantable : abandonne tout espoir, toi qui me regardes. Renonce à toute idée de rédemption, à toute possibilité de fuite. N'attends rien de moi.
Frissonnant de dégoût, Michael éteignit la télévision, et le président Bush disparut de l'écran. Puis il alluma une lampe de chevet, et distingua enfin les traits de son visiteur.

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Publié par Agnès - dans Autres romans
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commentaires

maggie 06/04/2014 19:37

C'est le livre qui m'a fait aimer Coe ! il faut que j'en lise d'autres de cet auteur...

Agnès 07/04/2014 13:14

J'ai acheté -mais pas encore lu- La maison du sommeil.

Aaliz 25/02/2014 10:35

Ah ah ! L'extrait est excellent ! En tout cas, tu m'as convaincue, je note !

Agnès 25/02/2014 18:26

C'est encore mieux que je l'ai écrit parce que c'est un ouvrage complet avec aussi de la recherche au niveau de la narration.

keisha 24/02/2014 09:38

Mon premier coe (et pas le dernier!) J'aime cet auteur...

Agnès 24/02/2014 13:30

Une réjouissante découverte pour moi.

Loupita 23/02/2014 13:42

En tout cas l'extrait est très bien choisi, c'est drôle ! :D

Agnès 23/02/2014 16:18

Une petite histoire à chute. Chaque fois que je le relis, ça me fait rire.