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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard


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Bienvenue sur Mon biblioblog où vous trouverez des compte-rendus de mes lectures. Des lectures ces temps-ci très axées sur L'Inde ma passion présente. Mais aussi de temps en temps d'autres sujets, pour changer un peu... Bonnes lectures.
Lundi 17 août 2009
Urvashi Butalia, Les voix de la Partition, Inde-Pakistan, Actes sud

Urvashi Butalia est une féministe indienne. Elle a fondé une maison d'édition qui publie des livres écrits par des femmes et sur les femmes. Dans cet ouvrage elle étudie la Partition (la séparation de l'Inde et du Pakistan au moment de l'indépendance, en 1947) du point de vue de ceux que l'histoire a souvent oubliés, les femmes, les enfants et les intouchables. La façon dont la Partition a été organisée administrativement (armée, administration) est présentée et ses conséquences sur les populations étudiées illustrées par des témoignages recueillis par l'auteur.

La Partition a provoqué le plus grand déplacement de population de l'histoire, environ 12 millions de personnes, hindous et sikhs quittant le Pakistan pour l'Inde, musulmans quittant l'Inde pour le Pakistan. On estime à un million le nombre de victimes à cause des massacres inter-religieux mais aussi de malnutrition ou de maladie.

75 000 femmes auraient été enlevées et violées. Pour les rechercher les deux pays ont mis en place des équipes chargées de les ramener auprès de leurs familles. Il a fallu d'abord définir quelles femmes étaient concernées : toute femme qui, à partir de mars 1947, vit avec un homme de l'autre religion. Dans ce cas là on ne leur demande pas ce qu'elles souhaitent, elles sont ramenées dans leur pays alors que leurs familles n'acceptent pas toujours de les reprendre. Si elles ont eu des enfants, la situation se complique encore.

Urvashi Butalia montre aussi que, contrairement à une idée répandue, les exactions n'ont pas tant été le fait d'inconnus des victimes mais plutôt de proches, de voisins, voire même de membres de leur famille. Pour les protéger de la conversion forcée, beaucoup de femmes et d'enfants sont tués par leur propre famille. Chez les sikhs ils sont considérés comme des martyrs. Aujourd'hui ces histoires sont encore citées en exemple et les exécuteurs respectés.

A travers tous ces exemples, l'auteure mène aussi une réflexion sur la mémoire de la Partition en Inde. Elle a jusqu'à présent été peu entretenue et au moment où Urvashi Butalia mène ses entretiens on lui demande souvent pourquoi elle le fait et quel intérêt ça présente. Elle-même ne s'est vraiment intéressée à la question qu'après l'assassinat d'Indira Gandhi en 1984 qui a provoqué des pogroms anti-sikhs (elle est à moitié sikhe) qui ont fait remonter chez beaucoup des souvenirs de la Partition.

J'ai trouvé tout cela passionant et intelligemment mené. Les traumatismes de la Partition sont régulièrement évoqués dans les romans qui se déroulent dans l'Inde contemporaine, j'ai donc apprécié d'en apprendre plus sur le sujet. C'est un ouvrage dont j'avais trouvé la référence chez Naina.
Par Agnès - Publié dans : Inde
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Jeudi 30 juillet 2009
Kazuo Ishiguro, Les vestiges du jour, 10-18

En 1956, Mr Stevens, un majordome vieillissant qui a passé 35 ans de sa vie au service d'un lord Darlington, part une semaine en voyage à la rencontre d'une ancienne collègue, miss Kenton. Ce temps de vacances est l'occasion pour lui de se remémorer sa carrière et ses relations avec Miss Kenton et de se livrer à une introspection au sujet de sa conception profonde du métier et, partant,  du sens qu'il a donné à sa vie. Les vestiges du jour est présenté sous la forme du journal tenu par Stevens pendant ce voyage.

Le sujet du roman est l'étude psychologique du personnage. Stevens est de nature compassé, handicapé des relations humaines et sa fonction est aussi un refuge pour lui. Il se protège en jouant son rôle très codifié. Quelques années avant le début du récit Darlington Hall a été recheté par un riche Américain qui semble attendre de son employé un peu de spontanéité, ce qui déconcerte fort ce dernier. Sa semaine de vacances lui ouvre un sepace de liberté inhabituel, l'amène à discuter avec des inconnus et, petit à petit, à reconsidérer certaines de ses positions.

Dans ses relations, et même avec ses proches (son père, Miss Kenton), le narrateur se montre également incapable d'exprimer ses sentiments. Ainsi quand il décrit ce qu'il voit ou fait, il utilise le "je" mais dès lors qu'il pourrait être impliqué de façon plus personnelle, il passe au "on" : "Je discernais à travers la brume un clocher entouré d'un amas de toits d'ardoise sombre; ça et là, des volutes de fumée blanche montaient des cheminées. On est forcé d'avouer qu'à ce moment-là, on s'est senti submergé par un certain sentiment de découragement."
Cette incapacité l'empêche même souvent de prendre conscience qu'il ressent certaines choses.

Pour toutes ces raisons Stevens s'est totalement investi dans son métier au point d'avoir vécu par procuration à travers son maître. Celui-ci, manipulé par l'extrême-droite, a tenté de jouer un rôle dans les relations entre l'Allemagne nazie et la Grande-Bretagne avant la seconde guerre mondiale et Stevens, incapable de recul critique, est persuadé qu'en servant lord Darlington il a servi son pays. Son voyage qui est aussi un cheminement intérieur l'amène à la révélation finale qu'en vivant pour et par les autres il n'a pas vécu lui-même.

Tout ça n'est pas très gai mais tellement bien mené par Kazuo Ishiguro qui excelle à décrire le fonctionnement de Stevens et qui montre ainsi tout ce que l'on perd quand on se contrôle trop. J'ai beaucoup aimé cette lecture.
Mon édition est plus ancienne, la couverture est différente.
Par Agnès - Publié dans : Autres romans
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Mardi 28 juillet 2009
Toni Morrison, Un don, Christian Bourgeois

Un don est l'histoire de l'esclave Florens, séparée de sa mère à l'âge de huit ans, à la fin du 17° siècle, pour être donnée à un fermier en paiement d'une dette. Le roman alterne des passages qui sont des épisodes de la vie de Florens, racontés par elle-même, et l'histoire d'un certain nombre de personnages qui interviennent dans la vie de Florens, par un narrateur extérieur.

On rencontre les maîtres de Florens, Sir et Mistress, Jacob et Rebekka Vaark. Ce sont des libre-penseurs qui espèrent mener leur vie en indépendants, sans trop de relations avec la communauté anabaptiste voisine. A la ferme il y a aussi Lina, une esclave indigène; Sorrow, une fille trouvée un peu bizarre et occasionnellement Willard et Scully, deux travailleurs loués. Les travailleurs loués sont des esclaves blancs. Ils sont engagés, parfois tout jeunes, pour payer une dette -ou celle de leurs parents- ou en punition d'un délit quelconque. Leur peine a en théorie une durée déterminée mais est généralement prolongée pour une raison ou une autre.

J'ai trouvé intéressant de découvrir cette société américaine à une époque où le pays était encore peu peuplé, où il y avait encore des Indiens (des indigènes) en liberté. Toni Morrison montre les méfaits de la superstition de sectes venues là pour trouver la liberté religieuse et qui imposent leurs croyances aux plus faibles. Le thème principal reste le traumatisme pour Florens de la séparation d'avec sa mère. Je n'ai compris le sens véritable du titre qu'à la toute dernière page et ce fut un coup au coeur. Cette révélation teinte toute l'histoire de Florens d'un caractère encore plus tragique.

Toni Morrison est une de mes auteurs favoris et j'ai lu pratiquement tous ses livres. Elle m'a conquise avec Beloved. A l'époque je m'intéressais un peu à la question de l'esclavage aux Etats-Unis et j'avais lu plusieurs biographies ou récits d'anciens esclaves, livres de témoignages mais c'est avec Beloved, un roman, que j'ai eu le sentiment de comprendre vraiment ce que signifiait l'esclavage. Il me semble depuis que si la notion de péché, ou de Mal, a un sens, c'est ici une des situations où elle peut s'appliquer. Le critique du New York Times, repris en quatrième de couverture, compare Un don à Beloved. J'ai le souvenir que ce roman m'avait fait une impression plus forte que je retrouve à la dernière page de Un don.
Par Agnès - Publié dans : Autres romans
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Vendredi 17 juillet 2009
MG Vassanji, La troublante histoire de Vikram Lall, Rivages

Vikram Lall, le héros et narrateur de ce roman, est un Indien du Kénya. Son grand-père y a immigré pour travailler à la construction de la voie de chemin de fer qui traverse le pays. Agé de 50 ans environ, réfugié au Canada, il se remémore les épisodes de sa vie, tachant d'expliquer ce qui a fait de lui "l'homme le plus corrompu d'Afrique".

Le point de départ est en 1953. Vikram, alors âgé de huit ans, et sa soeur Deepa étaient amis avec un jeune Africain, Njoroge et des enfants de colons anglais, Bill et Annie. Ils jouaient souvent ensemble. Deepa était amoureuse de Njoroge et Vikram d'Annie. Mais un jour Bill, Annie et leurs parents sont massacrés par la guérilla Mau-Mau qui lutte pour l'indépendance du Kénya. Ce drame traumatise profondément Vikram et va marquer tout le reste de sa vie.

J'ai beaucoup aimé cet excellent roman. Malgré sa carrière d'intermédiaire de la corruption Vikram Lall est un personnage sympathique du fait de sa capacité à analyser son comportement et à reconnaître sa responsabilité. Les mécanismes de la corruption, la façon dont hommes politiques et fonctionnaires ont profité des largesses disribuées par leurs alliés de l'est ou de l'ouest dans le cadre de la guerre froide est bien montré.

J'ai trouvé passionant aussi de découvrir l'histoire récente du Kénya. Il y avait dans ce pays une importante communauté indienne (dont est issu l'auteur). Ils ont d'abord été favorisés par le colonisateur par rapport aux Africains puis discriminés après l'indépendance. Ils occupaient souvent des emplois de commerçants prospères et ont été considérés (et traités) comme les Juifs de l'Afrique de l'est.

MG Vassanji fait un parallèle entre l'entrée de Vikram Lall dans la vie adulte et l'accession à l'indépendance de son pays. Alors tout semble possible : le Kénya est un pays neuf où une nouvelle société va naître, sans discriminations. Avec l'âge viennent les désillusions. Les promesses n'ont pas été tenues. C'est toujours une minorité qui détient pouvoir et richesse. Elle a changé mais elle utilise parfois les mêmes hommes de main que la précédente. Pourquoi ne pas prendre sa part ?

Tout cela est très bien mené.
Par Agnès - Publié dans : Inde
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Mardi 14 juillet 2009
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Nil

En 1946 la Grande-Bretagne ne s'est pas encore remise des dégâts liés à la guerre. Il y a les tas de gravats des immeubles détruits de Londres, des personnes disparues dont on espère encore des nouvelles. Juliet Ashton est une jeune écrivain qui a acquis une certaine notoriété en écrivant des chroniques humoristiques sur la vie quotidienne pendant la guerre. Elle reçoit une lettre d'un fermier de l'île de Guernesey, Dawsey Adams, qui s'adresse à elle un peu par hasard. Il est à la recherche d'un livre et espère qu'elle pourra l'aider à se le procurer.

Dawsey fait partie du Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey. Rapidement une correspondance se met en place entre Juliet, Dawsey et les autres membres du Cercle. Ils lui racontent leur goût pour la littérature et leur vie à Guernesey sous l'occupation allemande. Dès 1940 l'île a été quasiment coupée du monde jusqu'à la fin de la guerre, transformée en véritable camp retranché, soumise à un couvre-feu rigoureux. Puis Juliet se rend à Guernesey et y fait connaissance avec des personnages souvent excentriques et éminemment sympathiques.

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est un délicieux roman par lettres que j'ai dévoré en une journée. Il y a des considérations sur ce que la littérature peut apporter dans des circonstances très diverses (quand votre pays est envahi, si vous voulez séduire une femme...), une présentation des conditions de vie à Guernesey pendant la guerre (c'est ce qui est le plus intéressant, à mon avis) et une charmante romance. On y croise une brochette de personnages pittoresques et larges d'esprit : ils accueillent sans porter de jugement l'homosexuel comme la "fille de Boche". Cet aspect est très plaisant mais, je pense, peu réaliste et vaguement anachronique.

Ce livre a été très lu et apprécié sur beaucoup de blogs. Je l'ai vu chez Charlie Bobine et Papillon qui donne aussi plein de liens. La critique avec laquelle je suis le plus d'accord est celle d'Isil. Pour moi, la conséquence immédiate de cette lecture est l'abandon de celle de La maharani par Gita Mehta, au Livre de poche et que je me trainais depuis trois semaines. Comme le dit l'un des membres du Cercle : "Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais".
Par Agnès - Publié dans : Autres romans
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Lecture en cours

Jacqueline Hénard, Berlin-ouest, histoire d'une île allemande, Perrin

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